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Georges Grison (1841 - 1928) est un journaliste, romancier et auteur de documentaires et de pièces de théâtre qui œuvra à la fin du XIXe siècle et au début.

Si l’auteur s’adonna beaucoup aux récits sentimentaux, il s’attaqua également au récit policier notamment pour la collection fasciculaire culte « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, dans les années 1920, récits qui furent tous réédités après sa mort dans la collection « Police et Mystère », du même éditeur, au milieu des années 1930.

Les titres de la première collection étant difficiles à trouver désormais, c’est bien souvent via les rééditions dans la seconde collection que je découvre les textes de Georges Grison.

« Le pouce fendu » fut publié, à l’origine, en 1920, mais cette chronique est faite à partir de la réédition de 1932 sous la forme d’un fascicule de 64 pages contenant un récit d’un peu plus de 15 000 mots.

LE POUCE FENDU

Robert, un jeune homme fortuné vivant chez son oncle le juge Milton depuis qu’il est orphelin, est amoureux de la belle Alice.

Cependant, Alice n’est pas du même monde et son père, surnommé « Martin la Chicane », est un alcoolique invétéré un peu trop prompt à jouer des poings…

Aussi Alice repousse-t-elle sans cesse les avances de Robert.

Mais la situation se complique quand « Martin la Chicane » est arrêté par le juge Milton pour l’agression d’un riche paysan venant de toucher une forte somme.

Celui-ci nie formellement l’attaque et avoue uniquement avoir trouvé quelques billets par terre en allant à la pêche.

Robert doit alors se faire une raison : dans de telles conditions, le mariage qu’il espérait ne pourra se concrétiser. Son oncle refusera cette union, car la honte et le déshonneur planant sur le paternel de sa promise rejailliraient sur lui…

À moins… à moins qu’il innocente son futur beau-père en identifiant le véritable criminel…

Robert est amoureux d’Alice, mais Alice ne donne pas suite à ses demandes, estimant qu’elle est d’un monde inférieur et que l’oncle de Robert, le juge Milton, ne verra pas d’un bon œil que son riche neveu épouse la fille de Martin la Chicane, un ébéniste émérite qui dépense tout ce qu’il gagne dans les bars où il finit toujours par se quereller, d’où son surnom.

Robert aimerait convaincre Alice, mais, celle-ci a bientôt d’autres chats à fouetter, son père est accusé d’avoir assommé un riche paysan pour lui voler l’argent qu’il venait de toucher à la banque pour acheter un bien. Tout accuse d’ailleurs Martin, sa réputation, mais aussi le fait que, depuis le vol, il dépense sans compter.

Mais Alice est persuadée de l’innocence de son père et Robert, toujours décidé à en faire sa femme, va devoir laver son honneur en innocentant le père de celle-ci. Pour cela, il va se lancer à la recherche du coupable…

Georges Grison nous livre un petit récit, dans la veine des autres parus dans la même collection et qui est dans l’air du temps… de l’époque.

Une romance, de l’eau de rose, un méfait, un brin d’enquête, beaucoup de chance et une fin heureuse… le lecteur sait de toute façon à quoi s’attendre en lisant ce genre d’ouvrage.

Rien de bien original, donc, puisque l’intrigue se concentre sur un suspect que tout accuse, mais pourtant innocent et d’un coupable que personne n’aurait suspecté.

Les sentiments prennent une place importante dans l’histoire puisqu’ils sont le moteur de la détermination de Robert à enquêter.

Le jeune homme le fait d’ailleurs d’une manière un peu naïve et il faut, bien sûr, la chance pour le mettre sur la bonne piste.

L’amour, dans ce genre de récit, gagne toujours à la fin, donc le lecteur n’est pas très surpris.

Pourtant, il faut reconnaître à l’auteur le fait que, comme dans ses autres fascicules du genre, il s’est évertué à glisser quelques indices au cours de l’histoire pour indiquer le coupable même s’ils ne sont pas suffisants au moment de la lecture pour permettre de l’identifier.

Au final, un récit policier teinté de romance ou une romance teintée de récit policier mené d’une main habile et d’une plume un peu désuète de nos jours, mais pas désagréable.