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Lorsque l’on s’intéresse un peu à la littérature fasciculaire policière de la première moitié du XXe siècle, il y a quelques auteurs que l’on toutes les chances de lire à un moment où à un autre, tant leurs productions furent immenses.

Parmi ceux-ci, on citera sans se tromper Marcel Priollet, Rodolphe Bringer, Maurice Limat… et un certain Henry Musnik.

Henry Musnik, bien que né au Chili en 1895, fut l’un des plus prolifiques auteurs de la littérature populaire française.

Sous son nom ou de très nombreux pseudonymes (Claude Ascain, Pierre Olasso, Florent Manuel, Alain Martial, Pierre Dennys, Gérard Dixe…) il alimenta un nombre incalculable de collections policières, aventures ou sentimentales de ses textes.

Donner une bibliographie exhaustive de l’auteur serait probablement impossible, certains de ses pseudonymes étant probablement encore inconnus.

Cependant, même s’il fut un auteur extrêmement fertile, pour augmenter encore plus sa productivité (donc ses contrats et ses revenus), l’auteur n’hésitait pas à jouer au filou en réutilisant certains de ses textes, en changeant le nom des personnages, les signant d’un autre pseudonyme, pour les proposer à un autre éditeur.

Si l’on ajoute les rééditions de certains éditeurs, au fil des ans (comme les éditions Ferenczi), alors, la liste des titres s’allonge encore plus.

Comme tout bon auteur de littérature populaire fasciculaire, surtout les plus productifs, Henry Musnik, pour se faciliter la tâche, n’hésitait pas à utiliser plusieurs fois un même personnage central, ce qui fait que les héros récurrents de l’auteur sont également très nombreux (même si, là aussi, certains partagent les mêmes récits).

Et comme tout bon auteur de littérature populaire fasciculaire, surtout les plus productifs, Henry Musnik n’hésitait pas à faire vivre des clones de personnages littéraires célèbres afin de se faciliter la tâche et de n’avoir pas trop besoin de présenter ses héros (ce qui lui permettait de respecter la concision des fascicules).

Dans le domaine policier, quand les personnages de l’auteur ne sont pas des commissaires ou des détectives, ils sont bien souvent cambrioleurs (succès d’Arsène Lupin oblige).

Dans cette caste, on notera les personnages, entre autres, de Robert Lacelles, de Mandragore et, aussi du héros qui nous intéresse aujourd’hui : Jack Desly.

Jack Desly apparaît en 1937 dans le titre « Le messager du diamantaire », signé Claude Ascain, dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi.

Dans cette collection on retrouvera Jack Desly, si je ne me trompe, 25 fois en tout, jusqu’à « La dernière aventure de Jack Desly », paru dans la même collection en 1938.

« La Confrérie du Scarabée » est la troisième aventure de Jack Desly :

LA CONFRÉRIE DU SCARABÉE

Le cambrioleur Jack DESLY, alors qu’il visite, de nuit, l’appartement d’un riche commerçant colonial dans l’espoir d’y dénicher des pièces de valeur, il tombe sur une étrange scène : un jeune Chinois penché sur le corps du propriétaire des lieux.

Après une courte lutte, l’agresseur parvient à s’échapper.

Jack DESLY, tente de soigner la victime et, en le portant sur son lit, découvre, au sol, un mystérieux sachet noir qu’il empoche avant de s’enfuir à son tour.

Dans la bourse, un scarabée en or… sur ses ailes, des idéogrammes chinois gravés signifiant « La Clef Légitime ».

En manipulant les ailes, il fait jaillir du bijou une tige ciselée qui, indéniablement, sert à ouvrir quelque chose… mais quoi ?

Jack DESLY est prêt à prendre tous les risques pour le savoir…

Jack Desly visite, la nuit, l’appartement d’un riche commerçant colonial afin d’y faire de belles trouvailles. Mais, au lieu de bijoux, il tombe sur un Chinois penché sur le corps du commerçant. Le Chinois lui lance un couteau, bagarre, et celui-ci parvient à s’enfuir. Jack Desly s’approche du mourant, constatant que celui-ci a été poignardé. En le soulevant pour le déposer sur le lit, il découvre un sachet noir qu’il empoche avant de soigner la victime et de s’enfuir pour prévenir les secours.

Une fois chez lui, en ouvrant le sachet, il découvre un scarabée en or avec des symboles chinois gravés sur les ailes. Nan-Dhuoc, le majordome annamite de Jack Desly traduit les mots : « Clef légitime ».

En bougeant les ailes du scarabée, une tige en forme de clé sort de l’objet. 

Jack ne sait pas ce qu’ouvre cette clé, mais il sait qu’il est prêt à tout pour le découvrir.

On retrouve donc Jack Desly et son fidèle Nan-Dhuoc pour une nouvelle aventure qui s’inscrit parfaitement dans son époque.

Effectivement, il n’est pas rare, depuis quelques années (pour ne pas dire décennies) que les sectes maléfiques chinoises, le péril jaune, la fourberie asiatique soient au cœur des récits d’aventures ou policier.

D’ailleurs, notons que les récits de la littérature populaire sont un très bon reflet de l’époque à laquelle ils ont été écrits. Ils renseignent parfaitement, malgré leur côté parfois suranné, sur la vie de l’époque, la mentalité, les coutumes, les défauts… les prénoms.

Qui peut imaginer, désormais, qu’une belle jeune fille puisse s’appeler Germaine, Fernande, Georgette ou, comme ici, Huguette ?

Qui peut penser qu’à cette époque, il était de bon ton de fumer, même pour les jeunes femmes ?

Peut-on encore croire qu’il existait un temps où les Noirs et les Asiatiques étaient considérés forcément au pire comme des sauvages sanguinaires, au mieux comme de fidèles compagnons au même titre qu’un chien ?

Qui ne s’indignerait pas désormais si la femme n’était réduite qu’à la donzelle ingénue ou bien à la femme vénale et vénéneuse ?

Qui ne s’offusquerait pas de la façon dont, à l’époque, étaient traités les juifs ???

Etc. Etc.

Mais, en plus d’être un bon témoin d’une époque, cette littérature populaire peut également s’avérer être un excellent divertissement.

C’est le cas de « La Confrérie du Scarabée » qui malgré ses travers (qui étaient l’ordinaire à l’époque) se lit très agréablement, et ce malgré le nombre de fois où j’ai fustigé les qualités littéraires de la plume de Henry Musnik.

Il est vrai que j’ai découvert l’auteur avant tout par sa production la plus concise, celle des fascicules de 32 pages et des récits de moins de 10 000 mots. J’avais alors estimé que l’auteur était, au mieux, un correct faiseur, au lieu d’un écrivain ou un auteur.

J’avais changé totalement d’avis en lisant des textes très longs de Musnik, notamment sa série « Mandragore » avec ses histoires de 80 000 mots.

Le fait que l’auteur avait besoin de plus d’espace pour s’épanouir semblait se confirmer avec la première aventure de Jack Desly qui, sans être exceptionnellement longue, 18 000 mots seulement, démontrait qu’avec un tout petit peu plus d’espace qu’un fascicule de 32 pages, il s’en sortait honorablement.

C’est une nouvelle fois le cas dans cette aventure d’une taille similaire.

L’avantage des fascicules de 64 pages (la norme de la collection « Police et Mystère ») c’est que les récits les composant sont trop courts pour être mous et lassants, et assez longs pour pouvoir proposer une véritable aventure condensée (à condition de ne pas trop s’étendre).

C’est, à mon sens, une taille parfaite pour découvrir un auteur, un personnage, une histoire, pour peu que l’on ne cherche pas de trop longues descriptions, une intrigue chiadée et un suspens de folie.

Car il faut bien reconnaître que l’intrigue de ce titre ne vole pas très haut, que les rebondissements ne sont pas très nombreux et que le suspens est quasi inexistant.

Mais, pas contre, l’histoire n’offre aucun temps mort, l’action est omniprésente, et l’auteur parvient à insuffler un petit peu de romance et d’humour.

Car, si les personnages ne sont pas très recherchés, ils se complètent plutôt bien, entre ce gentleman cambrioleur au grand cœur, son fidèle annamite attaché à la vie et à la mort à son maître et ce grand escogriffe de flic qui poursuite le voleur sans jamais pouvoir l’attraper, mais avec une intelligence et une pugnacité qui sont tout à son honneur.

De plus, à de très rares exceptions près, l’auteur propose une plume légère, les répétitions ne sont pas trop nombreuses ou, en tout cas, ne polluent pas la lecture, et l’ensemble offre un très bon moment de lecture, ce qui est le but de ce genre de littérature.

Allons-nous bouder alors que même Maurice Leblanc, paraît-il, mésestimait, au départ, sa prose Lupienne avant de s’attacher profondément au personnage qui fit son succès ?

Et si tous les auteurs populaires n’ont pas eu la chance de déclencher la liesse du public et de la conserver, il est important que certains puissent à nouveau séduire des lecteurs même si ceux-ci ne sont pas assez nombreux.

Au final, une bonne aventure, agréable à lire qui confirme que j’avais mésestimé, à tort, le talent de Henry Musnik.