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Je continue ma découverte des auteurs francophones de récits policiers et il faut dire que j’ai été bien surpris de constater que je n’avais encore jamais lu de romans de Michel Lebrun écrivain pourtant surnommé « Le Pape du Polar » pour son érudition en la matière.

Michel Lebrun (1930 - 1996) : auteur, traducteur, scénariste, l’homme s’est fait avant tout un nom grâce à ses ouvrages consacrés au genre policier.

Pourtant, il laisse derrière lui une œuvre imposante entre ses romans abordant tous les sous-genres du roman policier, mais également ses scénarios et adaptations pour la télévision et le cinéma.

Si je n’ai guère vu les films adaptés de ses romans ou bien ceux dont il a écrit les scénarios, comment ne pas repenser à la série télévisée culte « Les Cinq Dernières Minutes » pour laquelle il a écrit plusieurs scripts.

Il me fallait donc enfin découvrir cet auteur, c’est du moins ce que je me suis dit en tombant, sur une librairie virtuelle, sur un commentaire enflammé d’un lecteur à propos du titre « Les Ogres ».

« Les Ogres » est initialement paru aux Presses de la Cité en 1971 avant d’être réédité dans au Masque dans la collection « Les Maîtres du Roman Policier » en 1989 puis, récemment, en numérique, comme d’autres romans de l’auteur, aux éditions French Pulp.

Les Ogres :

Blanquette de veau à ma façon : tremper les morceaux de viande dans la sauce, laisser mijoter une dizaine de minutes... Dans son charmant domaine de campagne, tante Virginie écrit ses célèbres livres de recettes. Pierre Armand, l’intendant, s’occupe du jardin et nourrit les chiens avec une viande quelque peu particulière. Et à l’étage, il y a le mystérieux bébé de Vi.

Virginie, belle quadragénaire, auteur de livres de recettes de cuisine, vit avec l’étrange Pierre-Armand, dans une demeure isolée, gardée par trois chiens agressifs.

Virginie passe régulièrement des petites annonces pour recruter une jeune bonniche. Régulièrement, car les jeunes femmes ne font pas long feu chez Tante Virginie, car, très vite, elles sont emmenées dans la chambre à l’étage où les attend un horrible destin...

Michel Lebrun nous propose là un court roman naviguant entre récit à suspens et récit horrifique.

Malheureusement, je ne serai pas aussi dithyrambique que le commentaire qui m’a encouragé à lire ce roman.

Non pas que celui-ci soit mauvais ou mal écrit, certes non, mais plutôt parce que l’histoire n’est pas, finalement, de celles qui m’attirent.

Effectivement, on sent que l’auteur maîtrise les genres (peut-être trop bien) et, notamment, ceux qu’il utilise dans ce roman. Et c’est peut-être de cela que vient ce sentiment de déjà vu dans tout ce qui se déroule ici.

Car on y retrouve un peu tout ce qui fait le genre (les genres), usités dans le récit.

Or, celui-ci, datant de 1971, est forcément précurseur et non suiveur, mais comme, à la lecture, l’histoire est difficile à dater (si ce n’est le téléphone à cadran), le lecteur (du moins, moi) ne prend pas conscience du fait que Michel Lebrun ouvre une voie et non l’emprunte après le passage de la cavalerie.

Les ressorts de l’intrigue (des personnages qui cachent un terrible secret, du monstre dans le placard, des personnages qui ne sont pas ce qui semble être, un personnage qui cherche un refuge, mais qui se jette dans la gueule du loup...) sont désormais lus et relus et, du coup, difficile de reconnaître à Michel Lebrun l’originalité de son histoire qui devait pourtant l’être en 1971.

De plus, à bien y réfléchir, l’intrigue, elle-même, s’inscrit que trop peu dans le genre « policier », ou, du moins, dans la partie floue qui relie ce genre aux autres.

Bien sûr, il y a des meurtres, du sang, des fuites, des recherches de personnes, de la violence, de l’incarcération, de la drogue... mais, pourtant, l’histoire, selon moi, s’inscrit dans un sous-genre qui n’est déjà plus réellement policier, du moins, pas le « policier » que j’affectionne.

Quant à la plume, si elle est habile et fluide, alléché par un commentaire rapprochant Michel Lebrun de Raymond Queneau, de Pierre Dac, de Pierre Siniac... je fus un peu déçu. Non pas que l’auteur ne soit pas de cette trempe, mais, du moins, ce roman ne lui permet pas vraiment de le démontrer.

Peut-être n’est-ce pas le roman par lequel j’aurai dû rencontrer Michel Lebrun !

Cependant, entendons-nous bien, ce roman ne m’a pas pour autant déplu.

Déjà, il a la qualité de ne pas être long.

Ensuite, parce que, même s’il ne correspond pas forcément à ce que je cherchais, il n’est pas déplaisant à lire.

Enfin, car, nonobstant ce que je lui reproche, il est indéniablement bon.

Au final, un bon roman qui ne m’était pas forcément destiné, ce qui diminue mon plaisir de lecture.

P.S. : À noter que French Pulp a une bonne démarche de vouloir numériser des auteurs tels que Michel Lebrun, Francis Ryck, G.J. Arnaud, Pierre Lesou et compagnie.

Mais je leur reprocherai le nom même de leur édition (défendre la littérature populaire française à travers un nom anglais...) quelques coquilles dans leurs éditions et, parfois, comme dans le cas d’aujourd’hui, des couvertures pas très alléchantes...