51AZfOGclAL

Il est parfois des livres qui vous tombent des mains à force de ne pas vous passionner et il est plus rarement d’autres qui vous sautent littéralement dans les mains sans que vous ne leur ayez rien demandé.

C’est un peu ce qui m’est arrivé avec « Le crime était signé » de Lionel Olivier, Prix du Quai des Orfèvres 2016.

J’ai toujours une certaine réticence avec les romans qui reçoivent ce prix, car j’ai rarement été convaincu par les lauréats.

Pour autant, j’apprécie souvent de retrouver une ambiance plus « réelle » de la profession du policier dans les romans écrits par d’ anciens policiers. Ils savent souvent de quoi ils parlent et, quand ceux-ci ont la chance d’avoir une certaine plume, le rendu est souvent intéressant.

Aussi, quand je tombe à bon prix sur l’un de ces romans, je n’hésite pas à l’ajouter à ma PAL au risque qu’il y reste très longtemps sans que je l’en sorte.

Ayant terminé ma lecture, n’ayant pas pris le temps de chercher quelle serait ma suivante, c’est en fouillant ma PAL que « Le crime était signé », m'est tombé, par maladresse, dans les mains. Le bandeau annonçant le prix, le titre, surtout (j’adore ces titres qui fleurent bon la littérature populaire) a retenu mon attention.

Du coup, je me suis dit que peut-être le hasard ferait bien les choses et j’ai décidé de plonger dans ce roman policier.

Le crime était signé

À peine seize ans, cette gamine retrouvée nue, étranglée près du cimetière… Et ces pervers qui s’exhibent entre les tombes… Et ce fumier qui croit séquestrer l’innocence qu’il a perdue…
Morte d’avoir trop ou mal aimé ?
Des halls de banlieue, zones de non-droit, à la propriété somptueuse d’aristocrates au-dessus des lois, la Crim ' est malmenée, impuissante à répondre au drame des parents ! Alors que l’ADN reste muet, un témoin « signe » une vérité singulièrement humaine…

Auteur de plusieurs romans policiers, Lionel Olivier excelle à révéler les coulisses d’une enquête, à mettre en scène avec émotion les doutes des policiers comme l’énergie recouvrée du « 36".

Une jeune adolescente d’origine turque est retrouvée dans le coffre d’une voiture en stationnement, l’odeur pestilentielle ayant attiré l’attention.

Quentin Fergeac, commandant de Police de Brigade Criminelle est chargé de l’enquête, il va mettre toute son équipe sur les différentes pistes…

Il y a plusieurs choses qui frappent dès le début de « Le crime était signé ».

L’une des premières est que l’on sent l’ambiance et le style d’un ancien policier. Le début d’enquête et les procédures déployées sonnent justes, ce qui est un véritable atout.

Malheureusement, immédiatement le lecteur est confronté à beaucoup de personnages, sans vraiment avoir le temps de faire leurs connaissances.

Ainsi, l’auteur nous pousse dans les pattes le capitaine de police Fournier, le procédurier attitré Clément Rieulay, Émilier Fertain, Michel Solau, Pompon, Paluches, Lennon, (son chef et les membres de son équipe, dont certains sont les surnoms des autres), Buteaux, Fontaine, Maligny (de l’I. J.)…

Cela fait beaucoup… trop si on ne prend pas le temps de les introduire séparément, pour que le lecteur lambda parvienne à s’en souvenir et à les différencier.

Et c’est d’autant plus dommage que chacun a sa propre fonction lors de l’enquête et, qu’en cela, le début du roman sonne vrai.

Une autre chose me dérange (mais ce n’est que moi) c’est cette habitude que les auteurs de romans policiers actuels ont de faire de leur personnage principal un être fracassé, détruit par la vie. Heureusement, ici, le drame ne plonge par le personnage dans une dépression insupportable ni dans la violence ou dans l’alcoolisme, mais tout de même… ils ont assez de choses à supporter au quotidien, les policiers, sans les affubler de drames familiaux en plus.

Mis à part cela, la première partie du roman est plutôt agréable à suivre. L’auteur a de la plume, maîtrise sa narration, ses personnages et le début de l’intrigue est intéressant.

Malheureusement le roman est plombé, par la suite, à cause d’une volonté de faire passer un message sur le métier de policier. Notamment une scène de dîner au restaurant qui résonne un peu comme le final d’un film d’action hollywoodien sous fond de bannière étoilée, exhortant au patriotisme, etc. Si j’ai bien compris la volonté de l’auteur, celle de mettre en avant des hommes et des femmes dont le quotidien n’est pas facile à vivre, et celle, peut-être de vouloir enfin se décharger du poids du 36 Quai des Orfèvres qui était en passe d’être fermé, le rendu n’est probablement pas celui qu’il désirait.

Vient enfin la part la plus dramatique du roman : l’intrigue et, surtout, sa résolution.

Si l’intrigue, pendant la première moitié, est suffisante pour maintenir l’intérêt du lecteur et même à lui promettre des rebondissements haletants, Lionel Olivier sombre d’un coup en usant de grosses ficelles que l’on croyait à jamais abandonnées (jusqu’à ce qu’un nouvel auteur n’hésite pas à la réutiliser). Certes, là aussi, l’auteur pense jouer avec cette ficelle alors que c’est elle qui se joue de lui.

Encore eut-il pu s’en sortir si, malgré cette facilité, il s’était attelé à rendre l’épilogue très attrayant, mais non, celui-ci tombe d’un coup, sans jamais s’attarder sur les motivations du coupable qui ne sont avancées qu’en quelques mots et, encore, uniquement d’une façon hypothétique.

On pardonnera également difficilement que ce rebondissement, censé rendre l’enquête caduque, semble pourtant ne pas changer grand-chose à l’affaire pour le lecteur. Peut-être l’auteur a-t-il omis d’apporter les éléments nécessaires à l’explication, peut-être ne s’en est-il pas trop soucié.

Est-ce une raison de taille ? Les romans proposés à ce prix ne doivent-ils pas dépasser une certaine taille ? Ou bien l’auteur n’a-t-il pas eu le temps de réellement travailler sa fin avant la date de clôture du dépôt des dossiers ? Je ne saurais dire, toujours est-il que ce final est à la fois branlant, mal travaillé et trop rapidement achevé.

Au final, un roman débutant bien malgré des personnages mal introduits qui se poursuit d’une façon prometteuse pour s’écraser d’un coup dans la médiocrité à cause d’un rebondissement éhonté et d’un final abrupt, dommage.