CouvJD08

J’ai déjà tant parlé de l’auteur Henry Musnik, né au Chili en 1895 et pilier de la littérature populaire fasciculaire de notre cher pays, de ses multiples pseudonymes (Pierre Olasso, Jean Daye, Pierre Dennys, Gérard Dixe, Florent Manuel, Claude Ascain…) que je vais tenter, pour une fois, de faire court.

L’homme est à la tête d’une immense production de fascicules (et quelques romans) de différents genres littéraires bien qu’à majorité policiers.

Pour écrire tant dans des formats concis (la plupart de ses textes étaient destinés à des collections de fascicules de 32 pages à 64 pages soit entre 9 000 et 18 000 mots) il usa de nombreuses ficelles.

D’abord, pour éviter d’avoir à trop présenter ses personnages, s’appuyer sur des héros de la littérature connus de tous et en proposer des clones. C’est ainsi qu’Arsène Lupin, Fantômas, le détective de roman noir à l’américaine et, même, Jules Maigret, inspirèrent l’auteur.

Pour multiplier les contrats et, donc, les rémunérations, il n’hésitait pas à reprendre certains de ses textes, d’en changer le titre, le nom des personnages, le signer d’un autre pseudonyme, pour le proposer à un autre éditeur…

On le soupçonne même d’avoir proposé des textes issus de traduction non autorisée de séries anglaises ou américaines (je n’ai pas de confirmation de cette assertion).

Toujours est-il que, si dans le monde contraignant du fascicule de 32 pages, Henry Musnik peina à se montrer brillant, il prouva dans des formats plus longs qu’il pouvait être un bon écrivain en proposant des textes très agréables à lire (je pense à la série « Mandragore » par exemple.)

Mais, il faut lui reconnaître qu’il ne se débrouillait, en général, pas si mal dans les fascicules de 64 pages.

C’est en tout cas ce que l’on peut constater à la lecture de certaines de ses séries… séries qui n’en étaient pas officiellement puisque les aventures de ses héros se trouvaient disséminées au sein d’une collection plus généraliste.

Ce n’est donc qu’en épluchant tous ses récits que l’on peut alors repérer les personnages récurrents. Heureusement, l’auteur nous a un peu aidés en conservant, la plupart du temps, un même pseudonyme pour faire vivre un même personnage et, souvent, s’est contenté de les cantonner à une seule et même collection (si l’on excepte les rééditions).

Ainsi, si l’on se penche sur les textes de Claude Ascain dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, à la fin des années 1930, on pourra retrouver plusieurs personnages récurrents de l’auteur, dont Jack Desly, un gentleman cambrioleur qui n’est pas sans rappeler Arsène Lupin.

Jack Desly vécut 25 aventures au sein de la collection « Police et Mystère » dont certaines, mais pas toutes, furent rééditées, au début des années 1950, dans la seconde série de la collection.

Jack Desly, épaulé par son fidèle domestique annamite Nan-Dhuoc, et sans cesse poursuivi par l’inspecteur Arthème Ladon, en plus d’être un voleur au grand cœur d’artichaut, n’hésite jamais à jouer au justicier.

Le personnage est à rapprocher d’autres comme Robert Lacelles ou Mandragore, du même auteur, ou bien encore Théodore Rouma, de Jean d’Auffargis.

J’avais promis de faire court, je m’excuse, passons donc à l’épisode du jour.

LE VISITEUR INVISIBLE

Jack DESLY s’est rapproché, sous l’identité de Robert Lucas, du riche banquier, le baron Trossbaum, afin d’être invité dans sa demeure pour y faire des repérages et lister les objets de valeur.

Trossbaum ne tarde pas à lui confier se sentir observé. Il soupçonne même que l’on a pénétré chez lui, dans la nuit, pour fouiller son bureau.

Inquiet, il supplie presque Robert de l’aider.

Jack DESLY voit là une bonne occasion de se promener dans la maison endormie et de mettre son nez partout.

Une partie de cache-cache va alors s’organiser entre le cambrioleur et le visiteur invisible…

Jack Desly, sous l’identité de Robert Lucas, s’est rapproché du baron Trossbaum, un riche banquier, afin d’être invité chez lui et faire sa liste d’emplettes. Mais le comte, qui s’est pris d’amitié pour le jeune homme, vient à lui avouer qu’il se sent surveillé dans ses aîtres par il ne sait qui. Il lui demande alors de l’aider à savoir qui lui en veut.

Jack Desly voit là l’occasion de visiter les lieux, de nuit, sans éveiller les soupçons et, pourquoi pas, de subtiliser quelques babioles en laissant planer les soupçons sur le « Visiteur Invisible ».

Seulement, alors qu’il vient de s’approprier le contenu du coffre-fort du comte, un mot est glissé sous sa porte, signé le « Visiteur Invisible » lui indiquant qu’il a surpris en train de cambrioler et qu’il se taira si celui-ci s’en va de chez le comte.

Mais Jack Desly ne compte pas s’avouer vaincu aussi facilement.

On retrouve donc Jack Desly, un peu seul, il faut l’avouer, car Nan-Dhuoc, son domestique, n’est pas très présent, quant à l’inspecteur Arthème Ladon, lui, est le grand oublié de l’histoire.

L’auteur nous propose, à la place, un peu de mystère et une chasse au fantôme avec la lutte entre notre Jack Desly et ce Visiteur Invisible qui apparaît et disparaît dans la maison sans que le cambrioleur parvienne à lui mettre la main dessus. Comment fait-il pour entrer et sortir de la maison ? Telle est la question, mais pas la seule, car on peut se demander pourquoi il revient ainsi plusieurs nuits sans rien voler…

Si le récit n’est pas d’une folle originalité (on aura deviné l’identité du Visiteur Invisible bien avant notre héros), il est cependant suffisamment rythmé et plaisant pour qu’on ne s’attarde pas trop sur la simplicité de l’intrigue et qu’on ne s’offusque pas de la propension de ce cher Jack Desly à tomber amoureux de tout ce qui porte un jupon, possède un joli minois et a moins de 25 ans… (il faut dire que, si on a lu les aventures de Théodore Rouma, on est échaudé en la matière).

On pourra regretter, par contre, la sous-utilisation de Nan-Dhuoc et l’absence d’Arthème Ladon (même s’il est cité plusieurs fois) qui sont toujours propices à un peu d’action ou d’humour.

Au final, pas le meilleur ni le plus original épisode de la série, mais, malgré tout, celui-ci offre un bon moment de lecture, ce qui n’est déjà pas si mal.