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« Double crime rue Vieille du Temple » est un roman de Jean Buzançais paru fin 1953 dans la collection « Le Glaive » des Éditions du Puits-Pelu sous la forme de 128 pages agrafées.

Si vous lisez mes chroniques, Jean Buzançais ne vous est pas totalement inconnu. Du moins vous ai-je parlé de lui sous un autre alias, René Byzance (on compte également Jean Buzancenais) un auteur dont le nom serait André Rastier.

René Byzance (le pseudonyme de l’auteur que je préfère) a développé plusieurs personnages policiers dont, notamment, l’inspecteur Gonzague Gaveau, dit Le Professeur, qui a vécu 15 enquêtes sous la forme de fascicules de 16 pages aux Éditions Populaires Monégasques en 1946 et le commissaire Jules Troufflard qui n’aurait vécu qu’une demi-douzaine d’enquêtes dont « Double crime rue Vieille du Temple ».

Ne nous le cachons pas, Jules Troufflard, jusque dans le prénom, est très inspiré du commissaire Maigret de Georges Simenon. Même corpulence, même appétit, même rejet de la police scientifique, de hiérarchies et des notables, il mise son succès sur la connaissance des êtres humains et sait faire avouer les coupables.

S’il ne fume pas la pipe, hormis le premier épisode (peut-être les deux premiers) où il ne comprenait pas le plaisir que l’on pouvait avoir à avaler de la fumer toxique, il fume des cigarillos puants.

Pour le reste, Jules Troufflard fait souvent équipe avec Sylvestre, un jeune policier issu du beau monde.

Quand à René Byzance, si sa production n’est pas immense, elle est pour le moins qualitative puisque les enquêtes du Professeur étaient exquises, celles de Jules Troufflard, excellentes.

DOUBLE CRIME RUE VIEILLE-DU-TEMPLE

C’est l’émoi, rue Vieille-du-Temple, un double crime vient d’être perpétré dans l’échoppe « Aux cent mille bouquins » du père la Calotte. Le pauvre commerçant a été retrouvé criblé de balles parmi ses vieux papiers. À ses côtés, une dame du monde gît, elle aussi, tuée par arme à feu, mais de calibre différent.

Le commissaire Jules TROUFFLARD, chargé de l’enquête, va devoir s’imprégner de l’ambiance du quartier afin de faire connaissance avec les voisins qui sont tous des suspects potentiels.

Heureusement pour le policier, un témoin, Isidore, a assisté aux meurtres. Or, celui-ci s’avère peu coopératif, voire même agressif envers les inconnus. De toute façon, il ne sera guère bavard, Isidore étant le chat du bouquiniste…

Un bouquiniste est retrouvé mort de trois balles dans la peau dans son échoppe poussiéreuse, en compagnie d’une jeune femme du monde, elle aussi tuée par balles, mais pas par la même arme.

Seul témoin de ce double meurtre, Isidore, un chat qui déteste les inconnus.

Jules Troufflard va devoir humer l’ambiance de ce double crime, mais également faire connaissance avec les voisins et les différents suspects de ce double assassinat sordide qui peut avoir des portées insoupçonnables.

Quel plaisir de retrouver le commissaire Jules Troufflard même si c’est pour la dernière fois (du moins dans l’ordre chronologique de publications).

Effectivement, même si l’on ne peut se cacher que Jules Troufflard est un personnage totalement inspiré, voire pompé, sur celui du commissaire Jules Maigret, il serait dommage de le réduire qu’à cette filiation.

Car, il y a de mauvais clones et il y a de bonnes copies. Et, parfois, certains jumeaux s’avèrent presque aussi savoureux que les originaux.

C’est le cas de ce commissaire Jules Troufflard qui dépasse ses fonctions de simple « double » pour acquérir ses propres qualités, ses propres défauts, son propre charisme et, de ce fait, obtient l’affection des lecteurs pour ce qu’il est réellement et non pour ce qu’il singe (même si les lecteurs de Jules Troufflard sont moins nombreux que ceux de Jules Maigret).

Pour parvenir à cet exploit, il faut également que l’auteur, René Byzance, soit à la hauteur. Et force est de reconnaître qu’il l’est.

Même si celui-ci ne s’appuie pas totalement sur les mêmes ambiances voire même sur des ambiances opposées (Simenon s’épanouit dans la brume et la pluie alors que René Byzance est plus à l’aise avec dans des climats plus ensoleillés, plus chauds, plus secs), il parvient tout de même à créer une atmosphère propre à son personnage.

Par ce caractère concordant entre les deux personnages, il est normal que les sujets ne soient pas si dissonants et c’est bien souvent une opposition entre le peuple et les élites qui sont propres à faire naître une intrigue.

C’est une nouvelle fois le cas avec ce « Double crime rue Vieille du Temple » où l’opposition se crée jusque dans les victimes, puisque, d’un côté, l’une fait partie des prolots : le bouquiniste et de l’autre, des nantis : la jeune femme de monde.

Et pourtant, les apparences sont parfois trompeuses, et les frontières poreuses, et l’argent n’est pas là où on le croit.

Une nouvelle fois, l’auteur propose à son commissaire de faire connaissance avec une foule hétéroclite. Deux ados amoureux bossant chacun comme apprenti dans un magasin de la rue ; une veuve tenant une boutique de plume ; un potard faisant dans l’accessoire de pharmacie et plus précisément dans la poire à lavement ; un patron de bar accorte ; un chiffonnier fortuné ; un diamantaire ; sans compter la famille des victimes et… Isidore, le chat.

Jules Troufflard est plus à l’aise avec les gens du bas et plus irrité par ceux du haut.

Mais cette fois, il va devoir faire ami-ami avec un greffier, mais pas celui d’un juge, un véritable matou qui, toutes griffes dehors, saute agressivement sur tous les inconnus.

L’ambiance, l’histoire et le roman ne parviennent pas à se hisser à hauteur de « Le Mystère de La Cabretto », une précédente enquête de Jules Troufflard, bien qu’elle se lise avec un grand plaisir grâce, particulièrement, à ce personnage principal à la fois attachant qu’est Jules Troufflard.

Au final, un bon roman mis en valeur par un Jules Troufflard charismatique à souhait.