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Marcel Priollet est un auteur majeur de la littérature populaire fasciculaire.

Entre 1909 et le milieu des années 1950, l’auteur abreuva de nombreuses collections sentimentales, aventures, anticipation et policières grâce à son immense production signée de son nom et divers pseudonymes (René Valbreuse, Henri de Trémières, R. M. de Nizerolles, Marcel-Renée Noll…).

Dans le genre policier, Marcel Priollet développa deux séries pour les éditions Tallandier dans le milieu des années 40 (« Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs »), mais il avait déjà écrit un bon nombre de récits indépendants, dont certains, pour la mythique collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi au début des années 1920.

Cependant, si on épluche un peu ses textes on se rend compte que, notamment dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes vers 1936, il avait fait vivre plusieurs enquêteurs récurrents.

Effectivement, pour écrire la majeure partie des plus de 95 titres de cette collection, qu’il signa Marcelle Renée Noll, il réutilisa plusieurs fois des personnages tels que Claude Prince, le détective radiesthésiste, l’inspecteur principal François Pessart, l’inspecteur de la Mondaine Bob Rex et le détective Sébastien Renard.

C’est ce dernier qui est le personnage central de « Le double crime de l’homme mort », n° 20 de ladite collection…

LE DOUBLE CRIME DE L’HOMME MORT

Le détective Sébastien RENARD reçoit le frère d’un archéologue mystérieusement décédé la veille.

Celui-ci lui explique qu’il était fâché avec le défunt depuis que ce dernier avait décidé de se marier avec une femme beaucoup plus jeune que lui.

S’il n’en demeure pas moins affecté par l’évènement, c’est avant tout pour protéger son honneur et son nom qu’il embauche l’enquêteur. La police le suspecte, car son aîné, avant de mourir, avait modifié son testament pour en faire son unique héritier au détriment de son épouse…

La presse, quant à elle, évoque le fait que le chercheur a passé la nuit aux côtés de la momie d’un fakir censément endormi depuis trois cents ans et que des marques de doigts décharnés étaient présentes sur le cou de la victime.

Persuadé de l’innocence de son client, Sébastien RENARD a pourtant bien du mal à croire à la piste du « tueur embaumé »… quoi que !...

Le détective Sébastien Renard conte à son assistance l’enquête la plus extraordinaire qu’il ait eu à faire.

C’était suite à l’assassinat d’un archéologue, la nuit, alors qu’il dormait à côté de la momie d’un fakir qu’il prétendait endormi depuis trois cents ans et prêt à se réveiller, que le frère du défunt est venu le voir pour résoudre l’enquête.

Si la presse et certains illuminés prétendaient, du fait que les traces de doigts décharnés avaient été trouvées autour du cou de la victime, que le coupable était la fameuse momie, qui avait disparu durant la nuit, la police, elle, soupçonne le frangin qui est dans la panade et que son riche frère venait de faire son héritier au détriment de sa très jeune épouse…

Sébastien Renard accepte donc de chercher le coupable pour innocenter son client…

Dans ce court récit de pas tout à fait 8 200 mots, Marcel Priollet base son intrigue sur un sujet à la mode à son époque, et ce depuis quelques années.

Effectivement les récits policiers autour de momies tueuses ou de tueurs mettant en scène un meurtre en faisant croire à la culpabilité d’une momie sont légion dans la littérature populaire de la première moitié du XXe siècle, surtout après 1923, et les évocations de la malédiction de Toutânkhamon…

On retrouve donc des momies sensément tueuses chez José Moselli (« La Momie Rouge »), chez Léon Groc (« Stan Kipper – La momie qui tue »)… jusqu’à Henri de Golen chez Marcel Priollet, déjà, dans « Le manoir de la peur »…

Pour la narration, l’auteur use également d’un procédé déjà employé : le héros qui raconte une de ses enquêtes à des amis. Il l’a déjà fait pour l’inspecteur Pessart, également pour Claude Prince.

Il faut dire que cette astuce permet des élisions et des ellipses qui siéent parfaitement aux exigences de concision du format fasciculaire de 32 pages.

Pourtant, l’auteur, en cours de route, se perd un peu et la narration à la première personne se transforme d’un coup en narration à la troisième personne de la part d’un narrateur omniscient sans que ce changement soit justifié. Problème de relecture, très probablement.

Si l’intrigue est donc classique, Marcel Priollet nous livre une histoire qui hésite entre aspect fantastique et cartésien, naviguant entre les deux pour, finalement, demeurer dans un certain flou.

Encore une fois, l’intrigue porte sur de nombreux hasards et coïncidence, tant du côté de l’enquête, sans cesse justifiés par « le hasard est le Dieu des détectives » que dans l’intrigue elle-même.

Certes, on ne reprochera pas ces facilités à des auteurs de fascicules, ceux-ci n’ayant pas la latitude pour proposer des récits chiadés…

On retrouve également un autre procédé souvent utilisé dans ce format, l’exposition d’un crime ou de sa résolution via articles de presse ou lettres… Là encore, il s’agit de dire beaucoup en peu de mots, la concision d’un courrier ou d’un article aidant à cela.

Pour le reste, rien d’extraordinaire, surtout rien d’original (si ce n’est ledit flou), si ce n’est la présence de Bob Rex, l’inspecteur de la Mondaine (autre personnage récurrent de l’auteur) qui, étonnement, est chargé de l’enquête sur la mort de l’archéologue par l’inspecteur Pessart (autre récurrent).

Au final, une lecture pas déplaisante, mais pas exaltante non plus, juste un petit moment de lecture.