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Je poursuis ma découverte des auteurs de récits policiers de langue francophone en plongeant dans la mythique collection « Le Masque » avec un livre anobli par le « Prix du roman d’aventures » en 1974, « Trois cœurs contrés » signé Claude Marais.

À propos de l’auteur, peu de choses à vous apprendre, à part qu’il s’agit d’une femme née en 1930 ayant fait des études de médecine.

En 1968, l’année des premières greffes de cœur en France, elle publie son premier roman, « Le bas blesse ».

L’intrigue de « Trois cœurs contrés » tourne, justement, autour de la greffe du cœur.

Trois cœurs contrés :

— Nous nageons en plein Pirandello ! explosa le commissaire avec une irritation bien cartésienne. On ne peut pas à la fois mourir assassiné et de mort naturelle !


— Justement si, dans le cas présent, affirma le célèbre Professeur Givert, qui aurait dû pratiquer sur le défunt une greffe cardiaque, si celui-ci n’avait pas eu l’idée saugrenue de mourir au moment même où il s’apprêtait à lui sauver la vie.


L’homme que l’on vient d’enterrer en présence de trois cents personnes honorablement connues a-t-il été assassiné ?


C’est ce que tentera d’élucider le commissaire, guidé par le chirurgien à travers les méandres du service de réanimation cardiaque où d’étranges coïncidences ont précédé le décès du malade.

Bernard Larivière, riche industriel, est mort d’une crise cardiaque alors qu’il s’apprêtait à subir une greffe cardiaque devant lui permettre de prolonger sa vie…

Le Professeur Givert, son ami qui devait l’opérer, se tourne vers le commissaire Terrasse, également un proche du défunt, pour lui confier ses doutes sur le décès de Bernard Larivière.

S’il ne remet pas en cause l’aspect naturel du décès, il évoque pourtant l’hypothèse d’un assassinat ! Comment est-ce possible ? C’est la question à laquelle les deux hommes vont tenter de répondre.

Voilà un bien étrange roman que celui-ci.

Étrange parce que roman centré sur un meurtre qui n’en est pas un, mais qui en est un tout de même. Donc, un roman policier, bien qu’ayant obtenu le « Prix du roman d’aventures » alors qu’il n’a rien d’un roman d’aventures.

Étrange, car la question centrale du roman est à la fois innovante, intelligente et très intéressante tant du point de vue suspens, policier et juridique.

Effectivement ! peut-on être reconnu coupable du meurtre d’une personne décédée de cause naturelle ???...

Et, en ce sens, le roman, après, la scène de l’enterrement de Bernard Larivière, démarre de la meilleure des façons avec cette question posée par Givert.

Malheureusement, l’auteur prend le parti d’un retour en arrière pour poser les bases de l’histoire, de son récit et les personnages.

Certes ce passage est primordial pour faire connaissance avec les différents protagonistes, les enquêteurs et les suspects potentiels, ainsi que sur les bases de la greffe cardiaque qui, à l’époque, en était encore à ses balbutiements.

Cependant, en plus de couper la dynamique de la lecture, cette longue scène en « flash back », ce retour en arrière, est, me semble-t-il, un tantinet longuet et manque un peu de rythme.

Heureusement, dès que le chirurgien et le policier reviennent sur le devant de la scène, l’intérêt, repointe son nez également.

On suit alors avec plaisir l’enquête, certes, simple, mais agréable, du commissaire Terrasse, qui consiste principalement à vérifier les alibis des différents suspects : la femme, les beaux enfants et l’associé du défunt.

On se retrouve alors, avec, en plus, la fille naturelle et son fiancé qui est l’adjoint de son père, face à une galerie de personnages hétéroclites qui pourrait passionner bien des psychiatres, d’autant que le beau-fils, en plus de suivre des études en psychiatrie, suit également une psychanalyse. Sa sœur n’est pas en reste ni en manque de contradictions et tous deux passent pour des enfants pourris gâtés par une mère dont seuls sa réputation et son bien être comptent…

Les affres et les turpitudes de cette frange de la famille apportent un brin d’humour à cette enquête qui n’en est peut-être pas une puisqu’en plus de la question du meurtre d’un homme mort, le commissaire ne cesse de douter d’une intervention humaine volontaire dont il n’a, d’ailleurs, aucune preuve. Et ce sont les seuls doutes émis par le chirurgien qui le poussent à poursuivre l’enquête.

On pourra regretter que le sujet abordé et le questionnement de l’enquête soient plus complexes et plus haletants que l’enquête elle-même, et que le véritable coupable soit identifiable avant la révélation finale (du moins, l’avais-je fortement soupçonné bien avant ce moment-là), mais ne boudons pas notre plaisir et songeons qu’à l’époque, le sujet était véritablement d’actualité et bien obscur pour la plupart des lecteurs.

Au final, un bon petit roman au sujet plus intéressant que l’enquête qui tourne autour, mais qui offre tout de même un bon moment de lecture.