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Durant mon adolescence, j’ai restreint mes lectures à l’unique genre policier, ne lui faisant que de très très rares infidélités.

Il y a quelques années, la lecture de « 1280 âmes » de J.B. Pouy m’a fait réfléchir et poussé à restreindre encore mes cibles littéraires aux seuls récits policiers de langue française.

En effet, le roman de J.B. Pouy s’amusait de certaines extravagances des traducteurs de romans en langues étrangères, et plus précisément, dans ce cas-là, la traduction de Marcel Duhamel du roman « Pop. 1280 » (Population 1280) de Jim Thompson, qui deviendra, en français, « 1275 âmes »

Dans cette traduction, non seulement Marcel Duhamel pratique des coupes dans le texte original, mais en plus, il fait disparaître 5 personnes sans aucune raison.

J.B. Pouy invente pour l’occasion, un libraire détective qui va chercher ce que sont devenues ces 5 personnes.

Cette lecture, en plus de l’ingéniosité de l’intrigue et la plume de Pouy, m’a surtout fait réfléchir sur les traductions de romans étrangers. En lisant une traduction, lisais-je réellement le roman de l’auteur ou bien l’interprétation du traducteur ?

À partir de là, je me concentrais quasi uniquement sur des œuvres écrites en langue française.

Bien sûr, je faisais exception pour les aventures de Sherlock Holmes, parce que c’est mon personnage favori, celui qui m’a fait apprécier la lecture.

À de rares occasions, je fais une entorse à mon dogme, notamment en lisant des aventures de Nick Carter, car ce qui prévaut dans ces aventures, ce n’est pas le style de l’auteur (très plat) ni celui du traducteur (tout aussi plat), mais le rythme et l’aventure.

Pourtant, j’adore les personnages de la littérature populaire, tous les personnages et n’étant à l’aise que dans la langue d’Albert Boissière (oui, je préfère cet auteur à Molière), je ne peux découvrir les héros de la littérature populaire étrangère (Hercule Poirot, Rex Stout, Mickey Spillane...)

Mais une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de faire une exception.

Effectivement, en cherchant une illustration pour un texte, je suis tombé, par hasard sur un article sur « The Old Man on the Corner » de la baronne Emmuska Orczy.

Immédiatement, le personnage, le format le genre, m’ont immédiatement attiré.

Car « The Old Man on the Corner » a été créé en 1901 pour surfer sur le succès de Sherlock Holmes.

La baronne Orczy crée alors le personnage du vieil homme dans le coin, un bonhomme qu’elle aurait rencontré dans un restaurant et qui, assis dans un coin, l’aborde, la reconnaissant, pour lui conter des enquêtes plus ou moins récentes et expliquer pourquoi et comment la justice s’est trompée et comment, lui a trouvé la solution et le vrai coupable.

Le vieil homme, pendant qu’il raconte l’enquête, à partir de comptes rendus de la police, des témoignages ou de ce qu’il a appris en assistant aux procès, fait des petits nœuds au bout d’une ficelle qu’il sort de sa poche. Et quand il explique comme il l’a résolue, il défait les nœuds au fur et à mesure.

Cette pratique, en elle seule, est suffisamment originale et intéressante pour m’avoir attiré.

Ayant trouvé une traduction de Jean-Joseph Renaud, lui-même auteur de littérature populaire de langue française, je me suis lancé dans la lecture de ces petites aventures de quelques milliers de mots (5 ou 6 000).

Ce format court est idéal pour une lecture dans un magazine hebdomadaire, voire même journalier.

Il l’est beaucoup moins adapté à un recueil, notamment dans le cas présent, du fait de la redondance des récits.

Effectivement, quand le héros vit une enquête, l’action, le lieu, le rythme ne sont jamais les mêmes et cette variété peut éviter la lassitude.

Mais quand chaque histoire se veut, en fait que la narration d’une rencontre entre l’auteur et ce fameux personnage et le récit, par celui-ci, d’une intrigue policière, la redondance est forcément de mise et, avec elle, un brin de lassitude.

Cependant, n’oublions pas que ces courts textes, à la base, n’étaient pas écrits dans le but d’être regroupés.

Indépendamment les uns des autres, il faut reconnaître que sur un format très court, le procédé fonctionne plutôt bien et que si, de nos jours, certaines intrigues pourraient être un peu tirées par les cheveux, remises dans leur contexte, elles sont plutôt malines et ne sont, du moins, pas niaises.

Le schéma de construction des nouvelles est lui, aussi, intéressant.

D’abord, la rencontre. Ensuite, le vieux bonhomme qui conte les faits d’une enquête en faisant des nœuds à une cordelette. Puis, le message invitant le lecteur à découvrir la solution. Et, enfin, le récit de cette solution, par le vieil homme qui défait ses nœuds au fur et à mesure qu’il apporte les indices.

Il faut alors reconnaître, que lus indépendamment les uns les autres, cette lecture est très agréable, tant par la traduction de Jean-Joseph Renaud (et donc, le talent de son auteur original), par l’originalité du personnage principal, la construction et mêmes les intrigues.

Ce n’est qu’en lisant les récits les uns derrière les autres (ce qui n’était pas prévu par le format original) que cela devient un peu lassant au bout d’un moment.

Cependant, reconnaissons un grand intérêt au recueil, c’est la chute de l’épisode de clôture qui prend toute son ampleur, grâce, justement, à tous les précédents.

Au final, à partir d’une idée intéressante et originale pour l’époque, la baronne d’Orczy nous livre des petits récits policiers fort intéressants.