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Marcel Priollet est un auteur de littérature populaire fasciculaire qui fut en activité depuis la fin de la première décennie du XXe siècle jusqu’au milieu des années 1950.

S’il œuvra dans différents genres, c’est avant tout dans les récits dramatico-sentimentaux et ceux, policier, qu’il s’affaira tout particulièrement.

Sa production fut immense et s’il existe un grand nombre de séries sentimentales signées de sa plume sous divers pseudonymes (René Valbreuse, Henri de Trémières, R.M. de Nizerolles, Marcelle Renée Noll…), celles, policières, sont assez restreintes en apparence puisque l’on n’en compte que deux : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs », toutes deux publiées au milieu des années 1940 aux éditions Tallandier.

Mais si on épluche sa bibliographie, on peut constater que l’auteur fit vivre plusieurs autres enquêtes récurrentes, dont les aventures étaient disséminées au sein de collections plus généralistes.

C’est principalement pour la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes, à partir du milieu des années 1930 que Marcel Priollet, sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll, créa ses différents personnages (l’inspecteur Pessart, Claude Prince, détective radiesthésiste, l’inspecteur de la Mondaine Bob Rex et le détective Sébastien Renard) dont il écrivit la grande majeure partie des plus de 95 titres.

« Cinq hommes tatoués », 9e fascicule de 32 pages de la collection est l’occasion de découvrir le détective Sébastien Renard pour la première fois, alors qu’il n’était pas encore enquêteur privé…

CINQ HOMMES TATOUÉS

Sébastien RENARD est dans la dèche.

Depuis qu’il a perdu son poste de voyageur de commerce à la suite de la faillite de l’entreprise qui l’employait, il est au chômage.

Voyant là l’opportunité de changer de métier et de vie, il décide de proposer ses services à Stary Hamilton, un célèbre détective qui est à la tête de sa propre agence.

Stary Hamilton lui aurait volontiers ri au nez, mais il a accepté une grosse somme pour protéger un riche Anglais lors de son périple sur la Côte d’Azur et aucun de ses hommes n’est disponible.

C’est ainsi que Sébastien RENARD débute dans la profession de policier privé, pour son plus grand plaisir et, peut-être, pour son malheur…

Après la faillite de la société qui l’embauchait comme voyageur de commerce, un jeune homme décide de changer de métier et de devenir détective, pensant avoir des aptitudes pour de job. Pour ce faire, il se rend chez un détective célèbre pour lui proposer ses services. Ce dernier, comptant sur un de ses hommes pour une filature pour le compte d’un riche client, mais ne voyant pas son subordonné arriver, décide d’embaucher l’inconnu pour débuter la filoche… C’est ainsi que Sébastien Renard devint détective…

« Cinq hommes tatoués » est un récit notable pour plusieurs raisons.

Déjà, parce qu’il est rare, dans une série qui ne l’est pas à l’origine, c’est-à-dire, quand un auteur, par facilité, afin de répondre aux exigences de concision et de rapidité d’écriture de la littérature fasciculaire, utilise un même personnage dans plusieurs titres, que le lecteur puisse assister à la naissance de la carrière d’enquêteur de son héros (ce n’est déjà pas toujours le cas dans des récits plus long ou dans des séries avérées).

Effectivement, par souci de gain de temps et d’espace, la plupart du temps, le héros, dès sa première apparition, est déjà un professionnel reconnu et célèbre. L’auteur ne se soucie alors pas de spécifier la manière dont son personnage est arrivé à ce statut.

Ici, pourtant, le lecteur peut assister à la toute première enquête de Sébastien Renard et, mieux, découvrir de quelle manière il est devenu détective.

Le récit est notable également parce que l’auteur semble s’inspirer de diverses histoires de la littérature populaire dont, probablement, de « Le resquilleur sentimental » de René Pujol, un roman sorti quelques années auparavant et dans lequel un vendeur un peu naïf et roublard, se retrouvant sans emploi, va proposer se services à une agence de détectives. Mais c’est sûrement un autre texte que j’ai lu, mais dont je n’arrive pas à trouver la trace, qui est la réelle inspiration de Marcel Priollet dans ce cas.

Ensuite, parce qu’il est assez rare également, dans une telle concision, à peine plus de 7 700 mots, qu’un auteur parvienne à livrer un texte à ce point plaisant à lire, suffisamment structuré et qui, malgré une résolution trop rapide, mais forcée par le format court, parvient à demeurer agréable du début jusqu’à la fin. Cette difficulté, même le grand Marcel Priollet eut du mal à la surmonter dans la collection « Les Grands Détectives ».

D’ailleurs, il est également intéressant de constater que l’éditeur semble s’être mis au diapason de son auteur en effectuant, si ce n’est un travail meilleur qu’à l’accoutumée (la plupart des titres de cette collection sont truffés de fautes, de coquilles et de bouts de phrases déplacées ou manquantes), moins pire que d’ordinaire.

Au final, un petit récit très agréable à lire et qui permet de faire connaissance avec le détective Sébastien Renard que l’auteur fera vivre plusieurs fois par la suite…