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Loto Édition
7 février 2021

Le capitaine fantôme

 

SR06

« Oh ! combien de marins, combien de capitaines, qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, dans ce morne horizon se sont évanouis ! » (Oceano Nox, Victor Hugo).

Un peu de poésie ne faisant jamais de mal, j’avais envie de débuter cette chronique par ces vers du grand Victor Hugo (qui mesurait 1m78).

Car il est question de capitaine et de marins dans « Le capitaine fantôme » un fascicule signé Marcelle-Renée Noll et paru dans les années 1936-1938 dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes.

Derrière le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll se cache le non moins grand Marcel Priollet (dont je ne connais pas la taille… si ce n’est celle de sa production).

Marcel Priollet, ne l’oublions pas (mais pour l’oublier, encore faudrait-il l’avoir su) fut l’un des principaux piliers de la littérature populaire fasciculaire qu’il abreuva entre 1909 et le milieu des années 1950 du nombre impressionnant de titres destinés à des séries dramatico-sentimentales, policières, d’aventures, jeunesse et même d’anticipation, sous son nom ou ses autres pseudonymes (René Valbreuse, Henri de Trémières, R.M. de Nizerolles…)

Si l’auteur développa plusieurs personnages récurrents pour ces séries, il en noya d’autres au sein de collections généralistes dont, notamment et surtout, « Les Grands Détectives ».

Car c’est dans cette collection de près de 95 titres, quasiment tous écrits par Marcel Priollet et signés Marcelle-Renée Noll, que l’on rencontre pas moins de 4 de ses héros : le détective radiesthésiste Claude Prince, l’inspecteur principal François Pessart, l’inspecteur de la Mondaine Bob Rex et le détective Sébastien Renard, héros du titre du jour.

LE CAPITAINE FANTÔME

Alfred Sermoise, capitaine de navire, est au chômage. La compagnie qui l’embauchait a fait faillite. Depuis, impossible de trouver un engagement. Les dettes s’accumulent. Bientôt, il lui sera difficile de subvenir aux besoins de sa femme et de ses deux enfants.

Aussi a-t-il passé une annonce pour un emploi dans différents magazines maritimes.

Pour seule réponse, M. Sermoise reçoit une lettre l’invitant à se présenter dans un bar louche de la capitale en vue d’une offre intéressante.

Bien qu’il pressente qu’on va lui proposer de transporter des produits illicites, il se rend sur place et accepte, en échange d’une belle avance, de prendre le commandement du « Cadix », un cargo espagnol.

Quelques jours plus tard, les corps étêtés du capitaine et de marins du « Cadix » échouent sur les plages d’une petite île.

Au bout d’un an, alors que le fils Sermoise, désormais devenu journaliste, se promène dans les rues de Paris, il croise un homme qui ressemble, trait pour trait, à son défunt père. La stupeur le fige, l’empêchant d’interpeller l’individu qui se perd dans la foule.

Pour en avoir le cœur net, il décide de louer les services du détective Sébastien RENARD

Un capitaine aux abois, une offre de la dernière chance qui tourne mal et hop, on retrouve le capitaine et deux de ses marins, sans tête, échoués sur les plages d’une petite île.

La famille est éplorée, mais, bientôt, un sinistre individu vient leur annoncer que le capitaine était sous le coup d’une assurance vie mise en place par son ancien employeur et, moyennant la moitié de l’immense somme, il se fait fort de leur obtenir ce pactole.

Tout le monde retrouve vie normale. Le fils est devenu journaliste quand, un an plus tard, il croise dans les rues un homme qui ressemble à son défunt père. Il ne peut le rattraper, mais la ressemblance est trop frappante, alors, il se rend chez le détective Sébastien Renard pour qu’il déflore cette énigme.

Il y a une chose qui ne change jamais dans les fascicules de la collection « Les Grands Détectives » c’est le travail pitoyable des Éditions Modernes. En effet, il faut bien souvent aimer les puzzles pour reconstituer le texte tant il n’est pas rare que des bouts de phrases disparaissent ou se déplacent, sans compter le nombre incalculable de fautes d’orthographe et de coquilles d’impression.

Aussi faut-il être un bon écrivain quand, en plus de cette piètre mise en valeur de son éditeur, on se doit d’écrire beaucoup et très rapidement, pour parvenir à proposer un récit plaisant à lire.

Marcel Priollet a ce talent… mais pas tout le temps. La tâche est trop ardue pour qu’elle soit sans cesse surmontée.

Cependant, l’auteur s’appuie sur quelques ficelles pour mener à bien sa mission.

Parmi celles-ci, le hasard, le grand dieu des enquêteurs, qui fait bien ou mal les choses.

La narration, souvent via des articles, des lettres, ou des narrations directes de personnages afin de pouvoir faire plus concis qu’une exposition classique (n’oublions pas que ces fascicules contiennent moins de 9 000 mots, ici, 8 500).

Si le hasard est toujours présent (il est tout de même bien foutu, ce hasard), on notera la bonne idée de cette narration qui évolue d’un coup depuis un narrateur omniscient à une narration à la première personne et ce, juste sur une bonne idée, celle du client du détective Sébastien Renard (le fils du capitaine) à qui ce dernier lui reproche « conter l’histoire sur un mode impersonnel » et lui demande donc de poursuivre avec un ton plus investi émotionnellement.

C’est ainsi que si la première partie, jusqu’à la découverte macabre des corps sans tête, est développée à la troisième personne et que, par la suite, l’histoire passe à la première.

Ce n’est rien… rien qu’une bonne idée, mais il est bon de la mettre en avant.

Pour le reste, comme souvent dans cette collection et dans les autres du même format, l’intrigue est basique, les rebondissements un peu prévisibles, mais on ne lit pas ce genre d’œuvres pour son suspens.

Sébastien Renard, (tout comme Claude Prince, d’ailleurs), prend des libertés avec les attentes de ses clients et la morale. Étrange.

Dommage que l’énigme de base (ces corps étêtés) ne soit pas la base du récit (mais il aurait fallu changer de format pour cela) et qu’aucune réponse ne soit apportée à cet évènement. Pourtant, l’ensemble est plaisant à lire et, dans cette collection, c’est déjà vraiment pas mal.

Au final, un texte qui se lit vite et bien… on ne lui en demande pas plus.

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