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« La maison de la falaise » est, à l’origine, un fascicule de 32 pages issu de la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes vers 1936-1937.

Il est signé Marcelle Renée Noll, un pseudonyme de Marcel Priollet, grand pourvoyeur de la littérature populaire fasciculaire entre 1910 et le milieu des années 1950.

L’auteur exerça dans différents genres : aventures, anticipation, jeunesse, mais c’est avant tout dans les fascicules dramatico sentimentaux et policiers qu’il employa sa plume, sous son nom ou sous divers pseudonymes (René Valbreuse, Henri de Trémière, R.M. de Nizerolles, Marcelle Renée Noll…)

Si l’auteur a développé deux séries fasciculaires policières, « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » au milieu des années 1940 pour le compte des éditions Tallandier, il fit également vivre d’autres enquêteurs récurrents, notamment à travers des récits disséminés dans la collection dont est issu ce titre et dans laquelle on retrouve, selon les récits, le détective radiesthésiste Claude Prince, l’inspecteur principal François Pessart, l’inspecteur de la Mondaine Bob Rex, et, bien sûr, le détective Sébastien Renard.

LA MAISON DE LA FALAISE

L’été, sur les plages normandes, la jeunesse est confrontée aux premiers émois.

Mais Marcel Langevin, lui, n’a plus la tête aux filles de son âge. Il est hanté par une terrible et dramatique histoire s’étant déroulée dans une villa abandonnée qu’il a découverte, un jour, en se promenant au bord de la falaise.

Trente ans auparavant, la femme d’un vieil Anglais a été retrouvée morte après y avoir vécu quasiment séquestrée à cause de la jalousie excessive de son mari.

Marcel ne cesse, depuis, de penser à cette malheureuse. Il sent grandir en lui un sentiment profond. Il doit se rendre dans la demeure afin d’en connaître plus sur elle…

Aussi, quand Marcel ne donne plus signe de vie à ses amis, ceux-ci sont persuadés que cette disparition est liée à la maison de la falaise…

M. Langevin, apprenant que le célèbre détective Sébastien RENARD réside dans le même hôtel que lui, décide de faire appel à ses services…

Durant les vacances d’été, sur la côte normande, la jeunesse s’amuse, flirt, danse, boit.

C’était également le cas de Marcel Langevin, jusqu’à ce qu’au détour d’une promenade, il découvre une villa abandonnée sur le bord de la falaise. Se renseignant, il apprend qu’il y vivait, il y a trente ans, un drôle de couple composé d’un vieil anglais riche et de sa jeune épouse. La jalousie maladive du mari fit que la jeune femme était quasiment séquestrée dans la villa jusqu’à ce qu’elle y trouve mystérieusement la mort. Depuis, l’anglais est retourné au pays, mais a toujours refusé de vendre la villa, ne désirant pas que quelqu’un d’autre vive dans les murs ayant abrité sa femme jadis.

Touché par cette histoire et, surtout, par l’existence malheureuse de cette jeune Anglaise, Marcel finit par en être obsédé, quasiment amoureux de ce fantôme du passé.

Pour en savoir plus sur elle, il décide de se rendre, la nuit, dans ladite villa.

Le lendemain, personne ne le trouvant, le père de Marcel décide de contacter le détective Sébastien Renard qui est descendu dans le même hôtel que lui.

Sébastien Renard ne tarde pas à retrouver le corps sans vie de Marcel dans la fameuse villa. Celui-ci ne semble pas avoir été agressé ou assassiné, d’autant qu’un étrange sourire demeure gravé sur ses lèvres.

C’est dans les vieux pots que l’on fait la meilleure soupe ou bien, c’est avec du vieux que l’on fait du neuf, voilà des expressions que semblent prendre au pied de la lettre les auteurs de littérature populaire.

Ici, l’histoire d’un éventuel fantôme n’est certes pas originale, mais c’est avant tout, l’affaire qui se trame derrière cette histoire qui ne l’est pas du tout, le sujet étant très à la mode à l’époque.

Question narration, l’auteur s’appuie une nouvelle fois sur l’exposition de l’affaire à travers les dires d’un personnage à d’autres (ici, un ami de Marcel). Il ne faut pas douter que ce système narratif, tout comme celui via des articles de journaux ou un échange épistolaire ou une confession écrite, est celui qui permet de faire au plus court et de respecter ainsi au mieux le format. Ce n’est pas toujours le plus agréable à lire, mais, au moins, l’auteur peut aller directement au sujet si cela lui chante.

Sébastien Renard apparaît uniquement à la moitié du texte et, il faut bien l’avouer, n’est grandement présent même si c’est lui qui résout l’affaire.

D’ailleurs, l’affaire peine à tenir debout du fait des 30 ans écoulés.

Cependant, si le nœud de l’intrigue n’est pas original, qu’il n’est pas très crédible et qu’il y a quelques détails que l’on a du mal à croire (comme le fait que Sébastien Renard se promène avec 7 revolvers sur lui), l’ensemble, à l’origine, est également plombé par le travail pitoyable des Éditions Modernes. Bout de phrases qui sort d’on ne sait où, coquilles, fautes, on finit par ne plus trop savoir, par moment, ce qu’a voulu dire l’auteur.

En demeure un texte qui pouvait être intéressant, notamment cette mort étrange, ce lien indéfinissable entre Marcel et l’esprit de la jeune Anglaise, mais qui n’est malheureusement pas traité du tout par faute de place (8 500 mots), l’auteur préférant un rebondissement qui explique tout rapidement à défaut de le faire agréablement. Dommage.

Au final, pas un grand Sébastien Renard, pas un grand Marcel Priollet, pas une grande intrigue, juste un petit texte qui se lit vite et sans trop de déplaisir. C’est toujours mieux que rien.