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« Le timbre à 1 euro, vous y croyez ? »

Fut un temps pas si lointain, j’aurais ri à cette question.

Aujourd’hui, la même interrogation me ferait presque pleurer.

Car, oui, le timbre à 1 euro est envisageable. Pire, on y est quasiment.

Désormais, depuis le mois de mars de cette année (2020), le simple timbre coûte 0,97 euro.

C’est dire que dès l’année prochaine, ce même timbre dépassera allégrement ce seuil de 1 euro que l’on n’aurait jamais cru le voir franchir il n’y a pas si longtemps.

Il faut dire que discrètement, sans faire de bruit, La Poste augmente régulièrement ses tarifs (au moins tous les ans).

Vous me direz que La Poste était autorisée, pour faire face à la baisse des volumes de courriers à transporter, à augmenter ses tarifs de 5 % par an jusqu’en 2022.

Peut-être, mais la dernière augmentation en date dépasse les 10 %, celle de l’année précédente était déjà de 10 % et encore plus l’année précédente.

Aujourd’hui, le timbre vert est donc à 0,97 euro. En 2015, le même timbre coûtait 0,68 euro soit une augmentation de plus de 45 % en 5 ans.

En 2010, le timbre vert était de 0,53 euro.

En 10 ans, le timbre vert a donc augmenté de 83 %

Bravo !

La justification ? Il faut compenser la baisse du volume du courrier !

Ahhh, ouais, moins de gens envoient du courrier, alors, tu les dissuades d’en envoyer encore en augmentant fortement les prix : intelligent comme méthode et probablement efficace.

Mais si ce n’était que le prix du timbre qui augmentait ! Mais non, vous vous doutez bien que tout augmente, de nos jours, ma bonne dame (et mon bon monsieur) et le reste des tarifs pratiqués par La Poste de la même façon.

Ainsi, pour prendre mon cas personnel de micro éditeur, considérons les tarifs colissimo pour les envois de livres. Sachant qu’il n’y a plus de tarifs spécifiques pour ces envois et que, même si, paraît-il, La Poste rechigne moins que fût un temps à accepter les envois de livre en mode courrier (à condition que le livre ne dépasse pas l’épaisseur de 3 cm), la plupart des livres doit être envoyé par colissimo (si l’on ne veut pas passer par la concurrence et le système de point relais).

Aujourd’hui, pour envoyer un petit livre par La Poste en colissimo, il vous en coûtera (il m’en coûte) 6,35 euros (et encore, des petits livres format 14X21 d’à peine plus de 200 pages).

Faisons un peu de mathématiques appliquées :

Sachant que M. Dupont, petit éditeur, décide d’envoyer un livre de 200 pages pesant 350 grammes par le service colissimo à son client, M. Durand, combien lui en coûtera-t-il ?

6,35 euros ! Bonne réponse.

Maintenant, sachant que le livre de M. Dupont coûte 10 euros et qu’entre tous les frais annexes à la création de ce livre, sa marge se monte au maximum à 5 euros, combien M. Dupont, petit éditeur, gagnera-t-il à vendre son livre par correspondance ?

– 1,35 euro ! Bravo, encore bonne réponse. M. Dupont perd donc 1,35 euro pour envoyer son livre.

Autre Problème : pour compenser cette perte et continuer son travail sans en être de sa poche, M. Dupont fait participer M. Durand aux frais d’envois à hauteur de 4 euros. Combien M. Dupont gagnera-t-il à la fin ?

2,65 euros

Mais, tenant compte du fait que M. Durand hésite entre deux ouvrages, au même prix, dont un est disponible sur Amazon et l’autre chez M. Dupont, petit éditeur, quel livre, pensez-vous, M. Durand achètera-t-il sachant qu’Amazon facture 0,01 euro de frais de port là où M. Dupont est obligé de facturer 4 euros ?

D’un côté, 10,01 euros le livre, de l’autre, 14 euros, le choix sera vite fait.

Merci La Poste.

Pendant que les salaires augmentaient de moins de 15 % en une décade, les tarifs de La Poste, eux, suivaient une progression de plus de 80 %. Cherchez l’erreur.

Alors, oui, les gens envoient moins de courriers depuis qu’ils ont tous un téléphone portable pour appeler les amis et la famille ou leur envoyer des SMS et autres joyeusetés virtuelles via les smartphones ou les ordinateurs et Internet.

Oui, il y a quelque temps (longtemps, déjà), la VAD (vente à distance) concernait quasi exclusivement La Redoute, les 3 Suisses et tous ceux qui vous envoyaient leurs gros catalogues par La Poste pour vous inciter à commander.

Mais, désormais, les ventes à distance font que de plus en plus de colis sont envoyés, que de plus en plus de monde commande toutes sortes de choses sur Internet, des petites, des grosses, des énormes.

Ce volume d’objets transportés est sans cesse en augmentation, a même fait la fortune de Jeff Bezos (le patron d’Amazon), et celui de nombreux sites, mais profite également à de très nombreux particuliers qui vendent ce dont ils ne se servent plus.

Bien évidemment, les bénéfices de ce marché échappent en grande partie à La Poste, du fait de ses tarifs trop élevés ou des prix préférentiels accordés.

Ainsi, c’est de plus en plus fréquent que les vendeurs non professionnels (et même les autres) vous proposent voire vous imposent des envois via des concurrents de La Poste, et par le truchement de points relais.

C’est, certes, moins pratique d’avoir à se déplacer à ce point relais (surtout quand tu habites un petit village et que le premier point relais se trouve à plusieurs kilomètres de chez toi) et d’avoir à se plier à des horaires d’ouvertures plutôt que d’aller voir dans ta boîte aux lettres (qui généralement est à ce point proche de chez toi, qu’elle est chez toi) si ton colis s’y trouve.

Mais c’est moins cher. Parfois, bien moins cher.

Du coup, La Poste se trouve encore protégée en partie par cette contrainte (notamment dans les campagnes où mugissent ces féroces soldats...). Mais, tout de même.

Car La Poste oublie un peu trop facilement que la livraison du courrier, même si elle représente une grosse part de son travail, n’est pas sa seule activité et que les autres dépendent également de l’image qu’elle donne.

Avant, La Poste était synonyme de service public. Et dans « service public », il y a service, en direction du public. Ainsi, tu fais plus facilement confiance à quelqu’un qui te rend service, même si tu le payes pour ça, qu’à quelqu’un qui fait un taf pour lequel il est payé. Au final, c’est la même chose, mais pas dans l’esprit des gens.

Et quand tu as besoin d’autre chose (un abonnement téléphonique, un service bancaire, une assurance, crédit...) tu te tourneras plus facilement vers ce quelqu’un qui te rend service au quotidien plutôt que vers un autre. 

Mais à terme ? Si le service de livraison décline au point que plus personne n’utilise ce service et n’a donc plus de contact avec le facteur régulièrement, aura-t-il encore le réflexe de se tourner vers La Poste pour des services qui ne font pas partie de sa fonction de base alors qu’il ne lui fait plus confiance pour la fonction pour laquelle elle fût créée ?

C’est, je pense, à terme se tirer une balle dans le pied et ne cesser de faire reculer le problème tout en le laissant grossir jusqu’à ce qu’il devienne inamovible.

En tout cas, c’est plomber l’activité de petites entreprises qui n’ont pas réellement le choix que d’assumer ces incessantes augmentations des tarifs de La Poste. Et pour ce faire, deux choix possibles, impacter les augmentations au client en les répercutant sur la participation aux frais de port au risque de le dissuader de vous commander un article ou bien en les répercutant sur vos frais et faire baisser votre marge bénéficiaire jusqu’à ce que la situation soit intenable (ce qui est déjà le cas).

Bref, il y a de cela quasiment 8 ans (à quelques jours près), sur ce même blogue, j’écrivais un article pour dire combien les tarifs de La Poste étaient difficiles à assumer pour un petit éditeur.

8 ans plus tard, le constat s’est encore noirci et j’avais raison quand je disais que ces tarifs allaient finir par tuer les petits éditeurs, la preuve, depuis plusieurs années, maintenant, OXYMORON Éditions s’est tourné vers l’édition numérique et notre catalogue papier ne compte quasiment plus de nouveau titre depuis plus de trois ans.

Alors, à quand le timbre à 2 euros ???