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Jack Desly fait partie de ces nombreux clones que l’on voit naître après le succès de certains personnages voire acteur (la brucexploitation, par exemple).

Dans le cas présent, on pourrait parler d’une Lupinmania qui perdure encore de nos jours (voir le succès récent de la série avec Omar Sy).

Car la littérature populaire se nourrissant d’elle-même, il est de coutume, depuis tous temps, qu’un personnage à succès engendre des copies plus ou moins pâles.

On a vu ainsi émerger un grand nombre de pseudos Sherlock Holmes (lui-même étant une copie du personnage de Maximillien Heller du français Henry Cauvain), de clones de Fantômas, de Jules Maigret… et, donc, d’Arsène Lupin.

En la matière (de copies), un auteur en fut le spécialiste, immense production oblige, c’est Henry Musnik, un des principaux piliers de la littérature populaire fasciculaire né au Chili en 1895.

Parce qu’il écrivit énormément, donc, rapidement, dans des formats courts, il usa souvent de l’astuce, pour ne pas avoir à prendre du temps à présenter son héros, à s’appuyer sur des personnages déjà dans l’imaginaire des lecteurs.

Ainsi, son Grand Maître, génie du crime aux cent noms et aux mille visages, est un clone de Fantômas…

Mais c’est Arsène Lupin qui l’inspira le plus, puisqu’au moins trois de ses personnages en sont inspirés : Robert Lacelle, Gérard Nattier (alias Mandragore) et… Jack Desly, celui qui nous intéresse aujourd’hui.

Jack Desly, un cambrioleur mondain aventurier, justicier, aidé par son fidèle domestique annamite, Nan-Dhuoc, et en lutte avec l’inspecteur Arthème Ladon (qu’il aide pourtant régulièrement). Il vécut 25 aventures à partir de 1937 sous la forme de fascicules de 64 pages contenant des récits indépendants d’environ 18 000 disséminés au sein de la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi…

Pour rappel, Henry Musnik écrivit un nombre incroyable de fascicules, qu’il signa sous de très nombreux pseudonymes (Claude Ascain, Alain Martial, Pierre Dennys, Florent Manuel, Jean Daye, Gérard Dixe…).

Pour augmenter sa production (et donc, sa rémunération) il n’hésita pas à reprendre certains de ses textes en changeant le nom de ses personnages, le titre et en le signant d’un autre pseudonyme afin de les proposer à un autre éditeur.

LA BANDE DES CHAPEAUX GRIS

Un fort coup de vent emporte le couvre-chef de Jack DESLY.

N’aimant pas aller nu-tête, il entre chez le premier chapelier venu et en ressort avec un feutre gris au ruban noir et blanc d’un goût douteux.

Il ne tarde pas à remarquer que son galure est l’objet des attentions de drôles de personnage dont une vieille vendeuse de tickets de métro.

Jack DESLY observe son manège. Il constate que les individus ornés d’un galurin identique déclament une phrase « sésame » leur donnant droit à un billet différent de celui des autres clients…

Après une rapide enquête, la présence de la maritorne semble corrélée à une série de braquages effectués par les terribles Pilleurs de Vitrines.

Et si cette bande et celle des Chapeaux Gris ne faisaient qu’une ?

Parce que le vent a emporté son chapeau et qu’il n’aime pas se retrouver tête nue, Jack Desly entre chez le premier chapelier venu et achète ce qu’il trouve, un horrible feutre gris orné d’un ruban noir bordé de blanc.

Dans le métro, un homme portant le même galure semble l’inspecter curieusement…

Alors, Jack Desly se souvient qu’à l’entrée du métro, un autre individu portant le même chapeau gris a acheté à une vieille dame, un ticket de métro et, qu’après une sorte de phrase sésame, celle-ci lui a tendu un ticket ne provenant pas du même carnet que ceux qu’elle donnait aux autres voyageurs.

Intrigué par ce manège, Jack Desly revient déguisé à l’entrée du métro espérant revoir la bonne femme, mais celle-ci ne vient plus. Après renseignement, il se rend compte que, chaque fois que la vieille vendait ses tickets, deux jours plus tard, une terrible bande pillait les vitrines d’une bijouterie. Nul doute pour lui, ces tickets devaient contenir un message donnant rendez-vous aux affiliés de la bande pour préparer les braquages…

Tout d’abord, notons que l’auteur remet le personnage dans le contexte de la série en quelques phrases habiles, dès les premières lignes du texte, permettant ainsi aux lecteurs ayant loupé les précédents épisodes (les coquins) de comprendre la rivalité entre Jack Desly et l’inspecteur Ladon.

On retrouve donc Jack Desly dans une nouvelle aventure, aventure qui aurait tout aussi bien pu échoir à un autre personnage de l’auteur, Daniel Marsant, agent du Deuxième Bureau, et pourchassant inlassablement le Grand Maître, le chef d’une bande malfaiteur calqué sur le personnage de Fantômas.

Effectivement, la scène dans laquelle les affiliés prennent les ordres d’un chef mystérieux n’est pas sans rappeler celle de « L’invisible Grand Maître », la première aventure de Daniel Marsant, ni même celle de certains Fantômas ou autres clones.

Mais là où Daniel Marsant se serait intéressé à l’affaire pour arrêter le mal, Jack Desly, lui, voit là une occasion de mettre la main sur les bijoux volés par la terrible bande.

On retrouve alors les mêmes ingrédients que dans les épisodes précédents : de l’action, de l’aventure, une jeune femme en détresse, Nan-Dhuoc, le domestique de Jack Desly qui fera montre une nouvelle fois de sa fidélité et son dévouement à son maître, des méchants bien méchants, un Arthème Ladon, l’inspecteur ennemi du cambrioleur, toujours aux fraises et un Jack Desly qui va gagner à la fin, non sans donner un coup de pouce au policier.

Rien de bien original, certes, mais l’ensemble est suffisamment rythmé, maîtrisé et intéressant pour ne pas le bouder.

Dans tous les cas, ce texte, comme les précédents, démontre le mauvais jugement que je pouvais avoir sur l’auteur à partir de la lecture de ses textes de moins de 10 000 mots.

Effectivement, force est de constater que le format fasciculaire 32 pages ne lui seyait guère et qu’il y manquait un peu d’envergure pour déployer ses ailes et sa plume. Alors que, dès 64 pages, le voilà bien plus à l’aise et, même, parfaitement à l’aise puisqu’il parvient non plus à proposer le minimum syndical comme je pouvais alors l’annoncer, mais à offrir d’excellents moments de lecture dans le monde de la littérature fasciculaire.

Au final, un épisode dans la lignée des précédents et qui propose un très bon moment de lecture.