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Bon, je vais vous la faire courte à propos de l’écrivain Marcel Priollet que vous devez maintenant connaître (si vous ne connaissez pas encore, c’est que vous ne lisez pas mes chroniques et si vous ne les lisez pas, vous ne lirez pas non plus celle-ci, donc, aucun intérêt à m’étendre trop sur l’auteur)

Marcel Priollet fut l’un des principaux piliers de la littérature populaire fasciculaire entre 1910 et la fin des années 1950. Sous couvert de nombreux pseudonymes (R.M. De Nizerolles, Henry de Trémières, René Valbreuse, Marcelle-Renée Noll…) il abreuva d’un nombre considérable de textes des collections policières, sentimentales et aventures (et anticipation) de plusieurs éditeurs de son époque. Si sa production sentimentale fut en grande partie dirigée pour des séries autour de mères ou de filles malheureuses, ses textes policiers, en apparence, eux, furent ce que l’on appelle des « One shot », des textes avec des personnages qui ne resservent plus ensuite, exceptés au milieu des années 1940 « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs » pour les éditions Tallandier.

Mais, en épluchant certaines collections généralistes, comme chez plusieurs de ses confrères, on découvre des personnages récurrents disséminés au sein des différents récits.

C’est notamment et surtout (probablement exclusivement), le cas dans la collection policière « Les Grands Détectives » des éditions Modernes vers la fin des années 1930, dont les trois quarts des presque 100 titres sont écrits par l’auteur et signés Marcelle-Renée Noll.

Dans tous ces récits, on découvre des personnages récurrents, dont Claude Prince, le détective radiesthésiste ; le détective Sébastien Renard ; l’inspecteur principal Pessart et l’inspecteur de la mondaine, Bob Rex (ce dernier apparaissant souvent avec Pessart).

« Le médecin des cambrioleurs », n° 45 de la collection, met en scène l’inspecteur Bob Rex et, en personnage secondaire, l’inspecteur principal François Pessart.

LE MÉDECIN DES CAMBRIOLEURS

L’inspecteur Bob Rex de la Brigade Mondaine rend visite à Jean Violaine, un ami de régiment qui vient d’obtenir son diplôme de médecin, pour le féliciter.

Mais il est étonné de trouver le jeune homme attristé. Celui-ci lui dévoile qu’il est sur la paille, sa tante, qui, jusqu’à présent, lui versait des subsides, ayant cessé sa contribution en pensant qu’il n’avait plus besoin de son aide.

Après lui avoir prêté un peu d’argent, Bob Rex le quitte, persuadé qu’il n’aurait plus de ses nouvelles.

Or, bientôt, le Docteur Violaine invite Bob Rex dans son nouveau luxueux logement afin de le rembourser et lui révèle qu’il doit son revirement de fortune au fait qu’une étrange bande le rémunère pour soigner les affiliés blessés dans des coups durs.

Quelques jours plus tard, le médecin disparaît mystérieusement.

Bob Rex ne voit alors pas d’autre solution que de faire appel à son « chef », l’inspecteur principal François PESSART, pour l’aider à retrouver Jean Violaine…

L’inspecteur de la Mondaine Bob Rex vient féliciter Jean Violaine, un ami de régiment, pour l’obtention de ses diplômes de médecin. Mais celui-ci, au lieu d’être ravi, est déprimé. Il se retrouve dans la dèche. Jusqu’à présent il vivait sur l’argent que lui donnait sa tante. Mais, depuis qu’il est devenu médecin, elle pense qu’il peut se débrouiller seul. Or, s’installer à un coût qu’il ne peut assumer. De plus, il est amoureux d’une femme de monde à qui il a fait croire à sa fortune et il ne pourra plus faire illusion.

Sur sa demande, Bob Rex lui prête un peu d’argent qu’il pense ne jamais revoir. Pourtant, peu de temps après, il reçoit une invitation de Jean Violaine pour lui rendre visite dans ses nouveaux locaux dans un luxueux bâtiment. Bob Rex n’en revient pas de ce revirement de situation et quand Jean Violaine le rembourse, il ne peut s’empêcher de lui faire avouer la façon dont il a pu se payer tout ça. Le jeune homme lui avoue qu’il est devenu le médecin attitré d’une bande de cambrioleurs en échange de cette installation et d’un confortable revenu.

Quelques jours plus tard, Bob Rex reçoit un appel affolé de Jean Violaine, mais la conversation est brutalement coupée. Quand il se rend chez le médecin, son infirmière et le concierge de l’immeuble l’assurent que le docteur est parti en prévenant qu’il s’absentait quelques semaines.

N’y croyant pas un seul instant, Bob Rex va demander de l’aide à son mentor, l’inspecteur principal François Pessart.

Voilà un exemple frappant qui confirme que si le talent de l’auteur assure un bon texte, le travail de l’éditeur, lui, peut le rendre meilleur encore… ou bien plus mauvais.

La différence devient frappante pour ceux qui auront lu la version « Éditions Modernes » de l’époque et celle de la récente réédition numérique.

Effectivement, je ne cesse de dire que, notamment pour la collection « Les Grands Détectives » les éditions Modernes ont fait travail de sagouin. Alors, je sais qu’à l’époque il fallait travailler vite et pas cher, mais il aurait fallu un minimum respecter le lecteur.

Du coup, ce piètre travail explique peut-être pourquoi les fascicules de cette collection sont devenus pour beaucoup introuvables. Soit les lecteurs de l’époque les auraient jetés de dépits, soit les ventes et donc les tirages auraient été moins importants que pour d’autres collections.

Toujours est-il que si ce laxisme pouvait déjà être préjudiciable à des textes qui, souvent, au mieux, étaient moyens, au pire, pas très bon, il l’est encore plus quand le récit est agréable à lire.

Certes, on n’attend pas de cette collection et de ces histoires de 8 000 mots qu’ils nous offrent des moments de lectures intenses et inoubliables. Ce format ultra court empêche de développer des personnages et encore plus de proposer une intrigue digne de ce nom. Pourtant, « Le médecin des cambrioleurs » bien que s’appuyant sur une intrigue simple, est suffisamment bien construit et intéressant pour procurer un bon moment de lecture… sauf dans sa version originale (à part pour les amateurs de puzzle).

Car, dans la version papier qui doit dater de la fin des années 1930 (les textes ne sont pas datés et l’on possède assez peu d’informations sur la collection, mais la lecture de certains titres permet de dater des récits entre 1937 et 1939), il faut être bien courageux pour replacer les bouts de phrases à leur place afin de bien comprendre le déroulement de l’histoire (et encore, certains bouts tombent dans le néant). Et cela commence dès la première page, les premières lignes.

Effectivement, rien que sur les dix premières lignes, il y a trois bouts de phrases qui ne sont pas à leur place… et le festival continue jusqu’à la fin enchaînant les lettres manquantes, les mots pris pour d’autres, les fautes d’orthographe, de conjugaison, les noms des protagonistes ne conservant pas la même orthographe et qui s’ajout à la petite erreur de concentration et la non-relecture de l’auteur et qui veut qu’au début Bob Rex et Jean Violaine se soient rencontrés au Lycée et, par la suite, au régiment.

Bien dommage, pour les lecteurs de l’époque (car je rappelle que la réédition numérique est purgée de toutes ces erreurs), car le récit, lui, n’est pas désagréable à suivre et s’avère même bien meilleur que beaucoup d’autres de la collection d’origine.

On notera une nouvelle fois que, pour respecter la concision inhérente au format, l’auteur utilise son artifice favori qui consiste proposer le nœud de l’intrigue via une confession, souvent écrite, ici orale, du coupable, afin de permettre de gagner un peu de temps et de place pour ne pas trop dépasser les 8 000 mots de ces fascicules de 32 pages.

Au final, un récit pas désagréable que les lecteurs d’aujourd’hui ont la chance de découvrir purgé des multiples frasques de l’éditeur de l’époque…