J_ai_bien_l_honneur_de_vous_buter

Voici encore quelques années, je n’avais jamais dévoré la prose de Frédéric Dard pas plus que fait une réelle connaissance de son personnage mythique, le commissaire San Antonio.

Pourtant, adepte inconditionnel du polar, de l’humour, et, pourquoi pas, de l’argot, ainsi que de la littérature populaire, cette série s’adressait, semblait-il, tout particulièrement à moi.

C’est la raison pour laquelle je décidais à l’époque de découvrir la série, lentement mais sûrement, dans l’ordre chronologique de publication.

En début d’année, je venais de déguster la 33e enquête (parfois j’enchaîne quelques titres, souvent je les espace de plusieurs mois, je n’ai pas que San Antonio à découvrir).

Aussi fus-je surpris, récemment, en lisant une critique sur « J’ai bien l’honneur de vous buter » le 14e épisode de la série.

Effectivement, ce livre ne me disait rien alors que j’étais censé l’avoir lu.

Et bien non, j’avais dû le sauter.

J’ai donc, à rebours, réparé cette omission.

J’ai bien l’honneur de vous buter :

Je marche un peu, histoire de briser ma tension nerveuse. Mais c’est une coriace que cette tension-là ! Une seconde cigarette ne l’entame pas davantage. Au contraire, j’ai l’impression qu’elle est toute prête à se rompre… Je jette un coup de saveur à ma breloque ; voilà près de deux heures qu’elle est rentrée dans la carrée, Elia… Et celle-ci demeure aussi inerte et silencieuse qu’auparavant. Il n’y a toujours qu’une fenêtre éclairée… Et quand je dis éclairée, j’exagère… Simplement, on décèle une lueur… Que fabrique-t-elle derrière cette façade croulante ?...

L’attention du patron de San Antonio a été attirée par une annonce proposant un emploi de chauffeur à un Français ne parlant pas l’anglais pour une riche Londonienne. Comme celle-ci est soupçonnée de tremper dans l’espionnage, le boss a décidé de faire en sorte que San Antonio soit embauché. Cela tombe bien, il sait conduire et ne cause pas la langue de Shakespeare.

San Antonio débarque donc à Londres, avec une voiture achetée tout spécialement en France et fait la connaissance de la Roumaine Elia Filesco, sa patronne, ainsi que de Gloria, sa soubrette et Kathy la cuisinière.

Un soir, Elia lui demande de l’amener dans les quartiers crasseux de la ville et elle s’engouffre dans une maison miteuse. Des heures passent, Elia n’étant pas sortie, San Antonio décide de pénétrer dans la demeure. Quelle surprise de constater que l’intérieur est digne d’un palace, mais surtout qu’Elia a disparu…

C’est assez étrange comme voyage que ce retour dans le passé de San Antonio (passé pour qui a lu les vingt épisodes suivants) tant cette période est charnière dans la série puisque Frédéric Dard est en train d’affirmer sa plume et vient tout juste de composer son Trium Vira dans le précédent épisode « Deuil de miel », 13e du nom.

Effectivement, quand on s’est accoutumé aux deux joyeux lurons que sont Béruriers et Pinaud, il est alors difficile de se souvenir qu’au début de la série ils étaient inexistants ou que trop peu cernés.

Dans le 13e, Pinaud apparaissait pour la première fois et Bérurier n’était pas encore LE Bérurier.

Pourtant, la lecture est plaisante grâce à un récit rythmé et rocambolesque dans lequel San Antonio va donner de sa personne dans tous les sens du terme.

Si Bérurier est absent de l’histoire, San Antonio le cite quelques fois, dénotant le désir de l’auteur d’en faire un personnage récurrent de la série.

Un retour en arrière signifie également que San Antonio revient dans le monde de l’espionnage. C’est le cas dans cette histoire sur fond d’espionnage, donc, et d’anciens nazis.

Si le style de Frédéric Dard n’est pas encore totalement affirmé, que les grandes envolées sont encore rares et sages, si les apartés sont quasi absents et les jeux de mots sur les noms également, le roman n’en demeure pas moins agréable à lire (mais c’est le cas depuis le début).

Il faut dire que l’histoire est assez rocambolesque, que San Antonio va sévèrement déguster, que les morts vont s’empiler sans laisser le lecteur ni le commissaire le temps de respirer.

Au final, un bon épisode (probablement meilleur quand on a pas encore lu les suivants), sans temps mort se reposant sur une intrigue certes un peu rocambolesque, mais pas déplaisante.