1113882915

Dans la littérature populaire, il est des noms qui résonnent plus que d’autres aux oreilles des passionnés. Évidemment, chaque aficionado a ses auteurs favoris, mais certains remportent l’adhésion, si ce n’est par la qualité de sa plume, du moins, pour sa prolixité.

André Héléna est indéniablement de ceux-là.

Né à Narbonne en 1919, mort à Leucate en 1972, il est l’auteur d’un nombre considérable de titres, il s’est spécialisé dans les romans policiers et les romans érotiques (probablement très softs) qu’il signa sous de très nombreux pseudonymes : Andy Ellen, Andy Helen, Buddy Wesson, Maureen Sullivan, Kathy Woodfield, Herbert Smally, Jean Zerbibe, Sznolock Lazslo, Robert Tachet, Clark Corrados, Peter Colombo, Alex Cadourcy, Trehall, Joseph Benoist, Lemmy West, C. Cailleaux… et Noël Vexin, le pseudonyme du jour.

S’inscrivant dans le style du roman noir cher aux années 1950, il mit en scène plusieurs personnages récurrents dans autant de courtes séries mettant parfois en scène des héroïnes  : « La môme Patricia », « La môme Murielle », « L’Aristo », « Em Carry »… et « Maître Valentin Roussel », la série du jour, qui compte 18 titres entre 1956 et 1961.

« Diamants d’avril » est le 15e titre de la série.

Diamants d’avril :

Le premier avril se trouvant être la fête de Mlle Perlin (Huguette de son prénom), le champagne coulait à flots ce jour-là chez Valentin Roussel lorsque le téléphone se mit à sonner. Agacé, Valentin décrocha pour entendre la voix d’un de ses clients qui annonçait au bout du fil : « Je vais vous en raconter une bien bonne ».
Presque aussitôt, deux coups de feu font vibrer l’appareil et une voix ricane : « Poisson d’avril ! » Humour noir qui peut se défendre quand on s’adresse à Maître Roussel, bien connu pour son étonnante aptitude à se plonger dans les histoires criminelles les plus farfelues.
Mais cette blague sonne faux et Valentin, qui allait se remettre à table, file brusquement à Ivry, chez Constantin, son correspondant… Si le pauvre diable a vraiment voulu faire une farce, c’est bien la dernière qu’il fera jamais, du moins sur cette terre…
« En avril, n’ôte pas un fil », dit sentencieusement Mlle Perlin tandis que Roberte revêt une robe extrêmement décolletée pour assister en compagnie de Valentin à la soirée que donne la baronne de Cuxac, en son hôtel de l’île Saint-Louis. Une soirée à ne pas rater, car c’est Constantin – le cadavre du premier avril – qui conduit le bal.

Alors que Maître Valentin Roussel a sabré le champagne avec sa petite amie journaliste, Roberte et sa secrétaire, Mlle Perlin, pour la fête de cette dernière, le 1er avril, le téléphone sonne. Valentin Roussel décroche. Au bout du fil, un de ses anciens clients qui lui annonce qu’il envisage de « donner » un gars avec qui il doit faire « affaire ». Deux coups de feu, un rire, « Poisson d’avril », entend Valentin Roussel avant que la communication soit coupée.

Drôle de blague, même pour un premier avril. Cependant, la voix qu’il a entendue en dernier n’étant pas celle de son client, Valentin Roussel décide de se rendre chez celui-ci. Il va y trouver son cadavre. Sur une table, un carton d’invitation pour la soirée de la baronne Cuxac, à un nom qu’il ne le connaît pas. Valentin l’empoche avant de prévenir son ami le commissaire Chennier.

Également invité à la soirée de la baronne, Valentin Roussel décide de s’y rendre avec Roberte histoire de voir ce qu’il va s’y passer. Ce qu’il s’y passe, c’est que l’on trouve le cadavre d’un serveur sous une table et que les bijoux de la baronne ont disparu…

Commencer une série par l’un des derniers épisodes n’est pas la meilleure façon de faire connaissance avec les personnages. Cependant, comme je ne savais pas, en débutant ma lecture, que le livre faisait partie d’une série…

Mais, comme les récits sont indépendants et que, bien souvent, dans ce genre de littérature, les personnages, même dans l’œuvre liminaire, ne sont pas présentés outre mesure, cela ne change pas grand-chose.

Je fais donc connaissance avec la plume et le style d’André Héléna que je n’avais jusqu’alors pas encore abordé bien qu’il fît partie des incontournables de la littérature populaire si chère à mon cœur. Mais il faut avouer que je me concentre plus sur les textes d’avant 1955 et sur la littérature fasciculaire contenant des récits de 8 000 à 20 000 mots, plus que sur des romans d’environ 40 000 mots comme celui-ci.

Si le style n’est pas indigent et qu’il est empreint d’un certain humour, il n’en est pas pour autant transcendant ni remarquable comme peut l’être celui de certains de ses confrères de l’époque comme Frédéric Dard, Georges Simenon ou Léo Malet pour ne citer qu’eux (je rajouterai quand même J.A. Flanigham).

Quant aux personnages, là non plus, rien de bien extraordinaire. Si Valentin Roussel est avocat, dans ce récit, cette particularité ne lui sert à rien d’autre qu’à fréquenter des crapules et à connaître le commissaire Chennier. Pour le reste, il œuvre comme un dilettante de l’investigation ainsi que le ferait n’importe quel autre personnage exerçant un quelconque métier.

Les autres personnages sont alors secondaires, aussi bien le commissaire Chennier que sa petite amie journaliste qui n’est ici présente que pour piquer la jalousie de l’avocat ou divulguer quelques informations dans les journaux.

En ce qui concerne l’intrigue, on se doute bien que dans ce genre de littérature, notamment de la part d’un auteur écrivant beaucoup et rapidement, celle-ci ne sera pas de haute volée. On n’est pas déçu puisque, effectivement, l’intrigue est assez simple, bien que débutant sous les meilleurs auspices et le lecteur aguerri aura deviné l’identité du coupable bien avant que l’auteur ne la lui donne.

Il est bien difficile de se faire un avis sur l’auteur (et même sur la série) à partir de ce seul épisode. Pour autant, on peut affirmer que le lecteur assure le minimum en proposant un récit qui se lit sans déplaisir, mais qui ne marquera pas les esprits et qui s’oubliera très vite.

Au final, un récit dans l’air du temps (celui de la fin des années 1950, début 1960) qui a pour principales qualités de mettre en scène des personnages bien français dans le monde du roman noir très inspiré de la littérature américaine. On notera, à ce sujet, que l’auteur signe cette série d’un de ses très rares pseudonymes ne sonnant pas anglo-saxons.