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La littérature populaire est adepte d’Antoine Lavoisier ou, du moins, de sa maxime « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » qui était elle-même inspirée par les propos d’un antique philosophe grec.

Cette entrée en matière pour dire que cette paralittérature, plus que tout autre, s’est longtemps nourrie d’elle-même pour continuer à vivre.

Ainsi les auteurs se sont inspirés d’auteurs et leurs personnages, d’autres personnages…

Les personnages de cambrioleurs mondains pullulent depuis le succès d’Arsène Lupin, ceux de détectives intelligents, observateurs et perspicaces également, depuis la déferlante Sherlock Holmes et les génies du mal, eux, avec la popularité de Fantômas.

Il est amusant de constater que ces deux derniers héros sont déjà des inspirations de personnages plus anciens. Sherlock Holmes est même un plagiat éhonté de Maximilien Heller de l’écrivain français Henry Cauvain. Quant à Fantômas, n’a-t-il pas été inspiré par ses ancêtres Zigomar ou même de Sir Williams dans Rocambole (sans parler du Dr Quartz et consorts dans les Nick Carter)…

Mais passons.

S’il est un auteur de littérature populaire qui s’est fait sienne la maxime (et les personnages préférés des lecteurs), c’est bien Henry Musnik, né au Chili à la fin du XIXe siècle et principal pourvoyeur de la littérature populaire fasciculaire française avec une prédilection pour le genre policier.

Dans ce domaine il créa plusieurs clones d’Arsène Lupin (Robert Lacelles, Jack Desly, Mandragore) et aussi, entre autres, un de Fantômas avec le personnage du Grand Maître, un génie du crime et du déguisement, l’homme aux cent noms et aux mille masques, poursuivit sans cesse par son grand ennemi l’agent du Deuxième Bureau Daniel Marsant.

Cette lutte implacable entre les deux hommes dura 17 épisodes signés Claude Ascain (un des très nombreux pseudonymes de l’auteur avec Pierre Olasso, Gérard Dixe, Jean Daye, Pierre Dennys, Florent Manuel, Alain Martial…) noyés au sein de la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi à la fin des années 1930, sous la forme de fascicules de 64 pages contenant des récits indépendants d’environ 18 000 mots.

L’antre de la drogue est le 4e épisode de cette traque.

 

L’ANTRE DE LA DROGUE

L’agent du Deuxième Bureau Daniel MARSANT continue de traquer le terrible Grand Maître, un génie du crime à la tête d’une tortueuse organisation internationale.

Lors de sa chasse aux États-Unis, Daniel MARSANT a appris que son ennemi s’apprêtait à mettre en place un trafic d’opium à grande échelle en faisant venir la drogue de Shanghai par voie maritime. Le port de Marseille est une des premières escales.

Aussi se rend-il dans la Cité phocéenne pensant y retrouver la trace du Grand Maître.

Aux alentours du Vieux-Port, un établissement sinistre retient son attention, le restaurant chinois le « Paravent Brodé »

Daniel MARSANT décide d’infiltrer le milieu interlope du quartier dans l’espoir de découvrir une piste intéressante…

Daniel Marsant a laissé échapper le Grand Maître aux États-Unis, mais il sait que celui-ci était en train de mettre en place un trafic d’opium d’envergure avec transport de la marchandise par l’océan. Sachant que Marseille était une escale, il se rend là-bas et fouine autour du Vieux-Port dans l’espoir d’y dénicher un indice. Son attention est retenue par un boui-boui, un restaurant chinois. Pour y pénétrer sans se faire remarquer, il décide d’infiltrer le milieu des dockers en se faisant passer pour un petit truand en provenance de Paris pour fuir les roussins…

Claude Ascain nous propose donc une nouvelle confrontation entre les deux hommes. J’ai nommé, dans le coin à droit, Daniel Marsant, agent du Deuxième Bureau. Et, à gauche, le Grand Maître, génie du crime.

Si cette course poursuite pourrait s’avérer, à la longue, lassante, l’auteur a le bon goût de diversifier les lieux et les activités. Après Paris, Londres, New York, c’est au tour de Marseille de servir de ring aux deux antagonistes. Mais il change également de milieu, d’activités et de personnages secondaires, n’hésitant pas à mener son intrigue vers le genre policier à travers une enquête sur le meurtre d’une jeune femme de bonne famille, qui sera, bien évidemment, en rapport avec le trafic du Grand Maître.

Ainsi, le Grand Maître apparaît souvent tardivement, et sous couverture, laissant la grande part du récit à l’aventure et à l’enquête.

La confrontation entre les deux hommes tourne donc court, mais c’est un avantage pour faire durer le plaisir, et s’ouvre sur un nouveau duel à venir.

L’histoire suit donc plusieurs voies, plusieurs pistes et plusieurs genres, évitant la redondance que l’on pourrait craindre d’une telle traque.

Il faut avouer que j’ai souvent eu la dent un peu dure sur l’auteur, notamment sur ses récits destinés aux collections fasciculaires de 32 pages. Cependant, il s’avère bien plus à l’aise dans le format supérieur du fascicule 64 pages qui lui laisse plus de latitude pour développer son histoire et sa plume.

Sans flirter avec des sommets du genre, ni dans l’intrigue ni dans le style, il propose tout de même un texte très agréable à lire et sans temps mort avec des personnages certes un peu caricaturaux (genre oblige), mais dont on suit les aventures avec plaisir.

Au final, un bon épisode qui offre ce que l’on attend de lui…