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Je me suis fait une raison, je ne découvrirais jamais tous les auteurs de polars de langue française.

Mais cette certitude ne m’empêche pas de continuer à faire connaissance avec de nouveaux écrivains (nouveau, pour moi, car ils ne le sont plus depuis longtemps la plupart du temps. Et, même, bien souvent, ils ne sont plus, tout simplement.)

C’est aujourd’hui au tour de l’auteur Adam Saint-Moore de croiser ma route (ou, plutôt, à moi de croiser la sienne).

Adam Saint-Moore est loin d’être un nouvel écrivain. Né en 1926, il est mort en 2016 à l’âge vénérable de 89 ans.

Il est publié dès la fin des années 1950 et fut l’un des piliers des éditions Fleuve Noir, tant pour la collection « Spéciale Police » que pour celle « Espionnage » pour lesquelles il livra presque 160 romans.

C’est pour la seconde qu’il crée l’espion Gunther, surnommé « Face d’Ange » qui vivra presque 80 aventures.

Mais pour l’heure, j’ai décidé de découvrir l’auteur et sa plume via un personnage non récurrent, dans le genre policier, avec « Ça se mange froid ».

Ça se mange froid

Question : pourquoi un O.P. modèle, un vieux flic exemplaire à quelques mois de la retraite, décide-t-il, soudain, de monter le « casse » du siècle ? C’est-à-dire de voler, dans son sous-sol, blindé et défendu par le Système de Protection le plus sophistiqué du monde, « L’Homme au Casque d’Or » de Rembrandt, la perle de la Collection Guggenheim ?
Réponse : parce que, avec l’amour, la haine est la force qui mène le monde…

L’O.P. Paumard est un vieux de la vieille qui, à 52 balais et après 26 ans de bons et loyaux services, est quelque peu méprisé par la nouvelle génération des forts en thème, les bardés de diplômes qui ne jurent que par une informatisation encore balbutiante plutôt que par le travail de terrain.

Un soir Paumard est appelé par un commissaire de quartier de ses amis sur une scène de crime, une jeune femme a été retrouvée morte dans un appartement du XVIe.

Effectivement, Paumard et son équipier Monier, un géant à face de Huns, découvrent un corps tuméfié, tabassé avec force, fouetté à sang, mais la victime respire encore.

Dans un placard, ils découvrent un jeune drogué, le corps moitié nu constellé de sang, qui leur saute dessus et tente d’étrangler Monier.

Devant la détermination et la rage de l’inconnu, Paumard lui assène de violents coups de crosse sur le crâne et Monier le finit à coup de poing avant de lui passer les menottes.

Mais le suspect s’avère être le fils du gouverneur de la Banque de France dont la mère est apparentée au président du Sénat et au président de la République.

Devant la colère de ces Édiles, le jeune commissaire divisionnaire Lhomier, supérieur de Paumard et Monier, après avoir sermonné les deux hommes en leur faisant comprendre qu’ils n’ont plus rien à faire dans la police, qu’ils sont devenus archaïques, demande leurs démissions.

L’ancien O.P. Paumard, ne supportant pas de n’être pas soutenu par son supérieur et, pire, d’être humilié par lui, décide alors de changer de camp pour s’en foutre plein les fouilles tout en ridiculisant, à son tour, le commissaire divisionnaire Lhomier.

Il va alors mettre au point le casse le plus prestigieux de ces dernières années pour ce faire…

Adam de Saint-Moore nous invite donc à une vengeance indiquée par le titre et la 4e de couverture.

À travers une narration à la première personne via son personnage de Paumard, il invite le lecteur à suivre l’élaboration et l’exécution d’un casse que l’on croyait impossible.

Petit roman policier, « Ça se mange froid » s’avère être un récit qui aurait pu être ambitieux et proposer un « Ocean Eleven » avant l’heure ou, plutôt, un « Ocean Five ».

Malheureusement, le casse n’est que prétexte à la vengeance et l’auteur s’appesantit trop peu sur celui-ci, passant à côté d’une possible tension et exaltation du lecteur face à la mise en place du plan. D’ailleurs, le casse, lui, est également expédié pour laisser place plutôt aux états d’âme de l’O.P. Paumard et de son esprit vengeur.

De par la narration à la première personne, Adam Saint-Moore peine à installer un style accrocheur, même s’il n’est pas désagréable.

De plus, on pourra regretter la sous-utilisation du personnage de Monier, qui avait un potentiel qui n’est jamais exploité.

D’autres pistes, d’ailleurs, sont délaissées, comme les suites du passage à tabac du fils de bonne famille ou la vie de Monier après sa démission.

De la même manière, l’auteur passe très rapidement sur les résultats de la vengeance de Paumard, qui est pourtant le prétexte et le centre du roman.

Dommage, car, à travers toutes ses pistes, il y avait matière à fournir un roman bien plus dense, autrement plus ambitieux, mais qui, du coup, ne serait plus rentré dans le cadre des collections des éditions Fleuve Noir.

À défaut, Adam Saint-Moore livre un honnête petit roman policier qui se lit sans déplaisir, ce qui n’est déjà pas si mal. Mais difficile, à travers celui-ci, de se faire une idée arrêtée sur le talent de son auteur.

Au final, un roman policier qui remplit son office, mais qui manque d’ambitions alors que l’auteur avait mis en place tous les ingrédients pour délivrer un récit d’une autre ampleur.