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Fan depuis ma plus tendre jeunesse des aventures de Sherlock Holmes (c’est la prose de Conan Doyle qui m’a donné le goût de la lecture que n’avait pu m’inculquer aucun auteur jusque-là), je m’étais, depuis quelques années, cantonné à découvrir les auteurs de récits policiers de langue française afin de ne point être confronté aux problèmes de traductions…

Mais il faut bien avouer que Sherlock Holmes m’a toujours manqué et, récemment, je décidais de me plonger dans un tout nouveau pastiche de Jean-Noël Delétang.

Quelle déception de constater qu’un auteur ne connaissant rien au Canon de Sherlock Holmes ni au style de Conan Doyle pouvait se croire apte à écrire un pastiche digne de ce nom.

Lorsque l’on tombe de cheval, il faut immédiatement remonter en selle. Je n’aime pas rester sur un échec aussi, décidais-je dans la foulée de me plonger dans un vrai pastiche, qui a fait ses preuves « La solution à 7 % » de Nicholas Meyer. Pour ce faire, je surmontais mon désir de ne lire que des récits de langue francophone.

La solution à 7 % :

Depuis son mariage avec Mary Morstan, le Dr Watson n’a guère l’occasion de voir très souvent son ami, Sherlock Holmes. Un soir, ce dernier s’invite dans son cabinet, et se dit poursuivi par son ennemi héréditaire, le professeur Moriarty. Mais l’agitation de Holmes, ses propos incohérents, font redouter le pire à Watson : le détective s’est drogué au-delà de toute mesure. Son addiction a atteint un stade irréversible, et désormais c’est sa vie qui semble en danger.
Avec le concours de Mycroft, Watson décide d’emmener son ami se faire soigner à Vienne, par un éminent spécialiste – et le seul à ce jour – du traitement de la toxicomanie, le Dr Sigmund Freud.

Dans un avant-propos, l’auteur nous confie être entré en possession d’un manuscrit inédit de John H. Watson découvert par son oncle dans le grenier d’une vieille maison qu’il venait d’acquérir.

Ce manuscrit s’ouvre sur les propos de Watson qui, le 24 septembre 1939 (même si la date n’est pas renseignée exactement, alors qu’il a 87 ans, très fatigué et bourré d’arthrite, au point de dicter son récit à une sténographe.

Avant de mourir, Watson veut revenir sur les deux seules histoires de Sherlock Holmes qu’il a inventées : « Le dernier problème » et « La maison vide ». Le premier étant l’affaire dans laquelle Sherlock Holmes périt dans les chutes de Reicheinbach en affrontant le Pr Moriarty, la seconde, celle dans laquelle il ressuscite.

Et Watson de vouloir expliquer la raison de ces mensonges et, surtout, de rétablir la vérité, maintenant que l’un des principaux protagonistes de l’histoire est décédé depuis moins de 24 heures : Sigmund Freud.

Car Sherlock Holmes a sombré dans la cocaïne, plus que de coutume, depuis le mariage de Watson, au point de voir des chimères et de considérer le Pr Moriarty comme le génie du mal, de le suivre, le persécuter…

Le Professeur Moriarty, ancien professeur de mathématiques de Sherlock et son frère Mycroft, vient s’en plaindre auprès de Watson et lui demander de faire quelque chose s’il ne veut pas que Moriarty porte plainte.

Alors, Watson, avec l’aide de Mycroft, va mettre au point un plan pour amener Sherlock Holmes jusqu’à Vienne afin de lui faire rencontrer Sigmund Freud, un médecin un peu particulier qui a réussi à guérir l’addiction à la cocaïne…

Pour ce faire, il convainc le Pr Moriarty de s’enfuir jusqu’à Vienne, persuadé que Sherlock Holmes, dans son délire, va le suivre jusque là-bas…

La principale différence entre mes deux dernières lectures réside dans le fait que l’un des deux auteurs ne connaît visiblement rien à Sherlock Holmes quand l’autre le maîtrise parfaitement le Canon.

Et cette connaissance se remarque immédiatement à la lecture et permet à tout fan de Sherlock Holmes de se plonger dans l’histoire et d’y croire.

Effectivement, Nicholas Meyer reprend tous les codes du Canon, et plusieurs éléments, afin de créer une nouvelle histoire.

Tout lecteur de Sherlock Holmes sait dans quelles conditions son héros trouva la mort en 1891 dans les chutes de Reicheinbach pour réapparaître en 1894 à l’occasion de l’affaire de « La maison vide ».

Et nul n’ignore la raison de cette mort et de cette résurrection, tant dans le Canon, que dans la vie de l’auteur Conan Doyle.

Mais Nicholas Meyer décide de livrer la véritable raison de cette absence : Sherlock Holmes souffrait de cocaïnomanie morbide et il lui fallut guérir et se reconstruire.

Pour guérir, il rencontra le docteur Sigmund Freud qui, via l’hypnose, le délivra de son addiction…

Au fur et à mesure de la lecture, je ne cessais de me dire que j’avais déjà goûté à ce récit, du moins, que j’en connaissais parfaitement l’histoire. Depuis, j’en trouvais la raison : j’avais vu le film « Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express », adaptation du roman de Nicholas Meyer qui en signa d’ailleurs le scénario.

Nicholas Meyer démontre donc qu’il maîtrise le Canon et parvient parfaitement à s’immiscer dedans pour insérer son histoire en plein Hiatus, cette période de l’absence de Sherlock Holmes.

Il en profite pour mixer l’art du détective à celui du psychiatre, mettant en place des parallèles entre les méthodes des deux hommes et à plonger tout ce beau monde dans une aventure ayant pour enjeu la future Première Guerre mondiale, rien que cela.

C’est d’ailleurs un peu le problème de ce roman, cette deuxième partie dans laquelle Sherlock Holmes enquête sur une jeune femme repêchée par la police alors qu’elle s’était jetée d’un pont pour mourir.

Car le plus intéressant du roman reste la première partie, celle où Sherlock Holmes est malade, et même la fin de cette première partie où Sigmund Freud tente de guérir le détective.

Cette confrontation entre deux méthodes, une policière, l’autre médicale, deux méthodes en apparence éloignées et pourtant assez proches, est vraiment le morceau le plus savoureux du récit, mais également et malheureusement le plus court.

Car cette guérison est bien trop rapide à mon goût et aurait mérité que l’auteur s’y attardât un peu plus.

Car la suite devient bien trop classique pour se prolonger dans un final qui tient plus du « Sherlock Holmes » de Guy Ritchie que de celui de Conan Doyle. Dommage.

D’autant plus dommage que l’auteur, s’appuyant sur le Canon, mais également sur des études et autres récits apocryphes autour de Sherlock Holmes, propose des hypothèses intéressantes quant à la psychologie d’Holmes : l’origine de sa misogynie, de sa cocaïnomanie, de son métier de détective, de sa relation étrange avec son frère Mycroft et… du Professeur Moriarty.

Au final, un honnête pastiche de Sherlock Holmes qui débute fort adroitement, délivre une première partie passionnante avant de sombrer dans un récit d’aventures avec, notamment, une scène finale loin des l’esprit Holmesien.