CouvTCALP

Chaque fois que j’écris une chronique sur un texte de cet auteur, je me demande s’il est encore besoin de le présenter au public d’aujourd’hui.

Certes, celui-ci conserve des fans dans le milieu des collectionneurs de fascicules de la première moitié du siècle dernier.

On peut également constater que, grâce aux récentes rééditions numériques de plusieurs de ses titres, il a gagné de nombreux lecteurs.

Pourtant, force est de constater que la majorité du public ignore encore qui est Marcel Priollet.

Marcel Priollet (1884 - 1960) fut l’un des principaux piliers (expression que j’utilise pour plusieurs auteurs de l’époque) de la littérature populaire fasciculaire entre 1910 et la fin des années 1950 grâce à son immense production et à la qualité de beaucoup de ses titres.

Si l’homme écrivit un peu dans tous les genres, c’est avant tout à travers le récit policier et le récit sentimentalo-dramatique qu’il s’est épanoui et qu’il a gonflé sa bibliographie.

Car, en matière de récits à l’eau de rose à faire pleurer la ménagère, il s’y connaissait, l’animal.

Mais c’est avant tout pour sa production policière que je l’apprécie.

Car, Marcel Priollet, sous ses nombreux pseudonymes (René Valbreuse, Marcelle-Renée Noll, R.M. de Nizerolles, Henry de Trémières…) a écrit énormément de récits policiers fasciculaires.

Dans le domaine, on notera deux séries avérées et de qualités : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » toutes deux parues au milieu des années 1940.

Mais ses séries non avérées (j’entends par là les personnages récurrents dont les aventures sont disséminées dans des collections plus généralistes, au milieu d’autres aventures nées d’autres plumes ou non et faisant vivre d’autres personnages et, parfois, chez d’autres éditeurs) sont plus nombreuses.

Effectivement, quand on dépiaute sa production on découvre différents héros comme « Claude Prince, le détective radiesthésiste », « Le détective Sébastien Renard », « L’inspecteur Pessart », « L’inspecteur Bob Rex de la Mondaine » et probablement d’autres.

Mais Marcel Priollet a également écrit énormément de récits policiers indépendants, notamment pour la culte collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi dans les années 1920 et bien bien d’autres encore.

« Trois coups à la porte » est issu de la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes, probablement éditée à partir de 1936 sous forme de fascicules de 32 pages contenant des textes de 8 à 10 000 mots.

Ce titre porte le numéro 14 de la collection et nous présente le personnage de l’inspecteur Guillaume Lambert, surnommé Fox par ses collègues pour son flair.

Est-il un personnage récurrent de l’auteur ? Il faudra éplucher la collection « Les Grands Détectives » pour le savoir, mais les fascicules la composant sont désormais très difficiles à trouver.

TROIS COUPS À LA PORTE

M. Dardenne, le sous-chef de la Sûreté, reçoit la visite du Général, Comte de Mailleray.

Celui-ci trouve que ces dernières années, les membres de sa famille demeurant dans son château ont une fâcheuse tendance à décéder un peu trop facilement de mort naturelle.

M. Dardenne décide d’envoyer, dans la funeste demeure, en infiltration, en tant que majordome, son meilleur homme, l’inspecteur Guillaume Lambert surnommé par ses collègues « Fox » en raison de son flair…

Le général, comte de Mailleray est à la retraite depuis quelques années. Il vit dans son château en compagnie de sa petite famille, ses enfants, ses petits-enfants et quelques domestiques vieillissants.

Il vient rendre visite au sous-chef de la Sûreté Dardenne, car, ces dernières années, plusieurs membres de sa famille sont morts de causes naturelles, aux dires des médecins, mais l’accumulation des décès fait qu’il commence à douer de l’aspect « naturel » de ces décès.

M. Dardenne décide alors d’envoyer l’inspecteur Guillaume Lambert, alias Fox, au château et de le faire passer pour un majordome embauché par le comte.

Fox, dont l’image est entachée par le fait qu’une voleuse-magouilleuse de haut vol lui a échappé à de multiples reprises, compte bien redorer son blason dans cette nouvelle affaire…

Petit récit policier de pas tout à fait 9 500 mots, « Trois coups à la porte » s’avère être plaisant à lire malgré quelques défauts, pour beaucoup, inhérents à la concision du format fasciculaire.

En moins de 10 000 mots, on sait que les auteurs ne peuvent proposer une intrigue digne de ce nom et que pour ne pas déborder, ils vont devoir user de certaines ficelles ou astuces que l’on retrouve dans ce genre d’ouvrage.

Pourtant, malgré le peu de place qu’il a pour lui, Marcel Priollet (à l’origine, sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll) choisit de s’étendre longuement sur la présentation de l’énigme par le Général. Cette exposition s’étale quasiment sur la moitié du récit ce qui va laisser peu de place à Fox pour enquêter et résoudre l’affaire.

C’est donc là que l’auteur va user des astuces habituelles pour rester dans les clous.

La première consiste à faire narrer l’avancée de l’enquête par quelqu’un. C’est une méthode souvent utilisée par les auteurs de fascicules policiers de l’époque. Cette narration se fait alors à l’oral, un protagoniste racontant le déroulement de l’enquête à un autre, ou bien de façon épistolaire, par une sorte de rapport (ou, dans certains cas, de confession).

Mais, l’exposition du mystère, plus le rapport de Lambert, voilà qui mange la majorité des pages à disposition de l’auteur. Ne reste alors que portion congrue pour la résolution du crime.

Que le lecteur ne panique pas, les écrivains de littérature fasciculaire ont tout prévu.

Dans ce cas, plusieurs solutions : l’aveu immédiat du coupable ou sa confession ; le hasard qui fait tomber l’enquêteur sur le criminel ; ou bien un peu des deux.

Ici, ce sera un peu des deux. Je vous laisse découvrir comment.

Cependant, le lecteur assidu et habitué du genre, devinera aisément au moins un des deux rebondissements.

On ne pourra tout de même pas reprocher ces facilités à l’auteur, facilités qui s’expliquent déjà par le format, mais aussi par le peu de temps qu’avaient les auteurs pour écrire ces récits. Bien souvent ceux-ci n’étaient pas relus (toujours ???) ni par l’auteur ni pas l’éditeur.

Par contre, on pourra blâmer Marcel Priollet de n’avoir pas permis à son personnage de justifier de son surnom. Car, effectivement, s’il est bien une chose que l’on peut reprocher à Guillaume Lambert, alias Fox, dans cette affaire, c’est de ne pas avoir justifié son surnom.

Au final, un récit plaisant à lire à défaut d’être captivant et/ou original.