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Après avoir découvert l’auteur Adam Saint-Moore à travers un petit roman policier publié chez Fleuve Noir, « Ça se mange froid », je décidais de retenter ma chance avec l’écrivain afin de me faire un avis plus précis sur sa plume.

Pour ce faire, mon choix s’est porté sur « La nuit du chat », publié en 1967 toujours chez Fleuve Noir.

Ai-je bien fait ?

Pour rappel, Adam Saint-Moore est un auteur né en 1926, mort en 2016 et qui fut un des piliers des éditions Fleuve Noir, notamment des collections « Spéciale Police » et « Espionnage » dans lesquels furent publiés plus de 160 de ses romans.

Pour la collection « Espionnage », Adam Saint-Moore crée le personnage de l’espion Gunther, alias « Face d’Ange » qui vivra près de 80 missions.

La nuit du chat :

La dague, enfoncée exactement entre les deux omoplates, à gauche des vertèbres, était bien la sienne. Elle avait été enfoncée de main de maître, juste au point anatomique utile pour que la pointe touche le cœur.

Autour, la maison silencieuse dormait. avec ses belles bibliothèques, ses pipes. la grande cheminée où les braises noircissaient et le chat, couché, immobile, qui le regardait de ses yeux d’or…

Pierre Beauchamp, 36 ans, est un ancien baroudeur ayant combattu les Allemands, fait l’Indochine, la guerre d’Algérie, et qui s’est rangé depuis quelques années.

Marié à la belle Florence, il mène une vie tranquille en tant qu’agent immobilier.

Un jour, se présente à l’agence un drôle de type qui lui met sous le nez des photos de sa femme dans une chambre sordide en train de se piquer à l’héroïne. Il se prétend envoyé par un client pour réclamer de l’argent en échange des photos et des négatifs.

Énervé, Pierre sort une dague de commando de son tiroir et en menace le type devant les autres employés de l’agence.

Malgré tout, Pierre accepte de payer, mais prend des précautions en suivant l’émissaire pour voir à qui il remet l’argent. Celui-ci le conduit dans une petite villa à l’écart, mais, une fois le type reparti, sans l’argent, Pierre, en pénétrant dans la demeure, ne trouve personne.

En fouillant, il découvre une collection de photos et de négatifs d’autres victimes de chantage qu’il jette dans la cheminée.

Le soir, Pierre reçoit un appel du maître chanteur, enragé, qui lui promet de tout faire pour le détruire lui et sa femme…

Adam Saint-Moore convie le lecteur à un petit chantage à la photo. Début classique d’une aventure dans laquelle tout un chacun se sentirait piégé et obligé de payer au risque d’avoir à payer encore et encore. Mais la victime, Pierre Beauchamp, n’est pas n’importe qui, c’est un ancien soldat, entraîné pour tuer, au sang-froid et à l’amour vif pour sa femme.

Le classicisme de l’histoire se mêle à celui du style de l’auteur.

Effectivement, rien de transcendant ni dans l’un ni dans l’autre et, d’ailleurs, on regrettera des erreurs dans les deux camps.

Question intrigue, des incohérences comme celle de Beauchamp, 36 ans en 1966, mais dont on vante son activité pendant la seconde guerre mondiale contre les Allemands. Le gars avait entre 10 et 15 ans à cette époque, pas impossible, donc, on connut des résistants de cet âge, mais les faits ne sont pas présentés pour ceux d’un gamin, mais ceux d’un soldat.

On doutera également des motivations du maître chanteur qui, pour en arriver à son but, use de moyens bien démesurés.

De même que l’on pourra s’étonner qu’un type qui aime sa femme au point d’être prêt à tuer s’éprenne aussi rapidement d’une gamine de 16 ans de moins que lui et, plus encore, de la réciprocité de ces sentiments.

Et comment ne pas être surpris, dans la scène finale, de l’attitude du héros qui, chargée de protéger sa belle durant la nuit (la journée, son collègue s’en chargeant), celui-ci préfère dormir plutôt que de monter la garde et sommeiller le jour venu. Drôle de façon de procéder pour un soldat.

Mais le héros n’est pas le seul touché par les attitudes incohérentes, celles du policier chargé de l’enquête, pourtant un personnage prometteur, mais très sous-employé sont également à noter ainsi que celles du maître chanteur se jetant dans un piège grossier que n’importe qui aurait vu venir de loin.

Question style, s’il n’y a pas grand-chose à en dire, ni en bien ni en mal, on regrettera pourtant de nombreuses répétitions pourtant faciles à supprimer avec une simple relecture.

Au final, une fois la sublime couverture de Michel Gourdon (pléonasme) passée, plus grand-chose d’intéressant à se mettre sous la dent. Pour autant, ce roman court se lit sans réellement lasser, mais sans passionner.