71pvMn-JdiL

Il est assez rare que je m’attarde sur les romans autoédités. Non pas que je méprise ou dédaigne l’autoédition, mais juste parce que, ayant conscience que je n’aurais pas assez d’une seule vie pour découvrir tous les auteurs de langue française de récits policiers (la niche littéraire à laquelle j’ai décidé de me consacrer depuis quelques années), j’évite de trop m’éparpiller. Et comme il est déjà difficile de trouver des ouvrages de qualité quand ils sont passés par les mains d’éditeurs qui, a minima, participent à l’écrémage du tout venant littéraire et assurent (du moins le devraient-ils) une correction orthographique et stylistique des romans qu’ils publient… alors, quand ce minimum n’est pas assuré…

Car, le problème de l’autoédition c’est que l’on ne sait pas à l’avance à quoi l’on aura affaire (à part si on connaît déjà l’auteur).

Bref, tout cela pour dire que j’ai déjà lu de très bons romans autoédités, mais qu’il faut vraiment de bonnes raisons pour que je m’y intéresse.

Et la meilleure raison, en ce moment, où je me replonge dans des pastiches de Sherlock Holmes, c’est justement la découverte d’un, en fait trois, pastiches de Sherlock Holmes publiés en autoédition par Éric Larrey.

Éric Larrey est un passionné d’histoire et particulièrement du XIXe siècle. Il demeure à Lyon. Il est un lecteur assidu des aventures de Sherlock Holmes.

Écrire un pastiche de Sherlock Holmes permettait à l’auteur de réunir deux de ses passions : l’histoire de la fin du XIXe siècle et le détective anglais.

Mais Éric Larrey adore sa ville, aussi, probablement, voulait-il que son intrigue s’y déroule. Du coup lui fallait-il faire venir Sherlock Holmes à Lyon.

La période d’activité de Sherlock Holmes a bien été élaguée par le Canon de Conan Doyle. Nombre de pasticheurs se sont infiltrés dans les brèches ouvertes par l’auteur d’origine.

Pour innover tout en demeurant dans une potentielle cohérence, il est donc préférable de faire revivre Sherlock Holmes dans des périodes de sa vie méconnues. Du coup, soit faut-il s’intéresser à lui après sa retraite, ou alors, dans son adolescence.

La jeunesse de Sherlock Holmes a déjà été évoquée par d’autres auteurs (moins) et l’on se souvient probablement de « Le secret de la pyramide », de Alan Arnold qui fut adapté au cinéma par Barry Levinson en 1986. Le roman prend des libertés avec le Canon puisque l’auteur y fait se rencontrer Sherlock Holmes et le docteur Watson au collège.

Éric Larrey va s’intéresser à la même époque, 1870 et proposer sa vision de Sherlock Holmes au même âge, 18 ans.

Plus de collège anglais, mais un exil en France.

Pas de John Watson. À la place un autre collaborateur narrateur : Edmond Luciole.

L’affaire des colonels :

La vie d’Edmond Luciole, récemment installé à Lyon, ne sera plus tout à fait la même après avoir accepté la proposition d’un ami d’enfance. Il ne s’agissait au départ que d’héberger durant quelques semaines un jeune cousin britannique du nom de Sherlock Holmes. Mais en ce début d’année 1870, une série de meurtres alarme les autorités. Sous l’impulsion de Sherlock, Edmond accepte de mener l’enquête… 

Le moins que je puisse dire est que cet ouvrage possède de nombreuses qualités en tant que roman policier historique, mais que j’ai eu du mal à le considérer comme un réel pastiche de Sherlock Holmes tant je n’ai pas été vraiment imprégné par l’ambiance des aventures originales du personnage.

Pour les qualités, on notera une plume plutôt agréable malgré quelques fautes parsemant le texte et qui auraient pu être purgées par la relecture assidue d’une tierce personne (les auteurs, même les meilleurs en orthographe, sont toujours les moins bien placés pour s’autocorriger). Une intrigue qui tient la route et qui est suffisamment complexe pour maintenir un rythme et un suspens du début à la fin. Une connaissance évidente de l’époque et du vieux Lyon. Une bonne idée d’ancrer la petite histoire dans la grande. Le clin d’œil sur l’extrapolation du possible nom de grand méchant insaisissable…

Pour les défauts, un style qui colle mal à l’époque. Un style très éloigné de celui des aventures du Canon (mais qui, à la rigueur, s’explique par le fait que ce n’est pas le Docteur Watson qui raconte, mais Edmond Luciole). Le jeune Sherlock Holmes présenté par l’auteur est assez loin de celui qu’il deviendra dans la Canon. Certes, il en possède les qualités, mais semble dénué de la plupart de ses défauts. Difficile de penser qu’un haut gradé de l’armée et un autre de la police puissent accorder autant de crédit à un adolescent de 16 ans.

Listés ainsi, les qualités et les défauts du livre semblent s’équilibrer et déboucher sur un livre moyen.

Si je considérais ce roman uniquement sous le prisme du pastiche, mon avis serait réellement mitigé du fait du style et du personnage de Sherlock Holmes.

Mais en faisant un peu abstraction de la promesse initiale (un pastiche), force est de reconnaître que ce roman est plutôt bon. L’intrigue tient suffisamment la route, les références historiques et géographiques sont nombreuses, le personnage d’Edmond Luciole est intéressant (plus que celui de Sherlock Holmes, du coup), on sent que l’auteur aime sa ville et cherche à la faire découvrir aux lecteurs (peut-être un peu trop à travers des annotations sur les changements de noms des lieux ou leur disparition), c’est correctement écrit (bien que le roman aurait gagné en ambiance et en crédibilité avec un style un peu plus ampoulé) et l’ensemble est bien rythmé.

Lirais-je les autres épisodes ? Pas dans l’immédiat, du fait que je suis déçu par le côté pastiche, mais probablement plus tard, ne serait-ce que pour assister à l’évolution des personnages.

Au final un roman qui possède de nombreuses qualités et qui a pour principal défaut de se présenter comme un pastiche de Sherlock Holmes qu’il a du mal à être.