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Je ne sais pas vous, mais moi, généralement, à peu près tous les 20 ans, je propose un roman à toute une liste d’éditeurs afin de voir s’il peut convenir à l’un ou à l’autre...

Non, pour être plus sérieux, voilà déjà quelques années que, sur ce blogue, je parle de temps en temps des éditeurs, des auteurs, et que je tente de répondre aux questions, la plupart du temps, d’auteurs, à propos de différents éditeurs.

Oui, mais voilà, je suis à la fois auteur et éditeur et si j’ai pris le parti, depuis dix ans, de m’éditer, pour des raisons de liberté et de praticité, je me suis dit qu’il était temps de me replonger dans la démarche longue et anxiogène d’un auteur en recherche d’éditeur.

Qu’avais-je à reprocher au mien ? (d’éditeur). Rien ! Si ce n’est que celui-ci cherchant autant sa liberté dans son travail que moi dans le mien et, surtout, son plaisir avant tout, passait plus de temps à travailler les textes de la littérature populaire et accessoirement les miens, qu’à chercher à les vendre, considérant que là n’était pas sa priorité (de vendre) et qu’il préférait largement chercher des textes, lire des textes, travailler des textes, coder des textes, déposer des textes chez son distributeur et laisser, ensuite, le temps, la curiosité des lecteurs ou je ne sais quoi, faire le reste.

Oui, mais voilà, vendre des livres, c’est un métier et c’est surtout une volonté, qui n’était pas sa priorité.

Lui en voudrais-je (m’en voudrais-je, donc ? Puisque j’ai, pour une fois, le don d’ubiquité) de préférer son plaisir à la démarche commerciale alors que moi-même, en tant qu’auteur, je tire mon plaisir à écrire et pas forcément à être lu. 

Car, si ma priorité était d’être lu, probablement que, comme beaucoup d’auteurs, je n’écrirais pas ce qui me plaît, mais ce qui peut plaire... et ce n’est jamais le cas. Mon plaisir avant tout.

Mais un jour, il n’y a pas si longtemps, je me disais : « Tiens, si j’utilisais, pour une fois, mon travail d’auteur d’une façon ludique pour faire une expérience qui est celle de beaucoup d’internautes qui passent sur les articles de ce blogue consacrés à l’édition ? C’est-à-dire, faire une recherche d’éditeur pour mon dernier roman. »

L’idée est bonne puisqu’elle me permettrait, à la fois, de me replonger dans cette recherche que je ne fis qu’une fois, et sans succès, il y a près de 20 ans pour un roman que je considérais comme le prochain « Da Vinci Code », un thriller ésotérique exceptionnel et haletant que les éditeurs de l’époque rejetèrent avec mépris et surtout avec un mauvais goût évident. Ils refusaient de publier le prochain Dan Brown, tant pis pour eux...

20 ans plus tard, ce même futur « Da Vinci Code » stagne dans les méandres des différentes mémoires de mes différents disques durs puisque l’éditeur que je suis devenu entre-temps, bien qu’il ait accepté une dizaine de mes romans, n’a cessé de refuser cet ancien « Da Vinci Code » le trouvant trop mal écrit, et ce, malgré les multiples réécritures que le texte a subies ces 20 dernières années (oui, moi aussi je suis un éditeur de mauvais goût, que voulez-vous !).

Bref, à l’époque, rechercher un éditeur quand vous n’aviez pas Internet (et même si vous l’aviez) était une épreuve longue et coûteuse. Il fallait imprimer le manuscrit en autant d’exemplaires que d’éditeurs ciblés, faire relier chaque manuscrit, le mettre dans une enveloppe timbrée, dans laquelle on glissait une autre enveloppe timbrée à sa propre adresse, pour que le manuscrit vous soit renvoyé. Au final, cela coûtait une blinde, pour, bien souvent, rien en retour si ce n’est des lettres types qui sont l’équivalent papier des mails des éditeurs d’aujourd’hui : « Malgré des qualités évidentes... votre manuscrit ne correspond pas à notre ligne éditoriale... » ou autres joyeusetés du genre.

Aujourd’hui, la plupart des éditeurs acceptent les envois de manuscrits par mail, la démarche est plus simple et moins onéreuse.

Mais trouver le Saint Grâal demeure tout aussi ardu.

Déjà, il faut bien cibler les éditeurs en fonction du public visé, du genre de votre récit, de votre ambition sur le marché...

Ensuite, il faut attendre les réponses, ne pas se décourager devant les refus, garder confiance et espérer la réponse positive si possible du plus grand éditeur de votre liste.

Bien évidemment, je ne vous cacherais pas que l’enjeu, pour moi, n’est pas le même que pour vous autres auteurs qui êtes passés ici. 

Effectivement, la déception des refus ne sera pas aussi grande chez moi pour plusieurs raisons.

La première, je l’ai déjà évoquée, je ne recherche pas forcément de lecteurs (d’ailleurs, j’en chercherais à tout prix que je distribuerais mes livres gratuitement). Mon plaisir, je le trouve à l’écriture et j’écris pour moi, pour me faire plaisir, pour me faire rire.

Du coup, cela implique une seconde raison pour diminuer la déception : n’écrivant que pour moi, ne faisant aucune concession, j’écris ce que je veux et ce que j’aime et ce que j’aime n’est pas forcément du goût du grand public. Les apartés, l’humour, les jeux de mots, de l’ambiance, au détriment de l’intrigue, des mots compliqués (oui, on me reproche parfois de me prendre pour Victor Hugo, car j’aime utiliser des mots oubliés comme si Victor Hugo était un auteur élitiste ???).

Ensuite, parce qu’en mûrissant (ce n’était pas du tout le cas à l’époque où je me prenais pour le futur Dan Brown), j’ai appris à avoir du recul sur mon travail d’auteur, à accepter et à comprendre que l’on puisse ne pas aimer ma prose.

Cependant, je vous rassure, certaines personnes adorent ma prose et j’arrive même à avoir un fan qui m’appelle pour me demander quand sortira mon prochain roman, car il l’attend avec impatience (enfin, je crois que c’est ce qu’il disait, j’ai pas tout compris, il était un peu bourré, mais, quand même, il voulait lire mon prochain roman).

Enfin, parce que, contrairement aux autres, si tous les éditeurs que je contacterai refusent mon manuscrit, je reprendrai le cours normal de ma dualité auteur-éditeur, en l’éditant moi-même, comme j’ai fait jusqu’à présent.

 

Voilà donc ma démarche : refaire le parcours du combattant d’un auteur en recherche d’éditeur.

Mais, pour cela, me dites-vous, encore faut-il avoir écrit un roman. 

Je vous rassure, là n’est pas le problème. J’ai toujours plusieurs romans en cours de route et j’écris assez vite.

Du coup, je viens de terminer, au début juillet, d’écrire un roman que j’avais commencé courant mai... il y a trois ans.

Oui, j’écris vite, mais comme j’ai plein d’autres choses à faire et que je ne privilégie pas forcément l’écriture et, qu’en plus, j’ai toujours plusieurs romans en cours, des fois, je mets plusieurs années pour en terminer un (la preuve, le futur ancien « Da Vinci Code », voilà près de 20 ans que je suis en train de l’écrire).

Donc, commençons par les phases de ma démarche :

Phase 1 : l’idée.

Il y a un peu plus de trois ans, j’eus l’idée d’écrire un thriller politique bien sombre.

J’avais une double base : le sujet et le héros.

Je savais de quoi je voulais parler, de ce qui allait se passer, en gros, dans le roman et j’avais déjà mon héros en tête.

Super, je n’avais plus qu’à écrire le roman.

Seulement, voilà.

Je ne suis pas du genre à faire des plans, à écrire des brouillons, à faire des recherches... Les idées me viennent... ou ne me viennent pas.

Avant, quand je débutais et que je me prenais un peu trop au sérieux, je posais, sur ma table de chevet, un calepin et un stylo pour noter les idées qui me venaient durant la nuit.

Puis, pour faire encore plus sérieux, je me suis acheté un dictaphone, que je déposais également sur ma table de nuit.

Bon, ce dictaphone ne m’a jamais servi, je n’ai rien enregistré dessus puisque, depuis, j’ai vite compris que les idées que j’avais besoin de noter n’étaient jamais de bonnes idées.

Une idée, si elle était bonne, me restait dans la tête pendant plusieurs jours. Si ce n’était pas le cas, autant l’oublier puisque je l’avais oubliée.

Mais, dans un thriller politique, il y a des rouages à respecter. On ne peut pas écrire n’importe quoi, utiliser n’importe quelle ficelle pour justifier tel ou tel acte, il faut tout de même que l’ensemble reste crédible (enfin... il faudrait... mais certains auteurs ont oublié ce détail).

Là, il m’a fallu donc chercher la ficelle crédible qui me permettait de faire tenir l’ensemble du récit.

J’ai fini par la trouver... sur la plage...

Pendant que les gens marchaient dans le sable, regardaient la mer, appréciaient le soleil et le beau temps, moi, je tournais en rond, parlant seul, gesticulant, mettant en place différents plans, jusqu’à trouver celui qui débloquait d’un coup toute mon histoire et qui allait rendre l’ensemble crédible, en clair : l’idée qui servirait de ciment à tout l’édifice.

Il ne me restait plus qu’à écrire ce génial thriller politique très sombre, ce qui fût la seconde phase !