Couv3

Henry Musnik, est-il besoin de le rappeler, fut l’un des principaux pourvoyeurs de la littérature populaire fasciculaire durant le second tiers du XXe siècle.

Né au Chili en 1895, Henry Musnik fut journaliste sportif en France et auteur d’un nombre incalculable de textes dans les genres aventures, science-fiction, mais, surtout, policier.

L’auteur signa son immense production de nombreux pseudonymes (Pierre Olasso, Claude Ascain, Pierre Dennys, Alain Martial, Gérard Dixe, Jean Daye, Florent Manuel…) et travailla pour plusieurs éditeurs de l’époque avec une prédilection pour les éditions Ferenczi.

Bien qu’il fût très productif, il accrut le nombre de textes en usant de subterfuges, comme, par exemple, de reprendre certains de ses récits en changeant les noms des protagonistes, en signant d’un autre pseudonyme et en le proposant à un autre éditeur.

Si on ajoute à cela les rééditions…

Henry Musnik a signé principalement des récits fasciculaires destinés à des collections de fascicules de 32 ou 64 pages. Dans ce domaine, sans jamais exceller, il démontra qu’il était plutôt un bon faiseur et qu’à défaut de génie, il maîtrisait suffisamment son art, faisait preuve de suffisamment de roublardise, pour produire des textes dont le seul but était d’occuper un petit moment de lecture.

Pourtant, il serait dommage de réduire Henry Musnik à cette seule tâche et à ne le prendre que pour, justement, un tâcheron, car certaines de ses œuvres démontrent qu’il avait plus de qualités et de talent que l’on ne pourrait croire.

La série « Mandragore » est une de ses œuvres qui permettent de voir l’auteur sous un nouvel angle.

Effectivement, on peut se rendre compte qu’avec plus de latitudes (chaque opus de cette série fait 80 000 mots au lieu des 10 000 ou 20 000 auxquels il nous avait habitués) et plus d’ambition, Henry Musnik était capable de livrer de vrais bons romans…

CINQ CENTS MILLIONS EN JEU

De retour d’Anvers pour « affaire », Gérard Nattier alias MANDRAGORE, est accueilli par son ami Joseph Bloque à l’aéroport du Bourget.

L’avion est arrivé avec du retard. Gérard Nattier offre à une passagère ayant raté son train de la raccompagner chez elle en voiture à Tournan.

Sur le trajet qui les ramène à Paris, ils sont témoins d’un étrange incident. Un homme s’enfuit d’une auto se trouvant sur une route secondaire et se précipite vers la leur. Un coup de feu claque, l’inconnu s’écroule, le véhicule, au loin, démarre sur les chapeaux de roues.

Gérard Nattier s’empresse de porter secours à la victime qu’il reconnaît pour l’avoir croisé quelques heures auparavant à Anvers…

Gérard revient d’Anvers où il a été vendre des diamants volés. Dans la ville, à la descente d’un bateau, il croise un étrange jeune homme qu’il va retrouver, quelques heures plus tard, sur la route le menant à Paris. L’inconnu s’est jeté sur la voiture de Gérard Nattier après s’être enfui d’un autre véhicule. On lui a tiré dessus. Heureusement, il n’est que légèrement blessé. Gérard Nattier le ramène chez lui pour le soigner et tenter d’apprendre pourquoi on a attenté à sa vie. Mais l’inconnu n’en sais rien, il arrive du Congo Belge où il a reçu une lettre d’une agence de renseignements, l’enjoignant de venir, au plus vite, en Europe avec de quoi prouver son identité.

Curieux, Gérard Nattier va tenter de comprendre de quoi il retourne.

On retrouve donc Gérard Nattier et Joseph Bloque dans une aventure à laquelle n’hésitera pas à participer l’inspecteur Octave Silot, toujours à la poursuite de Mandragore.

Mais cette fois, pas question d’un cambriolage, mais juste d’une enquête afin de savoir ce qui se trame derrière l’attentat commis contre un inconnu.

Henry Musnik étoffe son récit de nouveaux personnages amenés à être récurrents. Outre Gérard Nattier, Joseph Bloque et Octave Silot, que l’on a forcément déjà croisé, l’auteur convie à l’aventure Colette, la jeune bonne qui lui avait sauvé la mise dans l’épisode précédent alors que l’inspecteur Silot lui avait tendu une souricière et Albert Frintot, le fiancé de cette dernière, qui vient de sortir de prison.

Pour les récompenser, Gérard Nattier leur a acheté l’Acacia, une guinguette au bord de l’eau et proche de la villa qu’il habite.

Frintot devient vite un ami dévoué de Gérard et Joseph et n’hésitera pas à leur donner un coup de main si nécessaire.

Pour ce récit de 82 000 mots, l’auteur fait jouer le hasard pour entremêler plusieurs histoires.

Colette et Frintot à l’Acacia, ce jeune aventurier vivant au Congo Belge, la traque de Silot contre Mandragore, ce cadre qui s’endette auprès d’un usurier pour acheter des bijoux à une femme ambitieuse et vénale…

L’histoire tarde un peu à démarrer du fait que l’auteur pose les jalons à son intrigue. Mais une fois tout en place, plus de temps mort et les évènements s’enchaînent durant tout le récit avec une certaine maestria.

Si Joseph Bloque délaisse un peu ses mots croisés pour la pêche, ses expressions à la gomme demeurent et l’humour est toujours distillé tout au long de l’aventure.

Bien que l’histoire soit un peu trop rocambolesque et qu’elle s’appuie excessivement sur le hasard, elle n’en est pas moins plaisante à suivre et on ne s’ennuie pas un seul instant tout du long.

Certes, on sait à l’avance que Gérard Nattier va triompher, que les méchants vont perdre et que l’inspecteur Silot va se planter lamentablement, mais c’est le lot de toutes les séries du genre.

Au final, un deuxième épisode tout aussi plaisant à lire que le précédent et qui confirme que j’avais sous-estimé le talent d’Henry Musnik.