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La littérature populaire est un univers impitoyable. Certains auteurs s’en sortent, d’autres pas.

On oublie trop souvent que pour un Georges Simenon, un Frédéric Dard, un Léo Malet, qui, tous trois, travaillèrent pour la littérature populaire fasciculaire ou écrivirent des nouvelles et des feuilletons pour les journaux de l’époque et qui, depuis, sont demeurés dans les esprits des lecteurs, d’autres ne sont jamais parvenus à émerger, certains, sombrant dans les abîmes.

C’est ce qui aurait pu arriver à José Moselli puisque la grande partie de sa production fut destinée aux magazines et aux journaux, pour lesquels il écrivit un nombre incroyable de pages de feuilletons, d’aventures, policier ou d’anticipation.

Si certaines de ses séries furent rééditées, par la suite, toute ou partie, en fascicules, notamment dans la « Collection d’aventures » des éditions Rouff, permettant aux lecteurs de l’époque de se remémorer les tribulations de certains héros moselliens, et aux plus passionnés d’aujourd’hui de les découvrir en chinant dans les bouquineries, une grande part de son œuvre, plusieurs de ses personnages, étaient à jamais perdus dans les limbes des magazines d’époque, les séries s’étalant sur plusieurs centaines de numéros à raison d’une page ou deux chaque semaine et ce durant plusieurs dizaines d’années parfois.

Heureusement, les passionnés d’OXYMORON Éditions, grâce à une passion sans borne et au soutien de collectionneurs, étaient parvenus à faire remonter à la surface quelques-uns de ces personnages.

Ainsi, les cambrioleurs John Strobbins et le baron Stromboli, le détective français M. Dupont, ou le japonais Iko Terouka, pouvaient à nouveau trouver des fans grâce aux rééditions numériques de l’éditeur.

Les réfractaires à la lecture numérique pouvaient tout de même faire connaissance avec la plume de José Moselli grâce à une réédition papier de l’excellent roman « La momie rouge ».

Mais les personnages moselliens, les textes de l’auteur sont encore trop nombreux à demeurer dans les abysses.

Ce sont, aujourd’hui, au tour d’un duo de détective de refaire enfin surface après un travail acharné, une longue recherche, une épuisable attente, et toujours l’aide de généreux passionnés : Césaire Rabascasse et Tom Browning, les membres de l’agence Browning et C°.

Cette série fut publiée entre le 19 octobre 1922 et le 7 février 1935 dans le magazine le Cri-Cri (du n° 212 à 854).

Pour la découvrir dans son intégralité, il fallait donc réunir plus de 600 magazines à raison de deux pages par magazine), une publication sur près de 12 ans et demi… rien que cela.

Mais voilà, le travail et la patience paient et, grâce à cela et, je ne le répéterais jamais assez, à la générosité, en particulier, d’un collectionneur des magazines des éditions Rouff, les lecteurs d’aujourd’hui vont pouvoir enfin découvrir cette série de José Moselli, en commençant par la toute première de leurs enquêtes « Le document 3136 ».

LE DOCUMENT 3136

Césaire RABASCASSE, un Gascon et son collègue Tom BROWNING, un Américain, viennent d’ouvrir, à Paris, leur cabinet de détectives : « Browning & C° ».

Les clients se font rares et ils se trouvent rapidement incapables de régler le terme du loyer des bureaux.

Un matin, Fordier, un ami d’enfance de RABASCASSE, travaillant au ministère de la Marine, le prévient que les plans d’un sous-marin secret ont été volés.

RABASCASSE et BROWNING voient là une belle occasion d’aider la patrie, de toucher une forte prime et d’assurer leur publicité, s’ils parviennent à mettre la main sur les documents disparus.

Mais la tâche ne va pas être aussi simple qu’ils l’espéraient…

Césaire Rabascasse, un gros gascon rougeot d’une quarantaine d’années et son ami Tom Bronwing, un américain grand et osseux, ont décidé d’ouvrir leur agence de détectives : Browning et C°.

Mais les choses ne marchent pas aussi facilement qu’ils le pensaient et les clients ne se bousculent pas au portillon. N’arrivant plus à payer le loyer de leur agence, ils envisagent de tout arrêter quand un ami de Rabascasse, travaillant au ministère de la Marine, vient leur apprendre que les plans d’un sous-marin secret ont été volés et qu’ils s’assureraient une belle publicité ainsi qu’une forte prime en les retrouvant.

Les deux amis vont donc se lancer sur la piste des documents, mais l’affaire ne va pas être simple ni sans danger.

José Moselli fit vivre plusieurs personnages de cambrioleurs (John Strobbins, le baron Stromboli), mais aussi et surtout de détectives (Iko Terouka, M. Dupont, le Club des Trois…) et je ne parle là que du genre policier, car ses personnages dans d’autres genres sont encore plus nombreux.

Souvent, ces séries, destinées avant tout à un jeune public friand d’action, d’aventures et de voyages, s’étalaient sur des années. Seuls M. Dupont et le Club des Trois eurent des carrières courtes, à cause de la fin des magazines qui les abritaient.

Mais, dans la plupart de ces cas (sauf le Club des Trois), les héros moselliens étaient des solitaires.

Certes, M. Dupont était parfois épaulé par son jeune domestique noir Koufo…

Pourtant, dans la série « Browning et C° » José Moselli décide de mettre en scène un duo, et un duo qui pourrait se targuer d’être atypique s’il ne faisait pas penser, du moins, physiquement, à celui de Sherlock Holmes et John Watson (je serai presque tenté de dire un Watson à la sauce Nigel Bruce, un acteur qui l’interpréta moult fois pour le cinéma, mais c’était bien après la publication de la série de Moselli).

En effet, l’un est plutôt enrobé quand l’autre est grand et sec, fume la pipe et est la tête de gondole du duo (bien que ce soit Rabascasse le vrai héros de ce premier épisode).

Américain et Gascon, voilà qui est étonnant, l’un tutoyant son partenaire quand l’autre le vouvoie…

Mais, mise à part les composants de ce duo, on retrouve dans leurs aventures tout ce qui fit le sel des histoires de Moselli qu’elles fussent policières ou purement aventurières.

Ainsi, l’action est omniprésente, la poursuite, les voyages dans divers pays, les traversées sur les paquebots, les voyages en train, à moto, en vélo, en voiture…

Tout est prétexte à mouvement, mouvements dans le pays, mouvements en dehors du pays et à rebondissement, action, et aventures.

Aussi, le lecteur ne sera pas dépaysé par le style, mais le sera par les aventures (il faudrait un jour que quelqu’un s’attelle à pointer sur une mappemonde tous les endroits du globe visités par les héros moselliens…)

Avec une première enquête courte (16 000 mots) qui permet de présenter son duo sans encore parvenir à le cerner totalement, Moselli donne envie à ses lecteurs de découvrir la suite de ces aventures.

Car, quelle est la place de Césaire Rabascasse dont le physique laisse à penser qu’il n’aura qu’un rôle subalterne (n’est-il pas, comme il se plaît à le répéter, le « C° » de l’agence « Browning et C° » ?) alors qu’il a un rôle très actif dans cette toute première affaire.

Tom Browning aura-t-il les capacités de perspicacités du détective de Conan Doyle dont il semble reprendre les traits physiques ?

Quels pays les deux compères vont-ils visiter durant leurs périples ???

Autant de questions dont on trouvera probablement la réponse dans les nombreuses affaires qui vont suivre durant ces 12 ans de services.

Au final, José Moselli garde les mêmes recettes en ne changeant que les ingrédients des personnages pour divertir et dépayser encore plus ses lecteurs. Prometteur.