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José Moselli (1882 - 1941), est-il encore besoin de le préciser, était un auteur de littérature populaire dont la majeure partie de la production fut destinée à des magazines jeunesses des éditions Rouff (« Cri-Cri », « Le Petit Illustré », « L’Inédit », le « Pêle-Mêle »…)… ce qui lui valu le surnom de « Écrivain sans livre »

Ce statut explique en partie que l’auteur soit, de nos jours, totalement méconnu du grand public, celui-ci ne pouvant avoir accès à son œuvre, à part de très rares rééditions de textes comme « La Fin d’Illa ».

Que sont devenus tous les héros créés par José Moselli, sous son nom ou sous pseudonymes (Jacques Mahan, par exemple) dont les aventures s’étalaient sur des dizaines, voire des centaines de magazines à raison d’une page ou deux par semaine ???

Certains, comme John Strobbins ou le baron Stromboli (des voleurs), Marcel Dunot, le boxeur aventurier, Jean Flair, le jeune policier et quelques autres ont eu la chance que certaines de leurs aventures furent regroupées dans des recueils pour gonfler la « Collection d’Aventures » de l’éditeur Rouff. Ces rééditions, encore trouvables chez les bouquinistes, permettent encore de découvrir ces personnages.

Mais d’autres, comme les détectives M. Dupont, le Club des Trois, Iko Terouka ou Browning et C° étaient, jusqu’à très récemment, demeurés dans les limbes de la littérature populaire et des magazines de l’époque.

La tâche immense de regrouper les centaines (milliers) de magazines afin de collecter les textes de ces aventures, avait rebuté tous les éditeurs et les passionnés jusqu’à très récemment.

Car, depuis quelques mois, les lecteurs, grâce à OXYMORON Éditions, après de longues recherches et fortement aidé par un collectionneur généreux des magazines Rouff, ont pu découvrir les enquêtes de M. Dupont, détective, puis, les premières enquêtes du détective japonais Iko Terouka.

Depuis peu, c’est au tour d’un duo de détectives (duo ?), Tom Browning et Césaire Rabascasse, de revenir sur le devant de la scène.

« Browning et C° », la série signée sous le pseudonyme Jacques Mahan, fut publiée entre 1922 et 1935 sur plus de 600 numéros du magazine « Cri-Cri » et est composée d’un certain nombre (je donnerai le chiffre exact après avoir épluché tous les textes) d’enquêtes indépendantes, comme ce fut le cas avec les autres séries de l’auteur.

« Le sceptre du Roi Snofrou » est la 4e aventure du tandem (tandem ?).

LE SCEPTRE DU ROI SNOFROU

Les célèbres détectives Tom BROWNING et Césaire RABASCASSE ont été appelés d’urgence au Caire pour découvrir la cause d’une véritable épidémie de morts subites survenues en quelques jours et ayant affecté des personnages divers : patron de bateau du Nil, magistrats, marchands d’antiquités, employés du Ramsès-Palace…

Après s’être entendus avec le chef de la police du Caire, et avoir longuement discuté le problème qui leur est soumis, les deux associés gagnent un hôtel.

RABASCASSE propose à BROWNING de se déguiser en élégant gentleman afin d’enquêter au Ramsès-Palace, tandis que lui, RABASCASSE, explorera les bas-fonds du Caire.

Chacun ne tarde pas à suivre une piste qu’il juge prometteuse…

Pas le temps de se reposer du voyage en enfer en Afrique du Sud que, à peine arrivés à Marseille, est transmis un message à Browning et Rabascasse les appelant d’urgence au Caire.

La police locale est dépassée, des morts étranges surviennent dans les environs depuis quelques jours, sans que la cause de la mort puisse être découverte. Le chef de la police craint qu’un groupuscule cherche à déstabiliser l’hégémonie anglaise…

Browning et Rabascasse acceptent l’affaire et chacun part de son côté pour mener son enquête.

Browning jouera les riches Américains se pavanant dans les palaces et clamant qu’il cherche à acheter des antiquités sans rechigner pendant que Rabascasse, lui écumera les bas-fonds de la ville.

Ce dernier ne tarde pas à rencontrer quelques filous grecs en qui il voit de bonnes têtes de vainqueur.

Cette fois, c’est certain, Tom Browning est un boulet.

Depuis le début de la série, l’américain ayant des airs, physiques, de Sherlock Holmes, ne cesse de se fourvoyer et de se faire kidnapper, laissant tout le boulot à Rabascasse qui, en plus, devra lui sauver la peau.

C’est une nouvelle fois le cas dans ce quatrième épisode de 26 000 mots dans lequel Rabascasse va encore plus souffrir que dans les précédents (si, si, c’est possible !).

Cette fois, rien ne lui sera épargné et il devra combattre une horde de fourmis rouges voraces, des singes enragés, des serpents et même un requin. Il sera jeté dans des caves, rampera dans les égouts, dans les dédales de tunnels sous les pyramides, plongé en pleine mer…

Pour ce faire, il prendra plusieurs fois le paquebot, le train, le tram, il marchera, courra, nagera, rampera… Raaa, quel courage, quelle abnégation, quelle persévérance et, surtout, quelle endurance. Pourtant, Rabascasse ne paie pas de mine avec son physique un peu lourdaud et son air débonnaire.

Cette fois, les deux amis (??) vont faire la connaissance de l’Égypte, de ses pyramides, pour partir à la recherche du sceptre du Roi Snofrou.

Dépaysement assuré, José Moselli continue à faire voyager les lecteurs dans le monde entier, à leur faire connaître les endroits les moins touristiques des pays.

La recette est donc la même que pour les autres épisodes et les autres séries du genre : action, réaction, rebondissement, dangers, voyages, combats, poursuites…

Mais il faut bien avouer que si, jusque-là, Browning se révélait au mieux inefficace, au pire un élément déclencheur de dangers supplémentaires, il devient, là, tout spécialement dans la scène des tunnels des pyramides, assez insupportable, voire odieux, envers son associé qui, pourtant, une nouvelle fois risque sa vie pour sauver la sienne.

José Moselli venge-t-il Watson de Holmes à travers ces aventures (c’est une hypothèse toute personnelle due, principalement, aux physiques des deux héros) ou bien est une volonté de faire entre en contradiction le physique des personnages avec leur rôle ?

Toujours est-il que Browning demeure absent la plupart du temps dans cet épisode comme dans les précédents.

Qui apprécie les récits mouvementés, rythmés et dépaysants de l’auteur ne pourra donc qu’apprécier les aventures de Browning et C° même si, sur le long terme, en enchaînant les épisodes, la lecture risque d’être redondante bien que le changement d’ambiance, de pays, de populations et de dangers permet un renouvellement suffisant pour ne pas lasser pour l’instant.

Au final, bah ! comme les précédents épisodes. Ceux qui ont aimés aimeront, ceux qui ont détesté (sont difficiles) détesteront..