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Écrire des chroniques littéraires, c’est sympa, cela peut permettre à des lecteurs de découvrir des auteurs, des personnages… mais quand on parle souvent de mêmes auteurs (pour peu que lesdits auteurs aient beaucoup écrit) alors, vient une difficulté, présenter l’écrivain à ceux qui n’ont pas lu mes critiques sur ses autres textes sans lasser ceux qui suivent toutes mes chroniques (je sais qu’il n’en existe pas, mais cela me fait plaisir de le croire).

Et, comme il existe plusieurs auteurs dont je parle régulièrement (Marcel Priollet, Henry Musnik, H. J. Magog, Rodolphe Bringer…) cet écueil revient avec la régularité du pendule d’Edgar Alan Poe (bien moins sympathique que celui de Foucault – le physicien, pas l’animateur Télévision).

Ce sera une nouvelle fois le cas avec mon auteur fétiche (fétiche, car j’apprécie ses textes, parce qu’il a beaucoup écrit, qu’il a développé plusieurs personnages récurrents et que c’est la femme de ma vie qui me l’a fait connaître)…

Et cet écrivain… sans livre, tel qu’il fut surnommé, n’est autre que José Moselli, ici présent sous le pseudonyme de Jacques Mahan.

José Moselli, né en 1882 et mort en 1941 est un homme d’aventures… car il fugua de chez lui à 13 ans pour s’embarquer comme mousse sur un bateau, et qu’il navigua sur les mers du monde, dans cette carrière, comme dans celle qu’il suivit dans la Marine marchande par la suite.

C’est en voulant se stabiliser qu’il se mit à écrire… d’abord comme journaliste pour des chroniques maritimes puis comme auteur en écrivant des contes puis des romans-feuilletons pour le compte des éditions Rouff (pour lesquels il travailla quasi exclusivement).

Son expérience lui servit à développer des histoires dépaysantes se déroulant dans le monde entier et ses personnages, du moins ceux de sa production policière, celle qui m’attire le plus, ne cessèrent d’exercer sur les cinq continents, dans les pays les plus exotiques…

Ce fut le cas de John Strobbins et le baron Stromboli, des cambrioleurs, mais plus encore de M. Dupont, un détective français, Iko Terouka, un détective japonais et le duo qui nous concerne aujourd’hui : Tom Browning et Césaire Rabascasse, un détective américain et un bordelais, les membres de l’agence Browning et C°.

« L’affaire Hornux » est la 5e enquête du tandem.

L’AFFAIRE HORNUX

L’ingénieur Hornux est trouvé poignardé à son domicile, à Nice, quelques heures après avoir eu un entretien houleux avec M. Carsier.

Ce dernier, revenant chez lui, est avisé par une lettre qu’il doit fuir, car il va être accusé du meurtre.

En allant au commissariat pour avertir la police, Carsier s’aperçoit que les lignes tracées sur le papier ont disparu. Pris de peur, il s’enfuit.

Sa fiancée, Annette Miron, se rend chez les célèbres détectives Tom BROWNING et Césaire RABASCASSE pour les supplier de découvrir le véritable criminel.

Les deux amis acceptent gracieusement de s’occuper d’une affaire bien plus mystérieuse et dangereuse qu’elle ne le paraît…

Que de succès et d’aventures pour notre duo hétéroclite de détective. Après avoir résolu l’affaire du sceptre du Roi Snofrou, les voilà qui déménagent à nouveau pour s’installer dans de bureaux plus grands, plus luxueux, embauchant du personnel et affirmant qu’ils ne travailleront plus à moins d’une prime mirobolante.

C’est le moment que choisit Annette Miron, une jeune femme éplorée : son fiancé est accusé de la tentative de meurtre de l’ingénieur Hornux, retrouvé chez lui poignardé, après une dispute avec le jeune homme. Chose étrange, ce dernier, rentré chez lui, a reçu une lettre lui apprenant, soi-disant, l’agression et l’engageant à fuir, car il allait se retrouver accusé. Mais, en se rendant au commissariat pour montrer ladite lettre, son contenu s’était mystérieusement effacé. Aussi, le jeune homme est parti se cacher chez l’oncle de sa fiancée.

Gros problème, la jeune fille est pauvre et ne peut assurer qu’une prime de quelques francs. Qu’à cela ne tienne, Rabascasse accepte de résoudre l’affaire gracieusement.

Voilà nos deux détectives sur le pied de guerre pour découvrir qui a tenté de tuer l’ingénieur et pourquoi ce dernier s’évertue à accuser le jeune homme…

Enquête un peu particulière, celle-là, qui diffère légèrement des précédentes pour plusieurs raisons.

La première est que, pour la première fois, l’agence est renommée « Browning et Rabascasse » mettant enfin en valeur le bordelais Césaire Rabascasse qui, jusqu’ici, faisait tout le boulot, sauvait la vie de son collègue et, pourtant, n’apparaissait pas dans la dénomination de l’agence.

Particulière parce que, paradoxalement à ce qui vient d’être dit, c’est presque Tom Browning qui devient le héros de cette aventure alors que, d’ordinaire, il se contentait de se faire kidnapper par l’ennemi, attendant que Rabascasse vienne le sauver.

En effet, non seulement Browning est enthousiaste à prendre l’affaire (même s’il a boudé au départ) et presque sur la même longueur d’onde que le bordelais (alors qu’il le contredit sans cesse d’habitude) et c’est lui qui va se lancer, le plus fougueusement, dans l’aventure et qui va voyager (en Espagne) alors que Rabascasse lui, aura un rôle, au départ, moins prépondérant, même si… vous le découvrirez en lisant cet épisode.

Pour autant, si l’enquête est un peu particulière, elle regroupe les éléments qui ont fait le sel des précédents même si ceux-ci sont moins extravagants et plus mesurés.

Effectivement, cette aventure est moins rocambolesque, les dangers moins périlleux, l’ennemi moins machiavélique, l’enjeu moins élevé et, même le voyage est moins ambitieux, car, au lieu de se rendre en Afrique du Sud, en Amérique du Sud ou je ne sais où, le lecteur n’aura le droit qu’à un court périple vers Madrid (ce qui est déjà pas mal).

Même la taille du récit est moindre puisqu’il peine à atteindre 16 000 mots, ce qui en fait le texte le plus concis depuis le début de la série.

Pour autant, ce manque d’ampleur sied parfaitement à l’épisode, aux personnages et, je pense, aussi aux lecteurs qu’un déferlement de péripéties extravagantes, d’exotisme exacerbé, pouvait finir par lasser.

Le fait que l’action des deux personnages s’équilibre un peu, bien que toujours à l’avantage de Rabascasse, est aussi un plus pour cet épisode.

Enfin, découvrir les talents et qualités de Tom Browning alors que, jusqu’alors, il ne nous avait réservé que ses défauts, fait tout de même plaisir.

La plume de José Moselli se montre toujours alerte et appréciable malgré la simplicité apparente de celle-ci. Un peu de bonne humeur plane enfin sur les protagonistes. Mais tout cela ne semble être qu’un interlude, car, très vite, la prochaine enquête se profile, emportant nos deux amis dans des contrées lointaines regorgeant de dangers et d’aventures…

Au final, une petite enquête reposante (toute proportion gardée) pour nos deux héros, mais aussi pour les lecteurs, avant de repartir de plus belle vers l’aventure.