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Je ne veux pas me répéter, mais je dois tout de même préciser, de temps en temps, pour ceux qui ne liraient pas toutes mes critiques de romans (ce n’est pas bien, je m’embête à les écrire, vous pourriez faire l’effort de les lire) que, depuis que j’ai découvert Sherlock Holmes, durant mon adolescence, je ne lis plus que du roman policier (sous toutes ses formes et elles sont nombreuses).

Et, depuis que, il y a quelques années, j’ai lu le roman « 1280 âmes » de J.B. Pouy, occasion, pour l’auteur, de railler certains traducteurs de romans en lançant un libraire enquêteur à la recherche des 5 personnes disparues entre « Pop. 1280 » (population 1280) de Jim Thompson et sa traduction française de Marcel Duhamel titrée « 1275 âmes », j’ai décidé de ne plus lire que des romans policiers de langue française.

Depuis, je me suis fixé pour mission de découvrir des auteurs de romans policiers de langue française en délaissant un peu les auteurs à succès actuel (Franck Thilliez, J.C. Grangé, Maxime Chattam...).

Mais la tâche demeure immense, impossible à réaliser, face à l’ampleur de la production francophone en matière de récits policiers, que ce soit sous la forme de romans traditionnels ou bien dans la littérature fasciculaire du siècle dernier dont je raffole.

Et, comme j’adore les personnages récurrents, dès que je peux découvrir une série d’un auteur que je ne connais pas, je saute sur l’occasion.

C’est le cas aujourd’hui avec Philippe Bouin et sa série « Les enquêtes de sœur Blandine », une ancienne commissaire de police devenue bonne sœur.

Et comme une série ne s’apprécie pas mieux qu’en débutant par le premier épisode, je me suis lancé dans la lecture de « Implacables vendanges », la première enquête de sœur Blandine.

Philippe Bouin est un auteur français né en Belgique et vivant dans la Bourgogne et le Beaujolais depuis des décennies.

Aussi, ne faut-il pas s’étonner que l’auteur manie l’humour (clichés, quand tu nous tiens... mais des clichés sur les Belges ne sont jamais considérés racistes !!) et que son roman navigue dans les milieux viticoles du Beaujolais.

Implacables vendanges :

Me Blanchon, suivant les volontés d’Edmond Rutebœuf, réunit en son étude la famille du défunt ― viticulteurs de père en fils ―, pour donner lecture du codicille rédigé 50 ans auparavant. Trois enveloppes bleues sont remises aux enfants. Ils ne devront les ouvrir que le lendemain, 14 juillet 2000. Mais le destin se rit du mort : les dépositaires sont tués et les lettres disparaissent…

Sœur Blandine, forte de sa foi profonde et généreuse, de son franc-parler, de son goût pour les nourritures terrestres, sillonne les bords de Saône au volant de sa fidèle Titine. Sa rencontre avec Gontrand Cheuillade, l’inclassable journaliste du Progrès, sera détonante…

Un codicille datant de 50 ans met les 3 héritiers directs d’Edmond Rutebœuf en possession de 3 enveloppes bleues et d’autres membres de la famille d’enveloppes blanches avec pour injonction que la famille se regroupe dans quelques jours pour ouvrir les enveloppes pour prendre connaissance de leurs contenus...

Mais, lors du feu d’artifice du 14 Juillet, l’un des héritiers est assassiné d’une balle de luger et son enveloppe disparaît. Bien vite, un deuxième héritier est tué pour lui voler son enveloppe.

Les gendarmes ne savent plus où donner de la tête, heureusement, sœur Blandine, une ancienne commissaire de police, va se mêler à l’enquête, aidée, en cela, de Gontrand Cheuillade, un journaliste aux convictions très éloignées de celles de la Blandine d’aujourd’hui et de celle d’hier.

Philippe Bouin nous propose donc un personnage de bonne sœur enquêtrice, ce qui n’est pas original en soit, le cinéma, la télévision et la littérature nous ayant déjà proposé cette dichotomie : « Sœur Thérèse.com », « Sœur Angèle » de Henry Catalan, « Le père Dowling », « Frère Cadfaël » d’Ellis Peters, « Le nom de la rose » de Umberto Ecco, « Requiem » de Stanislas Petrosky...

Mais un ou une ecclésiastique, ancien policier et aux langages et comportement un peu décalé, mais qui respecte les concepts de la foi, voilà qui n’est pas si fréquent.

Et c’est le cas de sœur Blandine qui, on le devine, à basculée dans la foi suite à un décès et a totalement changé de vie et d’environnement.

Pourtant, chassez le naturel et il revient au galop et dès que l’occasion de mettre en avant ses talents d’enquêtrice se présente, sœur Blandine n’hésite pas.

Il faut reconnaître que si le personnage de sœur Blandine, à la base, n’est guère crédible (un commissaire de police qui devient bonne sœur et qui boit un peu, fume un peu, se moque beaucoup...) il est pourtant suffisamment tempéré pour demeurer dans la limite du raisonnable (pas comme Requiem de Stanislas Petrosky).

Car, certes, sœur Blandine n’est pas la bigote par excellence, elle se livre à quelques débordements (mais avec modération), elle n’a pas le langage que l’on attend d’une personne de sa condition, mais elle a une foi réelle et est dévouée à son prochain.

D’ailleurs, l’auteur nous montre les deux faces de la bonne sœur, les deux opposées, entre sœur Blandine, joyeuse, tolérante, dont les défauts la rapprochent de ses ouailles et une vieille bigote qui s’empresse de rapporter et de se plaindre des débordements de sa consœur à la mère supérieure. Mère supérieure qui fait parfaitement le lien entre les deux personnages puisque se situant à équidistance de l’exubérance de l’une et de l’intégrisme orthodoxe de l’autre.

Puis il y a le personnage du journaliste, personnage aux antipodes de la sœur ou de l’ancienne commissaire, puisqu’aristocrate, athée, quelque peu anarchiste, antirépublicain, antimilitariste...

Et, pourtant, les deux personnages vont s’apprécier et s’associer pour résoudre la série de crime qui laisse la gendarmerie dans l’expectative.

Là aussi, Philippe Bouin a le bon goût de ne pas sombrer dans le manichéisme.

La guerre des polices, si elle semble ouverte et en défaveur de la gendarmerie, un temps critiquée par l’ancienne policière, n’aura finalement pas lieu, les gendarmes, travaillant de façon plus cadrée, différente, parviendra tout de même à de bons résultats.

Le message que l’auteur veut faire passer est peut-être qu’il ne faut pas se fier aux apparences et que l’on peut paraître sans être et être sans paraître.

Bref, voilà pour les points positifs du roman auquel on peut rajouter un brin d’humour plutôt agréable et une plume alerte ainsi qu’un sens certain de la narration et de l’intrigue.

Mais, parce qu’il y a un mais (il y a toujours un « Mais » sauf chez Albert Boissière), ce roman ne m’a pourtant pas entièrement convaincu.

La faute à une multitude de personnages (trop) entre la famille Rutebœuf, la famille Rampon et les autres...

Reponsable, aussi, l’intrigue faussement complexe, et, finalement, pas si intéressante que cela.

Pour un premier épisode, l’auteur aurait gagné à faire dans la simplicité.

Quand on s’appuie sur un personnage que l’on veut fort, au moins au début, je pense qu’il faut permettre au lecteur de se concentrer dessus afin de s’y attacher. Pour cela, éviter de multiplier les personnages et mettre en place une intrigue pas trop confuse afin de permettre au héros de briller par sa présence. Après, dans les épisodes suivants...

Et ce sont principalement ces deux détails (qui n’en sont pas) qui font que je n’ai pas totalement adhéré ni au roman ni à sœur Blandine alors que le personnage est plutôt sympathique. 

Alors, bien sûr, ces défauts ne sont pas totalement rédhibitoires et cela ne m’empêchera pas de replonger dans la série, mais, pas tout de suite... un de ces jours... pour donner une seconde chance à sœur Blandine.

Au final, un roman qui a des qualités, notamment son duo de héros, mais qui, à défaut de se concentrer totalement sur celui-ci, propose trop de personnages secondaires et une intrigue un peu trop confuse à mon goût.