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Marcel Priollet, pour ceux et celles qui ne le sauraient pas encore, fut un écrivain de littérature populaire dont l’immense production, notamment dans les récits fasciculaires de tous genres (policier, sentimental, aventures, fantastiques) passionna les lecteurs pendant un demi-siècle dès 1910 sous divers pseudonymes : René Valbreuse, Henri de Trémières, Marcelle-Renée Noll, R.M. de Nizerolles, Gérard Dartis...

Si ses séries dramatiques ou sentimentales ne se comptent plus, celles, policières sont en apparence au nombre de 2 : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » au milieu des années 1940 pour les éditions Tallandier.

Mais, dans les récits intégrant des collections policières, on peut, comme souvent dans le monde de la littérature populaire, retrouver des personnages d’un texte à l’autre sans qu’ils leurs aventures soient identifiées par une collection, un sous-titre ou autre signe de reconnaissance.

Pour Marcel Priollet, c’est notamment le cas dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes au cours de la seconde moitié des années 1930.

Effectivement, l’auteur a signé la grande majeure partie des 95 titres de cette collection, sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll et, dans ces fascicules de 32 pages contenant des récits indépendants d’environ 7 à 9000 mots, il s’amuse à réutiliser plusieurs personnages dont, notamment : Claude Prince, le détective radiesthésiste ; Bob Rex, de la brigade mondaine ; le détective Sébastien Renard ; et l’inspecteur François Pessart.

Il n’est pas rare que deux ou trois de ces personnages apparaissent dans un même titre, l’un en tant que héros, les autres en tant que personnages secondaires.

Dans le cas de « Le suicide du Professeur Barjac », n° 24 de la collection « Les Grands Détectives », on retrouve l’inspecteur Pessart en personnage principal, l’inspecteur Bob Rex en personnage secondaire et le détective Claude Prince est juste cité.

LE SUICIDE DU PROFESSEUR BARJAC

Le docteur Barjac, sommité du monde de la toxicologie, est retrouvé mort dans son laboratoire par son valet.

En apparence, la victime se serait suicidée avec un revolver, mais les premiers éléments démontrent qu’il s’agit en fait d’un empoisonnement.

L’inspecteur François PESSART enrage que le juge ait confié cette affaire intéressante à un autre policier bien moins doué que lui et va faire son enquête de son côté afin de déterminer qui est responsable du « suicide du professeur Barjac »…

Un célèbre Professeur en toxicologie est retrouvé mort, suicide au revolver, du moins, selon les apparences. Effectivement, l’enquête démontre que le suicide est une mise en scène et que le Professeur a, en fait, été empoisonné.

C’est l’inspecteur Irem qui est chargé de l’enquête par le juge d’instruction, ce dernier étant certain que le meurtrier est le beau-frère de la victime.

Mais l’inspecteur François Pessart enrage, il aurait aimé s’occuper de cette affaire, étant persuadé que le suspect du juge n’est pas coupable.

Aussi, il va mener une enquête parallèle, juste pour son plaisir...

Il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas dans cette collection que l’on trouve les meilleurs textes de l’auteur. La concision nécessaire pour ces petits fascicules ne permet pas à l’auteur de proposer des intrigues ou des personnages intéressants.

De plus, le laxisme des éditions originales n’aide pas beaucoup non plus, il faut bien l’avouer.

Cependant, si ces textes n’avaient d’autre but, à l’époque, d’occuper de façon sympathique un petit moment de lecture à emporter sur soit, ils ont aujourd’hui un autre intérêt, celui de voir comment Marcel Priollet se débrouillait pour respecter les contraintes de concision.

Ainsi, pour le texte du jour (comme pour nombre d’autres), on peut constater que l’auteur use d’un personnage pour narrer les circonstances du crime, mais également sa résolution.

Ce procédé permet une concision que ne pourrait pas avoir un narrateur omniscient sans risquer que le texte en devienne indigeste. Alors que le même texte, mis dans la bouche d’un personnage, passe plus facilement.

La seconde astuce utilisée dans « Le suicide du Professeur Barjac » et dans d’autres titres est l’ellipse de temps. L’action se déroule, l’enquête piétine et, quelques mois plus tard, la solution tomber d’elle-même par un troisième procédé qui est souvent la confession du meurtrier ou d’un témoin.

Certes, l’ensemble ne donne pas un récit trépidant, on s’en doute, mais avec ces trois petites astuces, Marcel Priollet s’assurait de demeurer dans les clous et de ne pas déborder des 7 à 8000 mots que comportaient les fascicules de cette collection.

Quant à l’histoire...

Bon, dans le cas présent, pas grand-chose d’extraordinaire à se mettre sous la dent, Marcel Priollet livre le minimum syndical à tous points de vue.

Au final, un texte qui n’a d’autre but que d’occuper agréablement un petit moment de lecture.