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« Terminus Iéna » est un roman de Jean Amila, alias Jean Meckert, paru en 1973 dans la collection « Série Noire » des éditions Gallimard.

« Terminus Iéna » met en scène pour la troisième et dernière fois l’inspecteur Édouard Magne, alias Doudou, alias Geronimo, un flic aux cheveux longs, mixe entre un hippie et un indien d’Amérique, d’où son surnom.

Jean Meckert (1910 - 1995) est un auteur principalement de romans policiers pour les éditions Gallimard, mais il œuvra aussi beaucoup dans la littérature populaire fasciculaire sous les pseudonymes de Mariodile, Marcel Pivert, Albert Duvivier, Édouard (ou Edmond, ou Guy) Duret.

Jean Meckert était un écrivain engagé et ses romans sont toujours l’occasion de dénoncer le monde qui l’entoure.

Terminus Iéna

Un cadavre est repêché au pont d’Austerlitz. La police pense avoir retrouvé le corps de Charles Evariste Stern, un acteur disparu depuis trois mois. Mais sa femme refuse de reconnaître le corps. Selon elle, son mari devrait être dans la plaine champenoise sur le tournage d’un film tiré du roman d’Honoré de Balzac, Une ténébreuse affaire.

L’inspecteur Édouard Magne, dit Geronimo, se rend sur le lieu du tournage et interroge Giberne, le réalisateur, et Keth, la régisseuse. Sur place, il s’aperçoit de la présence d’Allemands de RDA chargés officiellement de superviser le tournage du film.

D’après Keth, le Stern recherché ne serait pas Stern, mais un sosie…

 Un cadavre en piteux état est repêché. Comme la femme du vieux comédien Stern a signalé la disparition de ce dernier, la police lui demande d’identifier le corps, mais elle n’y arrive pas.

Peu après, un immeuble explose… immeuble dans lequel vivait Mme Stern, qui meurt dans l’explosion.

Édouard Magne, alias Geronimo, trouvant la coïncidence un peu étrange, décide de rechercher le mari qui doit être sur le lieu de tournage d’un film coproduit avec la RDA adaptant le roman « Une ténébreuse affaire » d’Honoré de Balzac revenant sur un complot royaliste avorté à l’époque de Napoléon Bonaparte dont la grande scène finale de la bataille de Iéna doit être tournée à Iéna même…

C’est peu dire que j’aime beaucoup les romans de Jean Meckert.

Parmi ceux-ci, j’ai adoré les deux premiers romans mettant en scène l’inspecteur Édouard Magne alias Geronimo, « La nef des dingues » et « Contest flic ».

Aussi, je comptais me régaler avec cette ultime enquête de Geronimo… autant l’avouer tout de suite, la réception est au terminus du roman.

Certes, Jean Meckert continue de jouer avec ses marottes et à s’en prendre, à travers l’inspecteur Geronimo, un flic anticonformiste, à l’institut de défense de l’état, en général et aux barbouzes en particulier.

Ainsi, tout comme dans les deux précédents romans, cet antimilitariste farouche d’Amila, oppose en grand méchant les services secrets.

Pour ce faire, l’auteur use d’un parallèle avec la « ténébreuse affaire » et son complot royal.

Mais à trop vouloir en faire, il s’embourbe (comme les soldats à Iéna) dans une double histoire un peu confuse.

Tout d’abord, le récit autour de Stern, un comédien vieillissant derrière lequel Géronimo soupçonne se cacher un ancien terroriste ayant appartenu à l’OSARN (Organisation Secrète d’Action Révolutionnaire Nationale, surnommée La Cagoule), une organisation d’extrême droite active dans les années 1930.

Ensuite, l’auteur s’intéresse aux actions de membres des services secrets français et allemands ayant infiltré les membres de production du film.

Enfin, Jean Amila conte en alternance la scène finale du film, celle du roman de Balzac, sans que l’on sache réellement s’il nous livre sa vision du tournage, du roman ou bien même de l’histoire originale.

À force de ne pas savoir trop à quoi s’en tenir, s’il est en 1806 ou en 1841 ou en 1973, le lecteur finit par s’embrouiller et se désintéresser quelque peu de l’ensemble.

D’autant qu’à trop vouloir faire des parallèles entre les époques, à trop jouer la carte des sosies (il y en a partout, de tout temps… et trop) il plonge le lecteur dans un état dubitatif.

Alors, on peut se dire que ce récit perd de sa force avec le temps, notamment à une époque où la séparation des deux Allemagnes est un lointain souvenir, mais tout de même.

Et Jean Amila semble ajouter de la confusion à la confusion en alternant les séquences entre la scène finale du film (déjà parasitée par cette impression de ne jamais savoir si on est dans le film, le roman de 1841 ou la réalité de 1806) et les interrogatoires chez le juge d’instruction par lesquelles l’auteur apporte les réponses aux intrigues.

Si on ajoute à cela que l’inspecteur Édouard Magne est largement sous-utilisé et qu’il ne sert, finalement, à pas grand-chose et si, par dessus tout cela, on s’attarde sur l’épilogue qui nous livre la vision du terroriste et, par cet intermédiaire, une énorme coïncidence sur laquelle l’intrigue démarre, voilà qui fait un peu trop de défauts pour un roman, surtout un roman de Jean Amila.

Au final, une grosse déception que ce roman un peu embrouillé dans lequel les choix de l’auteur ne sont jamais judicieux en matière d’intrigue et de narration.