CouvJD05

Le lecteur désireux de suivre toutes les aventures de son personnage favori pense qu’il suffit de se procurer tous les titres d’une collection dédiée à ce personnage, ou, du moins, de se fier aux encarts des premières de couvertures ou la 4e de couverture des différents romans de l’auteur afin d’identifier ceux mettant en scène ledit personnage ou, encore, de faire quelques recherches sur un quelconque moteur de recherche pour obtenir satisfaction.

Oui, mais pas forcément. Déjà, parce que ces démarches ne fonctionnent, bien souvent, qu’avec des ouvrages récents.

Effectivement fut un temps où les livres ne disposaient pas de 4e de couverture, du moins, qu’aucun résumé n’y était inscrit. Il n’était pas rare, non plus, que des romans mettant en scène un même personnage étaient noyés dans une collection plus généraliste (« Spécial Police » ou « Espionnage » chez Fleuve Noir, « Série Noire » chez Gallimard, la collection « Le Masque »…)

De plus, certains auteurs utilisaient un même héros sous plusieurs pseudonymes…

Enfin, certains personnages récurrents ne voient même pas leurs aventures listées sur quelque site que cela soit.

C’est le cas (c’était ?) de Jack Desly, le cambrioleur aventurier né de la plume de Claude Ascain, alias Henry Musnik, un pilier de la littérature populaire fasciculaire né à la fin du XIXe siècle au Chili et qui, sous de nombreux pseudonymes (Alain Martial, Pierre Olasso, Jean Daye, Pierre Dennys, Gérard Dixe…) abreuva de nombreuses collections chez différents éditeurs d’un nombre incalculable de récits.

Si l’auteur s’essaya à différents genres, c’est avant tout dans le domaine policier qu’il exerça sa plume.

Mais une telle production nécessite du travail, de l’abnégation, un certain talent et quelques astuces.

Parmi ces dernières : utiliser des personnages récurrents, souvent calqués sur des personnages littéraires ancrés dans l’esprit du lecteur (Arsène Lupin, Sherlock Holmes, Jules Maigret, Marlowe… pour faciliter l’attachement du public et aussi, de réutiliser certains de ses textes, en changeant les noms et en signant d’un autre pseudonyme afin de gonfler sa production, ses contrats et, surtout, ses rémunérations.

Bref, Henry Musnik était le spécialiste de cette dernière tendance, mais là n’est pas la question.

Jack Desly est donc un personnage inspiré par Arsène Lupin, comme plusieurs autres récurrents de l’auteur [Robert Lacelles, Mandragore…] et qui, par esprit d’aventure, vole les riches tout en n’hésitant pas à jouer les justiciers…

Il est secondé par son serviteur annamite, Nan-Dhuoc et pourchassé par l’inusable inspecteur Arthème Ladon…

« L’aventure sur la route » est la 5e aventure de Jack Desly dans l’ordre de première parution [en 1937 dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi sous la forme d’un fascicule de 64 pages contenant un récit de 18 000 mots].

Mais c’est surtout la suite directe de « La double gageure » publié un peu auparavant dans la même collection.

Si « La double gageure » fut réédité, en 1952, dans la seconde série de la collection « Police et Mystère » du même éditeur, « L’aventure sur la route », elle, n’eut pas cette chance.

L’AVENTURE SUR LA ROUTE

En volant une enveloppe dans le coffre-fort d’un riche vieillard, Jack DESLY est entré en possession d’un étrange document contenant un message crypté.

Persuadé qu’il se cache derrière ce code la clef d’un trésor, Jack DESLY, en compagnie de son fidèle serviteur annamite Nan-Dhuoc, se lance sur les routes à la poursuite de la solution.

Or, le périple tourne court. Après une halte, pour la nuit, dans une auberge, les deux aventuriers sont victimes d’une première crevaison. Peu de temps après, c’est la roue de secours qui leur joue un vilain tour et les oblige à s’arrêter en pleine campagne.

Jack DESLY décide alors de partir à pied pour le plus proche village, espérant y trouver un garagiste et laisse son véhicule sous la garde de Nan-Dhuoc.

Sur le chemin, une automobile stoppe à sa hauteur et ses occupants lui proposent de l’amener à bon port, mais, à peine à bord, Jack DESLY est chloroformé…

En échangeant le testament dans le coffre du riche vieillard Leroy, dans sa précédente aventure, Jack Desly avait récupéré une seconde enveloppe contenant un message crypté. Sylviane Leroy, l’héritière qu’il avait aidé à récupérer le bien dont elle avait été spoliée, ne voulant pas de ce document, Jack Desly est bien décidé à le décoder, persuadé qu’il indique l’endroit où se trouve un trésor.

Alors qu’il commence à entrevoir de quoi il s’agit, Jack Desly, après une panne de sa voiture provoquée par une main malintentionnée, est kidnappé et conduit dans une maison isolée dans les bois pour le forcer à rendre le message…

On retrouve donc Jack Desly dans la suite directe du précédent épisode. Jack Desly et les lecteurs voulaient savoir à quoi correspondait ce message et ils vont le savoir.

Car Jack Desly va vivre de nouvelles aventures trépidantes, se retrouver face à un ennemi qu’il a déjà combattu tout en étant une nouvelle fois poursuivi par l’inspecteur Arthème Ladon, en risquant sa vie et en étant bien aidé par son fidèle Nan-Dhuoc.

Claude Ascain reprend donc les mêmes ingrédients pour une même recette même si, cette fois, Nan-Dhuoc prend enfin un peu plus d’importance dans l’histoire.

Mais, si Jack Desly est un cambrioleur, ici, il fera office de chasseur de trésor.

Aussi, retrouve-t-on une histoire assez classique dans un genre souvent utilisé dans le récit fasciculaire, les chasses au trésor ne nécessitant pas forcément un grand espace pour s’épanouir.

Arthème Ladon, lui aussi, est présent, et l’on n’arrive toujours pas à se faire une bonne idée du personnage. Parfois intelligent, parfois ridicule, toujours tenace, on peine à comprendre son obsession pour l’arrestation de Jack Desly alors qu’il sait que celui-ci ne commet jamais des délits graves et encore moins contre les petites gens et, qu’en plus, il l’a déjà aidé plusieurs fois à arrêter des brigands.

Le lecteur se retrouve donc face à une histoire classique, traitée de façon classique, mais sans temps mort et narrée de façon agréable.

Certes, les personnages ne sont pas très originaux et la lutte entre le gendarme et le voleur ne cesse de défrayer les chroniques littéraires, mais quand on se penche sur cette littérature, ce n’est pas dans le but de découvrir de l’originalité ni de la perfection.

Pour le reste, une lecture agréable, des personnages suffisamment attachants qui font passer un bon moment. Que demander de plus ?

Au final, la série se poursuit sur un même rythme et donne envie de continuer à la découvrir.