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« Un monsieur de Vichy » est un roman de H. J. Magog paru en 1941 à la fois en feuilleton dans les journaux et en livre dans la collection « Sur la Piste » des éditions Baudinière.

H.J. Magog est un auteur majeur (mais par trop oublié) de la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle qui œuvra dans différents genres (fantastique, aventures, sentimental, policier) et dans différents formats allant du conte (notamment pour la chronique « Les mille et un matins » du journal Le Matin) au roman en passant par le traditionnel fascicule (32 ; 64 ; 96… pages).

Dans le genre qui m’intéresse, le genre policier, on notera que l’auteur a développé, entre autres, deux personnages récurrents : le détective américain Paddy Wellgone et l’inspecteur Sive.

Le premier personnage a vécu plusieurs aventures fasciculaires dans la veine un peu désuète de ce qui se faisait à l’époque, mais également un roman, « L’énigme de la malle rouge », publié en feuilleton dans les journaux en 1912 avant d’être réédité en 1932 sous le titre « Le cadavre du tunnel » aux éditions R. Simon, sous la signature de Paddy Wellgone.

« Un monsieur de Vichy » met en scène l’inspecteur Sive.

UN MONSIEUR DE VICHY

Juin 1940 !

Les troupes allemandes progressent en France, provoquant un exode de la population.

Une foule hétéroclite tente de quitter le pays par tous les moyens.

Gonza, Sud-Américain de naissance, récemment naturalisé français, cherche, comme les autres, à fuir l’avancée de l’armée ennemie, emportant avec lui sa fortune édifiée sans peine ni scrupules.

À Hendaye, face à la masse grouillante s’agglutinant à l’entrée du pont pour franchir la Bidassoa, Gonza se gare à l’écart afin de réfléchir.

Un homme l’aborde et lui propose de l’aider à traverser la frontière contre quelques billets.

Devant la mine patibulaire de l’individu et le fait qu’il semble bien renseigné sur ce qu’il transporte avec lui, Gonza refuse et se rend à Biarritz.

Il y croise à nouveau la même personne.

Apeuré, Gonza reprend la route pour Vichy, ville dans laquelle va siéger le tout nouveau gouvernement français.

Gonza, un Sud-Américain qui a fait fortune en France de manière pas très légale, cherche à fuir la France avec son magot en juin 1940, après que les troupes allemandes aient commencé à envahir le pays.

Préférant se rendre à Hendaye pour traverser le fleuve la Bidassoa et aller en Espagne, sachant que des visas y sont encore signés, Gonza se rend vite compte que le pont est pris d’assaut et que ses chances de passer sont nulles.

Il y est abordé par un triste sire qui lui propose en échange d’une forte somme de le faire passer en Espagne, lui et son or. Bien que Gonza réfute posséder de l’or, il sent que le bonhomme est bien trop renseigné sur son compte pour être honnête et fuit pour se rendre à Biarritz. Mais là, il ne tarde pas à recroiser le même individu.

Pris de panique, Gonza, au bout d’un moment, décide de se réfugier à Vichy où le nouveau gouvernement français siège, le temps de trouver une solution.

Après quelques jours, pensant avoir trouvé solution et moyen de quitter le pays, Gonza prend à nouveau la route, mais ne tarde pas à tomber une nouvelle fois sur l’étrange canaille…

Comme je le disais en préambule, H. J. Magog, quand il œuvrait pour les collections fasciculaires policières semblait avoir coutume de proposer des récits un peu dans l’air du temps, naïfs, désuets, datés, avec une intrigue souvent un peu grotesque et des grosses ficelles pour faire avancer son histoire.

Pourtant, à travers « L’énigme de la malle rouge » il avait démontré que sur un format plus long, il pouvait non seulement gommer tous ses défauts, mais, en plus, faire montre d’une véritable qualité d’écrivain, de romancier.

On constate (presque 30 ans après et avec un nouveau héros récurrent) que c’est une nouvelle fois le cas avec ce roman d’un peu plus de 40 000 mots.

Effectivement, il est surprenant de constater qu’avec le format, Magog change totalement de dimension. Peut-être avait-il besoin d’espace pour s’épanouir ou peut-être sa motivation à écrire n’était pas la même, allez savoir.

Toujours est-il que, tout comme le roman mettant en scène Paddy Wellgone, celui-ci fait preuve d’indéniables qualités tant dans le style, que dans l’intrigue, la narration, les personnages et même l’ambiance.

« Un monsieur de Vichy » pourrait se décomposer en trois parties.

La première, extrêmement intéressante et passionnante, retranscrivant l’ambiance de l’exode de juin 1940, la panique se saisissant de la population, la fuite, la peur…

La seconde, la moins intéressante pour ceux qui ne goûtent pas le genre sentimental (bien que cette partie soit absolument nécessaire à l’intrigue) dans laquelle on croise différents personnages dont un jeune homme amoureux d’une jeune divorcée, un séducteur invétéré, un étrange « monsieur de Vichy », une grosse dame, une vieille jeune fille, un curieux séducteur…

Puis vient la troisième partie, celle dans laquelle intervient tardivement l’inspecteur Sive et qui prend toute son ampleur, grâce à la partie précédente et éclaire totalement la première partie de l’histoire.

Ainsi conté, vous comprendrez aisément que, malgré ce que j’ai l’habitude de dire de la littérature populaire (notamment fasciculaire), que les narrations sont très souvent linéaires (et ce n’est pas forcément un défaut), ici, la narration est soignée aux petits oignons, l’intrigue mêlant plusieurs histoires pour finalement les relier toutes en un même point et ce de façon efficace et aucunement factice d’apparence.

Si, effectivement, l’inspecteur Sive est un personnage récurrent de H. J. Magog, il n’en est pas pour autant le personnage principal ni le personnage central de l’histoire. Comme je l’ai déjà dis, il intervient très tard, après plus de 60 % du texte et s’il est forcément celui qui arrêtera le méchant, il n’est pas forcément le héros du récit.

D’ailleurs, il n’y a pas forcément de héros dans cette histoire qui réside, finalement, plus sur l’intrigue que sur les personnages ce qui est plutôt surprenant pour qui ne connaîtrait H.J. Magog qu’à travers ses fascicules.

Au final, un excellent roman policier à l’intrigue bien ficelée à l’entrée en matière efficace et poignante.