CouvL

Qui dit « Romans policiers » dit forcément criminels ! Comme il n’y a pas de policiers sans crime et pas de crime sans criminel, il semble normal, lorsque l’on est féru de romans policiers comme je le suis, que l’on s’intéresse également aux criminels, aux assassins, aux tueurs en séries...

Les tueurs en séries, je m’en délecte, parfois, dans la littérature, dans les séries télévisées, dans les films, beaucoup moins dans la réalité (je ne pense pas en connaître... du moins, je l’espère) et je m’intéresse rarement aux reportages télévisés dédiés à ce genre de personnages.

Pour autant, j’en connais certains, de nom sans vraiment être au fait des détails de leur « carrière ».

Quand on parle « tueur en série français » (soyons chauvins jusque dans les crimes), certains considèrent, à tort, que Henri-Désiré Landru fut le premier d’entre eux. Loin de là !

Les tueurs en séries sont vieux comme le monde et l’histoire, même de France, en regorge.

D’ailleurs, en parlant Histoire de France, une de ses figures de proue n’est-elle point Jeanne d’Arc ?

Non, n’attendez pas de moi de dire que Jeanne d’Arc fut une tueuse en série (les crimes de guerre ne sont pas comptés), mais quid d’un de ses compagnons d’armes, le fameux Gilles de Rais, condamné et exécuté pour le meurtre de plus d’une centaine d’enfants ???

Alors, on avancera que Henri-Désiré fut le premier tueur en série français de l’ère médiatique !!!

Si l’enquête autour de ses meurtres et son procès firent grand bruit dans les journaux de l’époque (fin des années 1910), il ne fut pourtant pas le premier tueur en série à bénéficier d’une médiatisation importante.

On pourrait avancer d’autres noms tels Martin Dumollard, Joseph Vacher ou encore Albert Pel (auquel on comparera souvent Landru).

Mais le premier avait bien la tête de l’emploi, le second était un sadique reconnu et le troisième souffrait de forts troubles mentaux, alors qu’Henri-Désiré Landru, contrairement à ces prédécesseurs, pouvait attirer, si ce n’est de la sympathie, tout du moins un certain intérêt autre que macabre.

Car, Henri-Désiré Landru n’avait le physique de rien !

Pas celui de tueur en série, hormis ses yeux, paraît-il, mais surtout pas celui du séducteur qu’il fut pourtant.

Henri-Désiré Landru, l’homme aux presque 300 maîtresses, ne pouvait s’appuyer sur un physique d’Adonis pour charmer ses proies. Petit, malingre, dégarni du crâne, il n’avait pour lui que sa distinction, sa prévenance, et un certain bagout.

Cela lui suffit pour séduire des centaines de femmes et en convaincre certaines de le suivre jusque dans sa demeure funeste de Gambais ou de Vernouillet.

Mais surtout, contrairement à la plupart de ses prédécesseurs et de ses successeurs, en étudiant son cas, on peut douter qu’il fût un sadique ou (et) un psychopathe.

Pourtant, il a tué, démembré et brûlé 11 femmes et un adolescent, me répondrez-vous !

Et je vous répondrais qu’effectivement, il a bien fait cela, bien que, jusqu’au bout, il ait clamé son innocence.

Mais a-t-il tué par sadisme, pour goûter à la toute-puissance, pour faire souffrir ?

Il est possible d’en douter.

Henri Désiré Landru était un escroc à la petite semaine. Il fut condamné plusieurs fois pour ce délit.

Ses crimes, il y a fort à parier qu’à défaut d’être sadiques, furent pragmatiques.

Sa façon d’être, lors des interrogatoires, du procès, mais surtout sa façon de procéder, sa méticulosité laissent à penser qu’il a organisé ses rencontres avec ses « fiancées » comme des arnaques à la chaîne. Comme un artisan, il planifiait ses « chantiers », notant ses dépenses, ses recettes, menant de concert plusieurs d’entre eux, privilégiant l’un plutôt que l’autre en fonction de son avancement ou des bénéfices qu’il pouvait en tirer.

Prendre un nom d’emprunt, séduire et promettre le mariage à des veuves ayant un petit pécule, s’approprier ledit pécule, devait être sa ligne éditoriale.

Mais que faire ensuite. Le principe d’une arnaque est qu’il y a un arnaqué et, généralement, quand celui-ci n’a rien à se reprocher, comme ce devrait être le cas d’une innocente veuve, que se passe-t-il ? Plainte, témoignage, condamnation !

Pour éviter cette fâcheuse finalité, un seul moyen, se débarrasser de l’arnaqué, qui, alors, ne pourra porter plainte ni témoigner.

Il semble, mais, bien sûr, je parle a posteriori, et en fonction des maigres éléments que l’on peut avoir, que ces meurtres ne furent donc que pragmatiques.

Alors, certes, cela ne retire rien aux faits, aux crimes puisqu’une personne morte par sadisme ou par pragmatisme n’en est pas moins décédée.

Mais c’est cet état d’esprit apparent qui différencie, selon moi, Landru de la plupart des autres tueurs en série.

Généralement, par pragmatisme, on peut être amené à commettre un meurtre, rarement deux, encore plus rarement trois et jamais onze...

À cette différence subjective s’ajoute une bien plus objective, visible et remarquée : Henri Désiré Landru avait de l’esprit.

On peut lui octroyer du sang-froid, une inconscience ou un manque évident de scrupules, mais c’est avant tout et surtout par ses traits d’esprit qu’il s’est fait remarqué, notamment durant son procès. 

Ses réparties sont nombreuses et devenues célèbres. On lui en accorda d’autres qui ne sortirent probablement jamais de la bouche.

Le Président : Mais comment viviez-vous avec Mme Cuchet ?

Landru : Avec mes propres ressources.

Le Président : Où les mettiez-vous ?

Landru : Dans ma poche.

***

Le Président : Mme Collomb, âgée de quarante-quatre ans, en annonçait trente-neuf.

Landru : Je ne l’aurais pas dit !

***

Landru : Vous parlez toujours de ma tête, Monsieur l’avocat général. Je regrette de n’en avoir pas plusieurs à vous offrir ! 

***

Landru : Moi ? J’ai fait disparaître quelqu’un ? Et ben ça alors ! Si vous croyez ce que racontent les journaux !

Et cet esprit, il le conserva jusqu’à la guillotine, refusant la cigarette et le verre de rhum du condamné prétextant que c’était mauvais pour la santé.

Bref, Landru était un vrai personnage, détestable par ses actes, certes, mais intéressant par bien des aspects.

Il est donc normal que nombreuses furent les évocations de ce « personnage », à travers les reportages dans les journaux, les livres, les romans, les films, les téléfilms.

On se souviendra de l’interprétation de Patrick Timsit, pour la télévision, surtout celle de Charles Denner pour le cinéma.

On ne compte plus les romans qui évoquent ou relatent la vie de Landru.

Parmi ceux-ci, celui qui fait en partie l’objet de cette chronique : « Landru » d’Arthur Bernède, qui ouvre la collection « Crimes et châtiments » en 1931, une collection de fascicules de 32 pages, double colonne, contenant des récits d’un peu plus de 35 000 mots.

L’auteur, Arthur Bernède, fut un écrivain prolifique dont certains personnages ont totalement éclipsé leur créateur.

Qui connaît Arthur Bernède désormais hormis les passionnés de littérature populaire ? Personne.

Mais si je vous parle de Judex, peut-être cela vous dira quelque chose, mais si, surtout, j’évoque Belphégor, le fantôme du Louvre, alors je suis certain que vous ne pouvez ignorer l’existence de ce personnage repris à la télévision et au cinéma.

Arthur Bernède qui écrivit énormément, pris donc le partie d’évoquer la « carrière » de criminels célèbres et c’est par Landru qu’il débuta.

Le récit débute avec la Première Guerre mondiale et s’achève après l’exécution du criminel.

Entre l’été 1914 et le 25 février 1922, Arthur Bernède s’attarde sur la « méthode » Landru, parfois de façon romanesque (n’oublions pas qu’Henri Désiré Landru n’a jamais avoué et donc que certains passages ne peuvent qu’être imaginés en fonction des quelques indices récoltés par l’instruction) d’autres fois de façon très journalistique, ce passage de l’état d’escroc à celui d’assassin.

L’auteur semble se tenir le plus près possible de la réalité ou, du moins, d’une certaine véracité et il faut avouer que l’ensemble est assez édifiant quant à la personnalité de Landru.

Fort intéressant que cette narration, que l’évocation de la façon dont Landru trouvait ses victimes, s’en débarrassait et s’emparait de leurs pécules...

Mais cette réédition numérique que j’évoque ne se contente pas de proposer aux lecteurs d’aujourd’hui ce récit d’hier.

Landru :

L’affaire Landru !

Elle date de plus d’un siècle et pourtant personne ne l’a oubliée.

La physionomie du tueur en série demeure encore dans l’esprit de tous.

Mais qui se souvient des onze victimes de celui qui fut surnommé « Le Barbe-Bleue de Gambais » ?

Cet ouvrage se compose comme suit :

La première partie : « Landru » par Arthur Bernède. L’auteur, à travers un récit écrit quelques années après l’exécution d’Henri Désiré Landru, nous conte à sa manière le parcours meurtrier de ce dernier.

La seconde partie : Elle permet de découvrir l’affaire Landru à travers de nombreuses retranscriptions d’articles de quotidiens de l’époque, depuis le premier insert mentionnant l’arrestation de Henri Désiré Landru jusqu’à son exécution.

Revivez une enquête exaltante prenant de l’ampleur, de jour en jour, au fil des révélations des journalistes dont la plume n’avait rien à envier à celle des romanciers pour maintenir le lecteur en haleine !

Effectivement, la bonne idée de cette édition est de proposer, après le roman, une retranscription d’articles de journaux de l’époque évoquant l’affaire Landru depuis le tout premier jour, celui de son arrestation dans le cadre de la disparition de deux femmes, le 13 avril 1919.

Ce petit encart, paru dans un seul journal, évoque l’arrestation d’un « Nandru », personne, ni les journaux ni la police n’ayant encore conscience de l’ampleur qu’allait prendre l’affaire.

Le journal le Matin, le lendemain et le surlendemain, appellera celui-ci Laudru avant qu’il ne devienne enfin Landru puis, le Barbe-Bleue de Gambais et un tas d’autres surnoms.

Cette seconde partie, où le lecteur, comme celui de l’époque, peut suivre l’enquête au jour le jour, constater son avancée, voir croître le nombre de ses victimes, apparaître les noms, certains détails non évoqués dans le roman précédent, suivre également les fausses pistes, lancées par la justice, mais également évoquées par les journalistes désireux d’en donner le plus possible à leurs lecteurs.

Et c’est en lisant cette seconde partie qui débute par l’article relatant l’arrestation, jusqu’à celui contant la mise à mort, mais qui s’attarde surtout sur l’enquête même si elle survole un peu le procès, que l’on comprend pourquoi tant de journalistes de l’époque devinrent écrivains et inversement.

Effectivement, difficile, parfois, en lisant ces articles, de les différencier de passages d’un roman tant les journalistes, devant à tout prix mettre les lecteurs dans l’ambiance, usaient de procédés romanesques.

Parce que cette seconde partie, encore plus longue que la première, ne s’édulcore plus, dans notre esprit, de cette aura fictionnelle qu’est le roman, même biographique, elle en devient éminemment plus passionnante encore.

Car, ces articles se succèdent quasiment de jour en jour, sur l’espace d’à peine un mois et demi, amenant, chaque fois, des détails supplémentaires, des victimes supplémentaires, des révélations supplémentaires, des hypothèses, des théories, des pistes, supplémentaires, et donnent au lecteur l’impression de suivre un thriller au chapitrage chronologique au suspens insoutenable, même si l’on connaît d’avance le point final qui y sera donné.

Passionnant, sans pour autant faire appel forcément à l’esprit macabre qui veut que les gens s’arrêtent sur le bord de la route pour observer un accident mortel.

Passionnant, car si on connaît Landru de réputation, les détails de sa carrière sont édifiants.

Édifiant quant à son état d’esprit que j’évoquais plus haut.

Édifiant sur son manque total de scrupules et de remords.

Un peu comme un ouvrier qui jetterait un outil qui ne lui sert plus, Landru se débarrassait de ses « outils » une fois dépouillés de leurs richesses.

Et, tout comme le public de l’époque, tant ceux qui le savaient coupable que ceux qui le pensaient innocent, on ne peut s’empêcher d’apprécier un côté de ce personnage hors du commun et, finalement, s’attacher quelque peu à ce monstre, au Barbe-Bleue de Gambais, à Henri Désiré Landru.

On notera que Fernande Segret, peut-être la seule maîtresse que Landru aimât, du moins, celle qu’il ne tuât pas, se suicida à 76 ans le jour anniversaire de la demande de mariage de son amant. 

Au final, une première partie déjà passionnante, mais suivie d’une seconde encore plus passionnante et édifiante.