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Faut-il encore le répéter, Marcel Priollet fut l’un des principaux piliers de la littérature populaire fasciculaire de la première moitié du XXe siècle.

Son immense production s’étendit sur les genres à la mode à l’époque : policier, sentimental, aventures, fantastique, et ce, sous couvert de nombreux pseudonymes : R.M. de Nizerolles, Marcelle Renée Noll, René Valbreuse, Henry de Trémières...

Dans son œuvre policière, on retiendra les deux séries « Monseigneur et son clebs » et, surtout, « Old Jeep et Marcassin », mais l’auteur ne s’est pas cantonné à ces seuls personnages récurrents.

Il y a certes ceux des séries sentimentales ou d’aventures, mais comme je ne me penche que sur le polar, je pense plutôt à des personnages récurrents vivant des aventures dans des collections généralistes comme ce fut le cas pour d’autres auteurs et d’autres personnages.

Marcel Priollet était tellement prolifique qu’il était capable de faire vivre une collection quasiment sur ses seules épaules. Ce fut le cas avec « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes dont il signa la plupart des 95 titres sous le pseudonyme de Marcelle Renée Noll.

Et dans cette collection on retrouve quelques personnages récurrents tel le détective radiesthésiste Claude Prince, l’inspecteur Bob Rex, ou, encore, l’inspecteur Pessart.

Ces personnages se croisent parfois voire même souvent en ce qui concerne Pessart et Prince.

Mais Pessart a commencé sa carrière seul et l’a poursuivie parfois en compagnie d’autres personnages récurrents, notamment, Claude Prince, le détective radiesthésiste.

C’est dans le tout premier titre de la collection « Les Grands Détectives » que l’on peut découvrir ce fameux inspecteur Pessart pour l’enquête de « On a volé les millions de la Loterie Nationale ».

ON A VOLÉ LES MILLIONS DE LA LOTERIE NATIONALE

Le capitaine Delperaux, grand blessé de guerre, est devenu fondé de pouvoir de l’Association des Blessés Internationaux de Guerre.

C’est à ce titre qu’il se rend, le lendemain du tirage, à dix heures du matin, au siège de la Loterie Nationale pour toucher les gains remportés pour le collectif.

Il en sort rapidement avec sa sacoche contenant trois millions sous le bras.

En début d’après-midi, Mme Delperaux s’inquiète du retard de son mari qui n’a jamais loupé le repas.

Le temps passe et l’angoisse ne cessant de croître elle appelle le président de l’œuvre caritative.

Celui-ci, également sans nouvelle et tout aussi anxieux, décide de prévenir la police.

L’inspecteur François PESSART, chargé de l’enquête, va alors devoir déterminer si le héros de guerre, connu pour sa probité, est une pauvre victime ou un odieux criminel...

Le capitaine Delperaux, héros et mutilé lors de la Première Guerre mondiale, est devenu fondé de pouvoir d’une association venant en aide aux handicapés de guerre.

L’association a remporté de nombreux lots lors du tirage de la Loterie Nationale et il est chargé d’aller les retirer.

Le capitaine sort du siège de la loterie avec une sacoche contenant trois millions.

Quelques heures plus tard, le capitaine Delperaux n’a toujours pas donné de nouvelle à sa femme ni à l’Association.

L’inspecteur Pessart est chargé de l’enquête. A-t-il affaire à un héros de guerre devenu un fieffé voleur ou bien doit-il s’attendre à retrouver bientôt le corps sans vie et dépouillé de celui-ci...

« Les Grands Détectives » des éditions Modernes, est trompeuse à plus d’un titre.

Déjà, à défaut de « Grands », les détectives sont plutôt ordinaires (même Claude Prince), et ce, du fait de la taille réduite des textes (bien souvent entre 7 et 8 000 mots).

Ensuite, le travail éditorial de la plupart des textes est loin d’être « moderne », il serait plutôt bâclé.

Effectivement, j’ai rarement vu récits aussi parasités par les fautes d’orthographe, les coquilles et les ponctuations aléatoires.

Pourtant, force est de reconnaître que ce premier titre s’en sort pas mal à tous les points de vue.

Certes, la concision du texte de pas tout à fait 7 500 mots empêche toute intrigue digne de ce nom, de présenter les personnages et de proposer une ambiance.

Pourtant, à partir d’une simple histoire qui s’avère être également une histoire simple et en proposant un personnage lambda que l’on pourrait remplacer par un autre personnage lambda tant l’auteur ne nous apprend rien sur lui si ce n’est son nom, Marcel Priollet nous propose une lecture plutôt agréable sans pour autant révolutionner le genre.

Ceux qui connaissent un peu l’auteur savent qu’il était capable de mettre en scène de très bonnes idées et de le faire avec un réel talent... pour peu que le format lui laisse un peu de latitude (ce qui n’est pas ici).

Ici, bien évidemment, ni de bonne idée, ni de talent de narration ou de plume à mettre en avant (encore une fois, le format ne le permet pas), mais malgré tout, l’ensemble tient la route, l’auteur propose une fausse piste et un retournement de situation (un peu annoncé par l’auteur lui-même), ce qui est déjà pas mal pour un texte si court.

On notera également que l’on retrouvera souvent l’inspecteur Pessart dans cette collection qui date probablement de 1936 (aucune date n’est inscrite sur les fascicules, mais la lecture de certaines histoires laisse à penser que celles-ci ont été écrites à partir de 1936), la plupart du temps en appui du détective Claude Prince, plus rarement, en compagnie de Bob Rex, et, ici, en duo avec son adjoint Silery.

Au final, rien de bien extraordinaire, encore moins de, révolutionnaire, dans ce petit récit. Pourtant, la lecture est agréable pour peu qu’on le prenne pour ce qu’il est : un texte devant occuper agréablement un peu moins d’une heure de lecture.