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Ceux et celles qui lisent toutes mes chroniques (il y en a-t-il vraiment ?) doivent connaître par cœur mon laïus sur l’auteur Henry Musnik, presque autant que celui sur Marcel Priollet.

Mais je me dois de penser aux personnes qui lisent mes mots au compte-gouttes (ce qui n’est pas très sérieux, ni très pratique) et qui m’obligent, à chaque fois, à me répéter en tentant, malgré tout de me renouveler pour présenter un si grand auteur de littérature populaire.

Par « grand auteur de littérature populaire », vous pourriez penser que j’évoque un grand talent. Ce n’est pas pour cette qualité que j’utilise l’adjectif « grand », mais plutôt pour la taille de la bibliographie du bonhomme.

Henry Musnik, né au Chili en 1895 est à ce titre un des principaux pourvoyeurs de la littérature populaire fasciculaire du second tiers du XXe siècle.

Sa production est si imposante que, pour la signer, il multiplia les pseudonymes (Alain Martial, Claude Ascain, Pierre Dennys, Pierre Olasso, Jean Daye, Florent Manuel…).

S’il s’attaqua aux différents genres de la littérature populaire, c’est avant tout pour sa production policière que l’auteur est à louer.

Car Henry Musnik écrivit un nombre incalculable de fascicules qui furent publiés chez différents éditeurs et qui mettaient en scènes un grand nombre de personnages récurrents.

Certes, on lui reprochera d’avoir gonflé artificiellement sa production même si elle n’avait déjà pas besoin de cela, en reprenant certains de ses textes et en changeant le nom des personnages, et en le signant d’un autre pseudonyme, afin de le proposer à un autre éditeur.

Si j’ai longtemps considéré Henry Musnik comme, au mieux, un bon faiseur de textes populaires, trouvant rarement, dans ses fascicules de 32 pages, de quoi m’enthousiasmer. J’ai revu mon avis après la découverte de longs et bons romans, dans la série Mandragore.

Depuis, je découvre une autre série au format d’origine fascicules de 64 pages, les aventures du cambrioleur Jack Desly, et ces récits me confirment que j’avais trop rapidement jugé l’auteur.

Alors, oui, Jack Desly est un cambrioleur mondain de plus dans la littérature populaire et ils sont nombreux depuis le succès d’Arsène Lupin, mais, malgré tout, ses péripéties ne manquent pas de qualités.

« La valise jaune clair » est la seconde aventure du personnage et sa première édition date de 1937.

LA VALISE JAUNE CLAIR

À la terrasse d’un café, Jack DESLY remarque une jeune et ravissante Anglaise en compagnie d’un homme bien plus âgé aux allures aristocratiques. Ce dernier tente d’expliquer au serveur qu’il n’a qu’un billet de cinq livres sterling pour régler la note.

Jack DESLY intervient et offre de payer à leur place puis de les suivre à leur hôtel afin de se faire rembourser.

Sa proposition est doublement intéressée : approcher la belle pour la séduire et dépouiller le vieux.

Mais celui-ci n’est pas aussi inoffensif qu’il y paraît…

Attablé à une terrasse de café à Paris, Jack Desly remarque un couple d’Anglais attablé à côté de lui. Elle est belle et jeune et lui beaucoup plus vieux. Alors que le vieil homme tente de payer le serveur avec un billet anglais et que ce dernier refuse, Jack Desly, pour faire la connaissance de la jeune femme, propose de payer la consommation et de suivre le couple jusqu’à leur hôtel pour se faire rembourser. Il en profite pour lier connaissance, tant pour charmer l’Anglaise que pour voler l’Anglais…

Henry Musnik, sous le pseudonyme de Claude Ascain, nous propose donc une nouvelle aventure de son cambrioleur mondain.

Oui, reconnaissons que ce personnage n’est pas original dans le monde de la littérature populaire ni dans celui de l’auteur puisque l’on retrouvera un personnage similaire, dans une version plus concise : Robert Lacelles, et bien plus étendu : Mandragore.

Mais si les aventures de « Robert Lacelles » du fait de leur extrême concision, manquent un peu de sel, celles (manque plus que la selle du cheval) de Jack Desly, sans atteindre les qualités de Mandragore, s’avèrent bien plus plaisantes à suivre.

D’ailleurs, ces deux derniers personnages sont très proches (pas de doute que l’auteur ce soit inspiré du premier pour créer le second) d’autant qu’ils sont tous deux épaulés par leur ami et majordome, un Annamite pour Desly, un titi parisien pour Mandragore. Musnik ayant le bon goût pour le second de rajouter un peu d’humour.

Mais sinon les aventures des deux cambrioleurs sont très proches d’autant qu’ils sont tous les deux séducteurs et rencontrent toujours de charmantes jeunes femmes à séduire.

Alors, oui, l’intrigue ne vole pas haut (après tout, l’auteur n’a que 18 000 mots pour boucler son récit), mais, pour autant, cela n’est pas dommageable pour la lecture.

Tout comme pour Mandragore (et d’autres) on notera la présence récurrente du policier à la poursuite du cambrioleur, ici, l’inspecteur Arthème Ladon, mais un policier qui, sans être éblouissant, n’est pas ridiculisé par l’auteur ni par le voleur, contrairement à certains de ses pairs.

Au final, un second récit tout aussi plaisant que le premier et qui donne envie de découvrir le quatrième (puisque j’avais déjà lu le troisième avant).