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Des fois, quand je n’ai pas le temps de chercher ma prochaine lecture, je me penche sur le prochain San Antonio ou Nestor Burma de ma PAL (des valeurs sûres), d’autres fois, je pioche au hasard dans la pile des « Série Noire » des éditions Gallimard.

C’est cette dernière façon de faire qui me poussa à lire « Le pain des jules » un titre qui, sinon, ne m’aurait pas spécialement attiré, écrit par Ange Bastiani, un auteur que je ne connaissais jusqu’alors que de nom.

Ange Bastiani, de son vrai nom, Victor Marie Lepage (1918-1977) est un auteur que l’on peut rapprocher d’Albert Simonin à plus d’un titre.

Effectivement, outre un passé trouble durant la Seconde Guerre mondiale, suivi d’un emprisonnement à la libération, c’est avant tout par sa connaissance du milieu, qu’il retranscrit si bien dans ses romans, que le parallèle doit se faire.

Mais l’on pourrait également comparer l’auteur à José Giovanni, qui eut lui aussi un passé trouble (pas pour les mêmes raisons) et qui, comme Ange Bastiani, s’est mis à écrire en prison.

Malgré une bibliographie conséquente et, notamment, au sein de la collection Série Noire que j’affectionne tout particulièrement, je n’avais encore jamais fait la connaissance de la plume d’Ange.

C’est désormais chose faite avec « Le pain des jules » sorti en 1960 dans la fameuse collection.

Le pain des jules :

Toussaint Sinibaldi est un truand rangé qui s’est lancé en politique à Nice et auquel on prédit un bel avenir.

Seulement, Toussaint Sinibaldi s’est épris de Beau-Sourire, une fleur des macadams appartenant à l’Élégant.

Aussi, quand ce dernier propose à Toussaint, casseur de coffres réputé, de participer au cambriolage d’une villa huppée dans le coffre duquel se planque une fortune, Toussaint voit là une occasion de démontrer qu’à cinquante ans il n’est pas fini, mais aussi d’amasser rapidement un petit pactole pour fuir avec Beau-Sourire.

Mais le cambriolage ne se passe pas du tout comme prévu.

Toussaint, bien que reconverti dans la politique, demeure un homme respecté et craint dans le milieu niçois.

Marié depuis longtemps avec Assunta, la tête lui tourne pour une gamine qui fait le trottoir pour Pascal l’Élégant.

Il est prêt à tout, pour la belle Gina, même à reprendre les armes pour la couvrir d’oseille et accepter un cambriolage que lui propose l’Élégant dans la villa d’un riche Indien.

Mais la villa est très vite entourée par les roussins et l’Élégant a mit les voiles…

« Le pain des jules » est un court roman dans lequel l’intrigue, simple, n’est que prétexte à exposition du milieu, de ses codes, de son langage, de ses hommes et femmes.

Effectivement, le scénario tient sur la vengeance, multiple vengeance, même et l’histoire ne s’étale que sur quelques heures.

Après une première partie présentant Toussaint Sinibaldi, posant les bases de l’histoire, mais également de l’embrouille qui va tout faire basculer – une histoire de femmes – l’auteur se concentre alors sur cette vengeance dont je ne parlerais pas plus afin de ne pas trop en dévoiler.

Ange Bastiani expose alors le milieu, notamment Corse, mais pas que, à travers une galerie d’hommes et de femmes, de surnoms, un langage particulier et le code de l’honneur du milieu.

Si l’on sent le « vécu » de l’auteur, réel ou feint, le style, la plume, sont eux moins bruts de décoffrage que celui d’Albert Simonin, ce qui rend la lecture de ce roman plus fluide – aidé en cela par un format assez court.

On reprochera l’image de la femme de ce genre de romans toujours écrit par des hommes et l’on ne peut qu’être dubitatif dans ces portraits de femmes se prostituant avec fierté pour nourrir leur mac et prêtes à tout pour lui uniquement parce qu’il est séduisant. Cette vision typiquement masculine me chagrine et je regrette qu’il n’existe pas (du moins je n’en connais pas) de romans sur le milieu de l’époque écrit par une femme afin d’avoir un autre avis sur le sujet.

Ceci mis à part, et malgré l’intrigue simple, le roman se lit très agréablement grâce, notamment, à cette galerie de personnages qui ne se concentre pas que sur les mâles puisque trois femmes ont la part belle dans le roman : Assunta, l’épouse de Toussain, Gina, sa maîtresse et, surtout, Zoé, une grosse tenancière de bar qui est probablement le personnage féminin le plus intéressant moralement (car physiquement, elle est la plus défavorisée).

Heureusement, Ange Bastiani, malgré cette vision tronquée de la femme, ne relègue pas forcément celle-ci au rôle de potiche, et donne, parfois, notamment à la fin, une image forte de celle-ci alors que celle du mâle peut-être très écornée par le comportement de certains.

Au final, une excellente surprise que ce petit roman qui, avec un scénario basique, propose un récit très agréable à lire.