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Je ne devrais pas avoir à présenter Marcel Priollet. Encore moins après plus d’une cinquantaine de chroniques sur autant de ses récits. Pourtant, je soupçonne encore certains d’entre vous de ne pas connaître cet auteur de littérature populaire.

Aussi vais-je faire court.

Marcel Priollet (1884 - 1960) fut un pilier de la littérature populaire et plus particulièrement de la littérature fasciculaire. Dès 1910, il ne cessa de l’abreuver par un nombre incalculable de textes dans les genres aussi variés que l’anticipation, le drame, la romance, l’aventure et le policier.

Si sa production dramatico-sentimentale est conséquente, celle policière ne l’est pas moins.

Sous son nom ou divers pseudonymes (René Valbreuse, Henri de Trémières, Marcelle Renée Noll, R.M. de Nizerolles…) il alimenta de nombreuses collections chez plusieurs éditeurs.

Si la plupart de ses récits policiers semblent indépendants (j’y reviendrais) on peut lui accorder deux séries au milieu des années 1940 chez l’éditeur Tallandier : « Old Jeep & Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Mais, en s’intéressant de plus près à sa production, on constate qu’il a fait vivre d’autres personnages récurrents notamment et surtout dans la collection « Les Grands Détectives » des éditions Modernes, vers la fin des années 30.

Cette collection de fascicules de 32 pages contenant des récits entre 8 000 et 10 000 mots et maintenue à bout de bras par l’auteur qui signe, sous le pseudonyme de Marcelle Renée Noll, la grande majorité des presque 100 titres qu’elle contient.

Parmi ces textes on remarque alors que plusieurs héros reviennent régulièrement : le détective Sébastien Renard, l’inspecteur Pessart, l’inspecteur de la Mondaine Bob Rex et… Claude Prince, détective radiesthésiste.

« Le crime du Rapide » est une aventure mettant en scène Claude Prince.

LE CRIME DU RAPIDE PARIS-BRUXELLES

La jeune Micheline de Ruyter est bien décidée à changer de vie.

C’est dans ce but qu’elle monte à bord du Rapide Paris-Bruxelles afin de se rendre à une audience de conciliation, formalité nécessaire dans le cadre de la procédure de divorce qu’elle a engagée.

Après, il en sera fini de son mari, joueur invétéré et violent. Elle pourra profiter de sa nouvelle existence dans les bras d’un autre homme…

Au terminus, Micheline ne descend pas du train… elle est retrouvée morte étranglée dans un compartiment.

La police suspecte Horace de Ruyter, l’époux, mais celui-ci possédant un alibi indiscutable, elle se trouve dans une impasse.

Bientôt, les proches de la défunte n’ont qu’un seul espoir de connaître la vérité : Claude PRINCE, le détective radiesthésiste…

La jeune Micheline est bien déterminée à divorcer d’avec son époux, un militaire joueur invétéré et violent. D’ailleurs, cela fait plusieurs mois qu’elle est retournée vivre chez ses parents et c’est en trouvant l’amour auprès d’un jeune avocat qu’elle a trouvé la force d’engager la procédure. Mais pour cela, elle doit se rendre à une audience de conciliation à Bruxelles (son mari est belge) avant de poursuivre la procédure.

Elle monte donc dans le rapide Paris-Bruxelles qui voyage de nuit et s’endort tranquillement dans son compartiment. Mais elle est retrouvée morte étranglée, au Terminus.

La police soupçonne le mari, mais celui-ci est issu d’une famille en vue et, en plus, possède un alibi indiscutable.

Aussi, l’amoureux de Micheline, l’avocat, va demander de l’aide au détective radiesthésiste Claude Prince.

Marcel Priollet nous sort donc une nouvelle fois de son chapeau son détective Claude Prince. Il faut dire que ce personnage de radiesthésiste est un candidat idéal pour une enquête de moins de 10 000 mots (ici, 8300), car, d’un coup de pendule, il peut résoudre une affaire en quelques lignes.

C’est d’ailleurs ce qu’il fait souvent et cela permet à l’auteur de s’appesantir sur autre chose avant de faire appel à lui. Aussi n’est-il pas rare que Claude Prince apparaisse tardivement.

C’est une nouvelle fois le cas puisque Claude Prince pointe son nez au deux tiers du récit pour résoudre l’enquête sur un déplacement à la gare de Bruxelles et un coup de pendule.

Ceci dit, le lecteur habitué aux romans policiers, lui, aura résolu l’enquête bien avant le détective tant l’identité du coupable, pourtant censée être surprenante, semble être une évidence pour qui a déjà lu Edgar Poe.

Car il faut bien avouer que la ficelle du précurseur du roman policier a depuis été utilisée par quelques auteurs, particulièrement dans la littérature populaire fasciculaire. Effectivement, on la retrouve dans un récit de H.R. Woestyn, un autre de Jean Petithuguenin et d’autres encore dont j’ai oublié les noms (sans compter les nombreux dérivés).

Il n’est d’ailleurs pas rare que ce stratagème, tout comme chez Poe, soit utilisé lors d’un crime en chambre close.

On ne lira donc pas ce récit pour la qualité de son intrigue (de toute façon, on ne se dirige pas vers des textes aussi courts lorsque l’on veut être tenu en haleine par une histoire).

Reste la plume de Priollet qui, il faut bien l’avouer, s’est rarement épanouie dans cette collection, et le savoir-faire de l’auteur pour distraire le lecteur l’espace d’une petite heure.

Au final, pas de la grande littérature, pas du récit policier exaltant, juste un petit moment de détente qui se lit vite et sans déplaisir et c’est déjà pas mal.