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Geneviève Manceron (1906 - 1994) est un auteur que j’ai récemment découvert…

Je dois avouer qu’en tant que passionné de littérature populaire policière et, notamment, fasciculaire, les titres que je dévore sont rarement signés par des femmes (ou alors des femmes cachées derrière des pseudos d’homme sans qu’on le sache).

Non pas qu’il n’y en ait pas et, d’ailleurs, voilà longtemps que je me promets de découvrir la plume de Juliette Lermina-Flandre, la fille du grand écrivain Jules Lermina (à qui l’on doit, notamment, les excellentes aventures de Toto Fouinard) ou Maguelonne Toussaint-Samat, la fille du non moins éminent Jean Toussaint-Samat (l’auteur de « L’horrible mort de Miss Gildchrist », entre autres) ou, Renée Dunan (qui, elle, ne semble pas être la fille d’un écrivain, même si on ne sait pas grand-chose sur elle).

Bref, Geneviève Manceron dut signer une partie de son œuvre (notamment dans le domaine de l’espionnage) sous le pseudonyme de Bruno Dax afin d’espérer être lue et, surtout, publiée.

Mais elle a également signé de son nom quelques romans policiers publiés (tous ou partie) dans la collection « La Chouette » des éditions Ditis dans la deuxième moitié des années 1950 dont, « Les brebis tondues », le roman par laquelle je l’ai découverte.

Convaincu par ce roman, j’ai sauté immédiatement sur un autre titre de l’auteur : « Pauvres petites crevettes » publié en 1957 :

Pauvres petites crevettes :

Un fait divers. Son mystère. Sa banalité, les gens innocents, les simples spectateurs que le drame entraîne dans son sillage.
La désintégration du coupable, la passion des justiciers.
La contagion du malheur, de la pitié, de la cruauté.
Pour Geneviève Manceron, la fonction du roman policier est de révéler ce que la vie laisse toujours dans l’ombre.


« Pauvres petites crevettes », une toile du peintre Latroche, mort il y a quarante ans, qui hier ne valait pas le clou pour la pendre et qui, aujourd’hui, vaut de l’or.
Des toiles de Latroche, il y en a une centaine dans le grenier d’une maison de Honfleur.
Trois personnes le savent. Trois personnes qui ont désespérément besoin d’argent. Deux d’entre y laisseront leur peau.

Juliette Férial, une vieille antiquaire qui a du nez, sent que les tableaux du peintre Latroche, boudés depuis des décennies, s’apprêtent à valoir de l’or. Aussi, envoie-t-elle Fred, un jeune homme qui fut jadis l’apprenti de feu son mari, voir la veuve Latroche pour lui acheter tous les tableaux du peintre avant que d’autres ne se précipitent.

Fred, qui a besoin d’argent pour se lancer dans un projet, accepte, malgré qu’il n’ait plus eu de nouvelles de Juliette depuis longtemps et, surtout, que ce soit la veille de Noël.

Seulement, arrivé dans le village où vit la veuve Latroche, il se rend compte qu’il n’est pas tout seul. Entre le petit-fils d’un premier mariage du peintre, truand à la petite semaine ayant besoin d’argent pour rembourser ses dettes et éviter la prison et la fille de la veuve, venu pour assassiner sa mère et récupérer tous les biens pour subvenir aux besoins de son amant dont elle est folle amoureuse… Fred va avoir fort affaire d’autant que les dangers et les coups vont pleuvoir.

Si dans « Les brebis tondues » Geneviève Manceron proposait aux lecteurs un portrait de femme forte, délaissant les autres personnages et, notamment, les masculins, ici, elle livre plusieurs portraits de femmes plus ou moins complexes en opposition avec ceux d’hommes plus ou moins manichéens.

Car, les femmes sont à l’honneur, à travers une veuve à la mentalité complexe et sa jeune protégée, une jeune fille sauvage sortant de prison nonobstant la présence de la fille de la veuve, femme fragile qui n’est mue que par l’amour qu’elle voue à son amant qui, lui, n’est intéressé que par l’argent.

Mais Geneviève Manceron n’oublie pas, cette fois, les personnages masculins.

On oubliera le petit-fils du peintre, Maurice de Latroche, personnage faible et prévisible du roman pour s’attacher un peu plus à Fred dont le comportement et les sentiments sont plus difficiles à cerner et le commissaire Jeannet qui, malgré sa courte présence, s’avère être intéressant et moins simple dans sa composition qu’il n’y paraît.

L’auteur met en place tous les éléments du drame à travers des portraits préalables des trois héros de la tragédie à venir : Gisèle, la fille, Fred et Maurice. Par les motivations de chacun, l’on sent que les choses vont rapidement basculer et se régler dans le sang. Mais quand ? Comment ? Par qui ?

Puis vient Madeleine Latroche, la veuve du peintre, son ancien modèle, une femme désormais âgée que les gens du village détestent et traitent de sorcière et qui passe d’une dignité rigide à un comportement de campagnarde en fonction des situations. Taiseuse, peu intéressée par les autres, par sa fille moins que tout, elle a pourtant pris sous son aile la jeune Taline, une sauvageonne qu’elle a tirée de prison et qu’elle héberge et nourrit.

Les acteurs sont réunis, la lutte peut débuter. D’elle naîtra la violence…

Habilement menée, cette petite intrigue est plaisante à suivre de par la multiplicité des mentalités même si Fred est à l’honneur en étant le personnage central, celui qui fait naître à la fois la rage et l’envie chez les autres puisqu’il est en possession d’un demi-million dans le but d’acheter les tableaux.

Ainsi, l’auteur profite de son récit pour aborder l’amour, le désir, la folie amoureuse, la folie de l’argent, la gloire passée et déchue, les sentiments tus, et bien d’autres choses encore.

L’auteur n’oublie pas de livrer des rebondissements et un final surprenant, car le lecteur avait un peu oublié le sujet qui revient clore le récit.

Au final, un bon roman bien plus complexe et fouillé qu’il n’y paraît, un peu comme certains personnages de l’histoire.