CouvLNTSEE

Certains auteurs sont marqués par une région, par un personnage, c'est le cas, par exemple, aujourd'hui, de l'écrivain Jean Failler et son personnage de l'inspectrice Mary Lester qui vécu plus de 50 aventures dans la région bretonne si chère à son créateur.

C'était le cas, hier (un hier bien lointain) de Jean Decoine, un Lillois plus connu sous le pseudonyme de Jean des Marchenelles qui, ormis ses comédies de théâtre, écrivit principalement pour faire vivre son personnage du détective Francis Bayard alias le « Sphinx ».

Sa région, il la défendit en tant qu'auteur et éditeur et à travers de nombreuses aventures de Francis Bayard.

Ces aventures débutèrent vers 1940 dans la collection « Police Privée » sous la forme de fascicules de 32 pages mais on trouve également quelques enquêtes du Sphinx dans d'autres collections comme la « Collection Rouge » des éditions Janicot et, également sous d'autres formes que des fascicules de 32 pages, sous celles de romans, par exemple ou, de fascicules de 48 pages comme c'est le cas avec l'aventure du jour.

LE N° 13 S’EST ÉCHAPPÉ

Même malade, le détective Francis BAYARD alias le « Sphinx » fait passer son métier avant tout.

Alors qu’il attend son ami, le docteur Saintonge, dans un café en buvant un grog, un attroupement se forme de l’autre côté de la rue, devant un asile psychiatrique.

Un dangereux paranoïaque s’est enfui !

Après une nuit pour se remettre sur pieds, Francis BAYARD va se lancer sur la piste de l’échappé du pavillon 13…

Francis Bayard est malade, il a la grippe. Il attend, dans un café, son ami le docteur Saintonge quand il aperçoit un atroupement en face, dans l'asile tenu par le Docteur Artus. Bien que malade, Francis Bayard est détective avant tout et il traverse la rue pour questionner des policiers qui lui apprennent qu'un fou s'est échappé, que celui-ci souffre de paranoïa aigue et qu'il peut se révèler dangereux.

Le lendemain, remis de sa crève, Bayard va se lancer sur la piste de l'échappé du pavillon 13...

Voilà une aventure qui se démarque un peu des précédentes autant dans le format (fascicule de 48 pages) que sur le style de l'auteur.

Effectivement, jusqu'à présent, le lecteur était peu habitué à lui voir utiliser, du moins dans les aventures du Sphinx, une narration au présent, le passé étant toujours requis.

Pourtant, là, Jean des Marchenelles choisi, par moment, d'user du présent dans certains passages, n'hésitant pas à alterner les temps de narrations.

Si le format de 48 pages laisse à supposer un récit augmenté de 50 % par rapport aux épisodes précédents, il n'en est rien, le texte passe de 8000 à 8 500 mots usuels à 9 800 mots... pas une révolution en soit.

On retrouve avec plaisir l'humour habituel de l'auteur notamment, avec l'ancien nom du café du départ qui se nommait « Ici, on est mieux qu'en face », une blague que je connaissais à travers un troquet installé en face d'un cimetière, mais qui marche également avec un asile.

Mais ce qui dénote le plus et me perturbe, c'est l'impression que Jean des Marchenelles s'appesantit volontairement sur un cas de psychiatrie.

Certes, rien d'étonnant en cela puisque l'enquête tourne autour d'un asile mais c'est avant tout par l'obsession de Francis Bayard dans la tête de qui des mots comme « maniaco-dépressif », « aboulique », « paranoïaque » tournent en boucle.

J'ai comme l'impression que, comme beaucoup d'auteurs, Jean des Marchenelles fait vivre à son personnage un peu de lui (c'est d'autant plus vrai qu'il se met parfois en scène comme un ami de Francis Bayard dans certaines aventures) et que ces mots sont insufflés par son subconscient ou même son conscient parce qu'ils résonnent, au moment de l'écriture, avec sa propre expérience.

Souffrait-il de ces mots ? Ou bien un proche en était-il atteint ? Difficile à dire car je ne sais pas grand chose sur l'auteur, mais c'est l'impression que cela me donne.

Mise à part cela, on retrouve une intrigue simple, pas très originale, mais développée avec maîtrise et un certain talent.

On ne retrouve pas forcément toutes les qualités des meilleurs épisodes de la série, mais, pour autant, la lecture se révèle très agréable.

Au final, Francis Bayard est malade, on lui pardonnera alors un certain coup de mou mais, il ne faillit pas dans sa tâche de divertir le lecteur pour autant..