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René Trotet de Bargis est un auteur de la littérature populaire fasciculaire sur lequel les informations sont rares. Né en 1884 et mort en 1924 (il semblerait).

Il écrivit dans les genres à la mode à son époque (sentimental, policier, aventures) et le peu de titres que l’on trouve de lui par rapport à ses confrères s’explique, du coup, par le jeune âge auquel il mourut.

Dans le genre policier, qui est le seul qui m’intéresse, on notera au moins 5 titres publiés dans la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, au début des années 1920 sous la forme de fascicules de 32 pages qui seront réédités, plus tard, dans la collection « Police et Mystère » de façon post-mortem, en fascicule de 64 pages.

Ces 5 titres mettent en scène le même personnage, l’inspecteur Vigeon, un policier quarantenaire à la bonne réputation et qui compte plus sur son flair et son intuition que sur la réflexion et la perspicacité.

Si les 4 derniers titres sont facilement identifiables dans les deux collections citées, le premier, « Le crime de la rue François-Ier », lui, l’est moins aisément du fait des trous encore non bouchés dans la liste des titres de la première collection.

Mais comme « La haine masquée » du même auteur, publiée dans la collection « Police et Mystère » met en scène un crime, dans la rue François-Ier et que la première édition de « Le Silence Fatal », la dernière enquête de l’inspecteur Vigeon, fait mention des précédentes enquêtes dont la première, « Le crime de la rue François-Ier », il semble évident que celui-ci fut publié, comme les autres, d’abord dans la collection « Le Roman Policier » et qu’il devrait boucher un des trous que les passionnés de littérature populaire n’ont pas encore comblés.

Vous suivez ? Non ? Normal, l’enquête consistant à éclairer la littérature fasciculaire de l’époque est souvent bien plus complexe que celles contenues dans les récits qui la composent.

LE CRIME DE LA RUE FRANÇOIS Ier

Mme Louvier est retrouvée morte par son mari, dans leur appartement d’un immeuble de la rue François Ier.

La jeune femme a été étranglée dans l’après-midi et, selon la concierge, seule une personne a pénétré dans le bâtiment, une locataire travestie, pour le Mardi gras, en bayadère.

L’inspecteur VIGEON découvre sous le cadavre un morceau d’étoffe sur laquelle est collée une étoile dorée en papier, comme l’on en trouve sur les déguisements.

Il n’en faut pas plus au juge pour faire arrêter la voisine.

Cependant, l’inspecteur VIGEON est rapidement convaincu que la suspecte est innocente.

Mais alors, qui est l’auteur du crime de la rue François Ier ?

Un meurtre banal et simple. Une femme étranglée dans un immeuble. Une seule personne est entrée et sortie à l’heure de la mort : une voisine déguisée en danseuse pour le Mardi Gras.

Pas de doute à avoir, donc, puisque, en plus, l’inspecteur Vigeon a trouvé un morceau d’étoffe de déguisement sous le corps de la victime.

Oui, mais voilà, alors que le juge veut classer l’affaire, Vigeon découvre, sur une photo qu’il a faite du cou de la victime, les traces de doigts de l’assassin et ses doigts sont trop carrés, trapus, pour appartenir à la suspecte. Le meurtrier est un homme, selon Vigeon, mais comme le juge ne l’écoute pas, il décide de poursuivre l’enquête pour son compte.

Voici donc la toute première enquête de l’inspecteur Vigeon que l’on retrouvera dans 4 autres enquêtes.

Dans ce court roman (15 700 mots environ), difficile d’espérer y trouver une intrigue digne de ce nom. On ne sera donc pas surpris, puisque celle-ci est des plus banales et des plus simples.

Simple, d’ailleurs, comme est la façon dont l’inspecteur Vigeon la résout. Un peu de technique moderne (pour l’époque, début des années 1920), à partir d’un tirage photo et d’empreintes digitales, puis le reste, à l’instinct (alors qu’il aurait pu se servir de deux axiomes souvent déclamés dans les affaires policières que je ne nommerai point ici pour ne pas déflorer l’identité du coupable).

Si ce court roman se lit de façon agréable, il lui manque un petit quelque chose pour le rendre réellement intéressant.

Bien sûr on notera le côté un peu fleur bleue inhérent à un auteur de l’époque aguerri au genre sentimental qui rend le début un peu désuet. 

Mais ce qui est le plus notable et le plus dérangeant, c’est le manque de traitement du personnage principal, l’inspecteur Vigeon.

Certes, il est déclaré comme déjà un inspecteur respecté ayant résolu plusieurs affaires. Oui, l’auteur le présente comme un enquêteur s’appuyant sur le flair et la chance plus que sur l’observation et la perspicacité si chères au détective à la mode de l’époque (comme il l’a été de tout temps depuis sa création, d’ailleurs) Sherlock Holmes. Effectivement, il est dit sa passion pour la photographie et le fait qu’il soit célibataire. Et, évidemment, le format se prête peu à se pencher trop sur un personnage. Mais il manque tout de même un petit quelque chose pour le rendre soit plus original, soit plus attachant. Un quelque chose en plus qui ferait mieux passer le reste qui sans être indigent ni indigeste manque cruellement de rondeur soit dans le style, soit dans l’histoire, soit dans les personnages.

Dommage, mais qu’on se rassure, l’inspecteur Vigeon a encore d’autres enquêtes à mener.

Au final, une enquête liminaire un peu palote, mais se lit tout de même avec un certain plaisir.