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La littérature, c’est comme les gens (d’ailleurs, les auteurs sont des gens, surtout Cocteau, d’Ormesson, de la Fontaine et j’en passe).

Ainsi, ton milieu ne détermine pas tes qualités, mais si tu prends le temps de prendre soin de toi, tu présenteras toujours mieux que dans le cas inverse.

Bon, c’est nul comme analogie, mais je veux dire que ce n’est pas parce que la littérature est populaire qu’elle est moins bien qu’une autre. Juste, quand tu dois faire avec des contraintes de temps (écrire vite, être vite publié) et de taille (format fasciculaire, petit roman), tu manques des occasions de te mettre en valeur…

Et, comme la littérature populaire fasciculaire faisait l’apologie du « écris vite, publie vite ! » forcément, il fallait que l’auteur, à la base, ait un sacré talent pour qu’au final son récit soit bon.

Cependant, dans certains cas, les auteurs n’étaient pas aptes à maîtriser ces contraintes et dans d’autres, c’étaient les éditeurs qui ne l’étaient pas.

Quand les deux sont au diapason, la catastrophe était alors inévitable.

Question talent, on ne reviendra pas sur celui de Marcel Priollet, un auteur de littérature fasciculaire qui œuvra entre 1909 et le milieu des années 1950.

Cet auteur qui écrivait principalement dans le genre dramatico-sentimental et policier (même s’il lui arrivait de faire dans l’aventure, la jeunesse ou l’anticipation) a démontré, dans certains cas, toute l’étendue de ses capacités.

Cependant, il n’était pas faillible, surtout quand les conditions ne s’y prêtaient pas.

Questions éditeurs, je ne sais pas ce que valaient les Éditions Modernes dans l’ensemble de leur travail, mais, pour ce qui est de la collection « Les Grands Détectives » et ses plus de 90 titres publiés vers 1936-1938, j’en ai une bonne idée et une mauvaise impression. Mais j’y reviendrai.

« Un cri au micro » est le n° 32 de cette collection et met en scène le détective Sébastien Renard, un des récurrents de Marcel Priollet qui parsèment « Les Grands Détectives » dont la grande majeure partie des titres furent écrits par Priollet sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll.

UN CRI AU MICRO

La célèbre star hollywoodienne Lilian Dawis est interviewée dans le studio d’enregistrement de « Radio-France » quand les auditeurs entendent un cri épouvantable.

L’actrice s’écroule subitement. Elle est transportée dans un salon attenant, le temps d’aller chercher un médecin.

Celui-ci, après son examen, ne comprend pas l’état d’hébétement quasi catatonique de la jeune femme et ne peut l’expliquer que par un intense choc nerveux.

Au bout de plusieurs jours, Lilian Dawis n’ayant toujours pas retrouvé sa lucidité, son fiancé décide de consulter le détective Sébastien RENARD afin de savoir ce qui s’est réellement passé lors de l’entretien radiophonique…

Une actrice américaine est interviewée à la Radio Française. Dans la salle d’enregistrement, l’actrice fait face au speaker. La secrétaire de la comédienne se tient en retrait. Personne d’autre dans la pièce.

Pourtant, l’actrice pousse un cri horrible, s’écroule et, quand elle se réveille, elle n’a plus conscience de rien, ne reconnaît personne, n’est plus capable de rien.

Après plusieurs jours de cet état, le fiancé de la comédienne va voir le détective Sébastien Renard pour découvrir ce qui s’est déroulé.

J’ai pour habitude de dénigrer le travail des Éditions Modernes (dans cette collection) depuis longtemps et à juste titre. Ce n’est pas avec « Un cri au micro » qu’ils vont redorer leur blason. Malheureusement, Marcel Priollet fait également des siennes pour rendre le texte encore moins intéressant qu’à l’accoutumée.

Effectivement, question travail éditorial, c’est la totale. On était habitué aux grossières fautes d’orthographe, aux coquilles, parfois aux morceaux de phrases déplacées et même, une fois, à des phrases codées incompréhensibles.

Ici, c’est le combo gagnant, l’éditeur ne nous épargne rien. Les fautes, les coquilles, des bouts des phrases pas à leur place, même des phrases entières, une phrase codée… rien n’est épargné au lecteur.

On y est habitué.

Mais Marcel Priollet y met du sien avec une histoire qui déjà, comme souvent dans ce petit format vite torché, ne tient que sur des coïncidences et des hasards (mais alors là, force 10), mais qui démarre par un faux raccord, dirait-on au cinéma, qui a de grandes incidences pour la suite du récit.

Effectivement, la secrétaire de l’actrice, au début du récit, sort de la salle d’enregistrement avant le début de l’interview et, pourtant, le nœud de l’intrigue réside sur le fait qu’elle soit présente. C’est tout de même ballot de détruire ainsi son intrigue qui, déjà, n’était pas géniale loin de là.

Car, comment croire à une intrigue dans laquelle une actrice américaine est, en fait, française. Que sa secrétaire, américaine, est elle, aussi, française. Que l’homme que l’actrice va épouser et celui que la secrétaire aima jadis, mais qui ne la reconnaît pas, car la vérole l’a, depuis, défigurée. Que l’ancien mari de l’actrice travaille, sans le savoir, dans la radio où celle-ci est prise de malaise ? Et que, pire encore, la secrétaire fasse appel au détective pour retrouver ledit mari afin de permettre à sa maîtresse de divorcer d’avec lui pour épouser son fiancé, alors que, non seulement, la secrétaire ne veut pas de ce mariage et qu’elle est l’instigatrice du malaise de sa maîtresse ??? On rajoute à ça le fait que l’ancien mari a menacé son ex-femme pour le rendre encore plus coupable et on obtient un récit inepte qui peine à être intéressant.

Sa seule qualité ou presque, sa concision, à peine plus de 7 700 mots…

Au final, quand un éditeur et un auteur font tout pour rendre un texte inintéressant…

P.S. Je rassure les lecteurs sur le fait que les erreurs de l’éditeur d’origine sont corrigées dans la réédition numérique récente.