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Jusqu’à présent, je disais que j’aimais beaucoup Léo Malet parce que j’aimais beaucoup les aventures de Nestor Burma.

Je pourrais dire la même chose de Georges Simenon ou, il y a quelque temps encore, de Frédéric Dard.

Mais pour Frédéric Dard, j’ai testé d’autres romans que ceux mettant en scène son personnage emblématique qu’est San Antonio.

Par contre, pour Léo Malet et Georges Simenon, je ne m’étais jamais promené dans d’autres mondes que ceux de Nestor Burma ou du Commissaire Maigret.

Pour Léo Malet, je viens de franchir le pas en m’attaquant au premier opus de ce qui est considéré comme sa « Trilogie noire » : « La vie est dégueulasse ».

La « Trilogie noire » n’est en somme pas vraiment une trilogie, en tout cas, pas écrite en ce sens puisque si les deux premiers opus, « La vie est dégueulasse » et « Le soleil n’est pas pour nous » ont été écrits de façon assez rapprochée (1947 et 1948), le troisième, « Sueur aux tripes », lui, date de 1969.

Pourtant, ces trois textes ont été regroupés dans un recueil, une première fois dès 1969 puis, au début des années 1990, chez Fleuve Noir avec, en préface, un entretien mené par Jacques Baudou.

La vie est dégueulasse :

Comment affronter le destin quand la société, la misère, la malchance vous entraînent dans le banditisme et le crime ?

Dans le Paris prolétarien, Jean Fraiger, anarchiste en perte d’idéal, participe à une attaque de convoi de fonds, abat un des convoyeurs et achève un complice blessé. Un type ordinaire, diront plus tard les témoins de ses meurtres, un type à qui il semble égal de vivre ou de mourir.

Quelle fureur, quelle haine de lui-même pousse alors Fraiger à tuer des prostituées ? Dès lors, la vie de Gloria, la fille d’une de ses victimes, qui lui inspire un amour paralysant, est menacée. Qui est cet homme, anti-héros tragique, qui, selon Léo Malet, « par-dessus un abîme de cruauté et de tendresse, dresse le drapeau sang et nuit de l’inquiétude sexuelle ? »

Jean Fraiger, un jeune homme de frêle apparence, intègre une bande d’anarchistes pour attaquer un convoi de fonds afin d’apporter de l’argent à la cause des ouvriers en grève.

Lors de l’attaque, il dézingue deux hommes pour des raisons qui dépassent la simple légitime défense. Mais l’un de ses comparses, un beau gosse qu’il déteste, est touché par les flics et Jean Fraiger, fait croire à tout le monde, le blessé et les autres complices, qu’il est foutu et qu’il faut l’achever pour lui éviter de souffrir, ce qu’il s’empresse de faire non sans prévenir, avant, sa victime, qu’en fait, sa blessure n’est pas aussi grave.

Mais le coup sanglant n’est pas pour plaire aux ouvriers qui refusent l’argent et, alors, Jean, avec les deux compagnons qui ont survécu à l’attaque, décide d’œuvrer pour leur propre compte, pour se créer un bas de laine. Mais Jean a pris goût au sang, à la violence et à la célébrité que lui confèrent les articles de journaux...

Tout d’abord, je tiens à dire que j’ai été totalement conquis par la préface du livre dans laquelle Léo Malet se livre et nous raconte son parcours. Parcours passionnant dont je me suis délecté. J’aurais aimé que cet entretien durât plus longtemps alors que je ne suis guère friand, usuellement, des préfaces et encore moins des informations sur la vie des auteurs.

Passons maintenant au premier opus

Le récit est conté à la première personne dans un style sans concession, comme l’auteur ne fait aucune concession à son personnage principal. Très vite il lui ôte sa cape de Justicier qui use de la violence pour le bien d’autrui pour n’en faire qu’un type perdu qui ne trouve pour seul moyen d’expression que cette violence, car c’est le seul moment où il se sent important, le seul moment où les autres font attention à lui. Car, au final, Jean Fraiger n’a rien de bien intéressant à dire, à montrer, se contentant de répéter que « La vie est dégueulasse » comme si c’était un état de fait indépendant de sa volonté et contre lequel il ne pouvait rien. Or, sa vie est dégueulasse parce que l’homme est fourbe et lâche. Fourbe au point d’abattre un comparse parce qu’il a les faveurs des femmes alors que lui se contente de prostituées, lâche au point de n’oser avouer son amour à la seule femme qui compte à ses yeux...

Et il ne cesse de s’appuyer sur ce constat que la vie est dégueulasse, pour la dégueulasser encore plus. Jean dégueulasse d’ailleurs tout. Il dégueulasse sa vie, il dégueulasse celle de son ami, il dégueulasse l’amour, le sien, celui des autres...

C’est d’ailleurs un peu le souci du roman. Le personnage principal est à ce point détestable que le lecteur ne s’attache pas à lui (il manquerait plus que ça) et, du coup, il ne vibre pas face aux malheurs qui l’attendent.

Or, le récit étant à la première personne, je pense qu’il est important de pouvoir s’attacher au « héros » afin de ressentir un maximum d’émotions. Là, difficile de s’attacher à cet homme qui n’a pas grand-chose pour lui et on se contente de suivre ses pérégrinations sans jamais trembler, ou ressentir la moindre empathie.

Et cette distanciation, du moins pour moi, a été un frein au plaisir de lecture.

Dommage, car l’écriture sèche d’une plume plongée dans l’encre d’un noir absolu est plutôt agréable, que l’histoire, en elle-même, nonobstant le personnage central, n’est pas inintéressante, mais ce détachement entre moi et le conteur on fait que je n’y ai pas trouvé un plaisir réel. Pas d’ennui, cependant, ni de lecture rébarbative, mais juste une lecture sans émotion autre que celle des mots.

Au final, un roman court, sec, noir, qui pêche par la narration à la première personne par un être totalement détestable.