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« La mallette de cuir jaune » est à l’origine un fascicule de 32 pages de 7 600 mots publiés dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes dans la seconde moitié des années 1930.

Il est le 31e titre de cette collection qui en compte 96 et dont plus de 70 furent écrits par Marcel Priollet et signés de Marcelle-Renée NOLL (l’un des pseudonymes de l’auteur, de même que René Valbreuse, Henri de Trémières, R.M. de Nizerolles...).

Marcel Priollet fut l’un des grands piliers de la littérature populaire fasciculaires grâce à une immense production couvrant les genres à la mode à son époque d’activité (1910-1960) : policier, sentimental, aventures, science-fiction.

Si ses séries sentimentales ou dramatiques sont nombreuses, ses séries policières avérées le sont moins puisque je ne vois guère que « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » de 10 et 8 épisodes publiés au milieu des années 40.

Pourtant, des textes policiers, Marcel Priollet en a écrit énormément, mais ceux-ci sont disséminés dans des collections policières généralistes comme « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi.

Mais si l’on s’attarde sur les récits de l’auteur publiés dans la collection « Les Grands Détectives » on se rend compte que celui-ci y fait vivre plusieurs personnages récurrents : le détective Sébastien Renard, le détective radiesthésiste Claude Prince, l’inspecteur de la Brigade Mondaine Bob Rex et l’inspecteur François Pessart (plus quelques personnages très très secondaires).

C’est l’inspecteur principal François Pessart qui est le héros du titre du jour.

LA MALLETTE DE CUIR JAUNE

Vinker, alias l’Alouette, une espèce de clochard sans âge, se fait un peu d’argent à la descente de l’autobus provenant de la Côte d’Azur, en proposant ses services pour porter les bagages.

Ce jour, c’est une jeune dame élégante qui lui demande de s’occuper de sa grande mallette de cuir jaune en le priant d’aller avec celle-ci, à la terrasse d’un bar, un peu plus loin, le temps qu’elle règle quelques formalités.

L’Alouette attend… attend… Sa cliente ne revient pas. Alors, il décide d’amener la valise dans sa pauvre chambre d’hôtel, s’imaginant ce qu’il pourra retirer d’un tel article et de son contenu.

Mais, quand il ouvre la mallette de cuir jaune, il a la désagréable surprise de découvrir qu’elle renferme des morceaux d’un corps humain découpé…

Effrayé, il se précipite immédiatement chez l’inspecteur François PESSART, un policier avec lequel il a déjà « collaboré »…

Un clochard se fait un peu d’argent en attendant, à Paris, à la descente du car, les passagers en provenance de Nice, pour leur proposer de porter leurs valises ou de leur trouver un taxi.

Une jeune femme demande au type de s’occuper de sa mallette et de l’attendre à une terrasse de bistrot en attendant qu’elle règle un petit truc. Seulement, une heure passe, deux heures passent et la cliente ne revient pas. Alors, le clochard ramène la valise dans sa chambre d’hôtel en se disant qu’il va tirer un peu de fric de ce beau bagage qui, peut-être, contient, en plus, des articles de valeur. Seulement, la valise contient un corps démembré sans la tête.

Le clochard, de peur d’être accusé, va voir l’inspecteur Pessart qu’il connaît bien pour lui refiler quelques renseignements de temps en temps...

« La mallette de cuir jaune » est sans doute l’exemple de ce qu’un auteur peut tirer de mieux d’un format aussi concis que celui des fascicules de cette collection qui naviguent entre 7 et 8 000 mots.

Avec une entrée en matière qui s’attache aux pas de Vinker, alias l’Alouette, un clochard qui gagne sa vie en portant des bagages, l’auteur nous livre un prologue plutôt agréable à suivre. À l’absence de la cliente et l’ouverture du bagage, il propose un mystère très intéressant qui plaira aux lecteurs même si ceux-ci se doutent que l’intrigue n’ira pas bien loin.

Reste alors à Marcel Priollet de poursuivre son affaire et de la résoudre.

Pour la partie investigation, réduite au minimum, pour égarer le juge et l’inspecteur Marchepied, le rival de Pessart, à qui l’enquête a été confiée, Marcel Priollet use de grandes coïncidences pour attirer les soupçons vers un faux suspect.

Pour permettre à l’inspecteur Pessart de résoudre l’enquête, l’auteur utilise tout autant le hasard fortuit.

Enfin, il donne la solution du problème via la confession du coupable, une habitude dans cette collection, habitude qui permet, en même temps que les hasards, de réduire le texte à son minimum et de ne pas dépasser le seuil des 8 000 mots.

On ne reprochera pas ces travers qui sont induits par le format.

Au final, un récit parfaitement construit pour entrer dans les clous et qui donne le maximum que le format peut offrir aux lecteurs.