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S’il est bien un auteur dont je n’ai pas suffisamment parlé, il s’agit de Jean-Toussaint Samat.

Bien sûr, la plupart d’entre vous ne le connaissent pas.

Et pourtant, il a laissé une certaine trace dans la littérature, du fait des prix qu’il a engrangés pour ses ouvrages, mais également parce qu’un prix porte son nom depuis 2003.

Mais il mérite surtout d’être connu pour la qualité de ses romans et pour sa plume.

L’homme, né en 1891, mort en 1944 fut journaliste et bien qu’il ait bourlingué à travers le monde (des expériences qui l’inspirèrent très probablement pour sa carrière d’écrivain) il resta toute sa vie attaché à ses origines provençales et à la région Marseillaise, où il naquit.

La Provence tint une place primordiale dans son cœur, mais également dans ses récits puisqu’il n’est pas rare que ses romans se déroulent sur ces terres chaudes et chantantes.

Il écrivit des romans d’aventures, des romans d’espionnage et des romans policiers, mais n’hésita jamais à mélanger ces trois genres en y ajoutant souvent une petite dose d’humour.

« Le mort à la fenêtre » est un roman policier qui met en scène le commissaire Maurice Levert, un personnage qui apparaît dans plusieurs de ses récits.

Le roman fut tout d’abord publié en 1933 dans la collection « À ne pas lire la nuit » des Éditions de France et réédité en 1946 dans la collection « La Cagoule » des Éditions La Bruyère dans une version à peine retouchée et raccourcie.

LE MORT À LA FENÊTRE

« Monsieur le commissaire, cria le brigadier, il serait bon que vous veniez, car il y a encore un mort chez M. Malroger !... »

C’est par cette apostrophe que le brigadier Reboul bouleversa ma vie et celle de mon ami le commissaire LEVERT, un esprit brillant, amoureux de son métier, mais qu’un manque d’ambition et un refus de solliciter une faveur avaient conduit à prendre poste aux Martigues et à y demeurer malgré le fait qu’il ne s’y passât jamais rien.

Jamais ? Presque ! Puisque depuis quelques décennies, des étrangers, pour de mystérieuses raisons, se suicident, les soirs de pleine lune, sur la terrasse de la ferme de Canteperdrix, où l’ancien propriétaire avait été assassiné au siècle dernier par son petit-fils.

Ce nouveau « mort » allait permettre au commissaire LEVERT et à moi-même de vivre la plus folle et dangereuse des aventures et de connaître, enfin, l’explication de tous ces événements tragiques…

Enfin, Maurice Levert, commissaire aux Martigues, attendait cela depuis longtemps : qu’un mort soit retrouvé sur la terrasse de la ferme de Canteperdrix.

Non pas qu’il ait un esprit morbide, mais, s’il ne s’est jamais plaint d’avoir été muté dans une bourgade aussi tranquille, c’est qu’il avait espoir, un jour de résoudre le mystère des morts de Canteperdix.

Effectivement, depuis quelques décennies, des étrangers ont coutume, depuis que l’ancien propriétaire y a été assassiné par son petit-fils, de venir s’y suicider sans que l’on n’en comprenne la raison.

Mais là, point de suicide, l’étrange Sud-Américain qui y est mort a été frappé par la nature. Embolie, suite à une peur immense, d’après le médecin.

Quand le commissaire Levert, accompagné de son ami Frédéric, un armateur, passé au commissariat par hasard quand le policier reçut la nouvelle, débute son enquête, il se rend compte que le défunt a pris énormément de précautions pour venir mourir sur la terrasse et taire son identité.

Ce comportement, pour le moins étrange, ne fait qu’amplifier le désir de comprendre du commissaire.

Cependant, l’affaire étant classée par la magistrature, du fait que la mort est naturelle, le commissaire Levert décide de poursuivre l’enquête à son compte avec l’aide de son ami…

Oui, oui, oui, on ne vantera jamais assez le talent de Jean-Toussaint Samat (et bien d’autres) qui, en leurs temps, proposèrent d’excellents romans policiers à la fois bien écrits, biens menés et fort exaltants.

C’est le cas, indéniablement, de Jean-Toussaint Samat et l’on comprend volontiers que plusieurs de ses romans aient reçu le Grand Prix du Roman d’Aventures.

J’avais déjà pu remarquer le talent de l’auteur à travers « L’horrible mort de Miss Gildchrist » et ne peux que regretter d’avoir mis autant de temps à revenir vers ses récits.

« Le mort à la fenêtre » est plus qu’un roman policier, plus qu’un roman d’aventures, c’est l’exemple d’autant plus parfait du roman policier d’aventures que l’auteur compartimente un peu ses genres dans son schéma de narration.

En effet le roman est découpé en trois parties.

La première plante le décor et livre aux lecteurs et aux personnages une étrange mort d’un homme riche, heureux, courageux et qui est venu, volontairement, en se cachant, en faisant tout pour éviter son identification, mourir de peur sur la terrasse de la ferme un soir de pleine lune.

Dans cette partie, le commissaire Levert, aidé de son ami Frédéric Moutte, va donc enquêter sur cette première mort (qui est en fait la dernière) et constater toutes les précautions prises par le défunt pour se rendre sur le lieu de son décès.

Mais, comment un homme aussi courageux pendant la guerre, décoré, blessé, aventurier, a pu mourir de peur ? Et pourquoi là où d’autres sont venus se suicider, toujours un soir de pleine lune ? Ces morts ont-elles un rapport avec l’assassinat du vieux Jean Brun qui y fut tué d’un coup de fusil par son petit-fils, également un soir de pleine lune ?

C’est dans la seconde partie du roman que le commissaire et son ami vont tenter de tisser des liens entre les différentes victimes. Chacun de son côté se déplace à l’étranger pour en apprendre plus sur chacune d’elles.

Puis vient la troisième partie, celle consacrée à l’aventure pure et qui, en même temps, permettra au duo de découvrir la réponse à leurs questions.

Le moins que l’on puisse dire est que les trois parties sont maîtrisées et que chacune apporte sa pierre à l’édifice.

L’auteur parvient à tenir en haleine son lecteur du début à la fin et si l’on devine un peu plus vite que les enquêteurs le lien entre les victimes et que l’on comprend aussi l’origine des suicides, avant qu’elle ne soit énoncée par le commissaire, il n’en demeure pas moins que l’ensemble est exaltant à suivre.

Exaltant malgré une intrigue plus simple qu’elle n’y paraît.

Exaltant, car l’auteur nous propose en plus de cette intrigue, de l’aventure et de l’exotisme avec des voyages à l’étranger, notamment dans des pays qu’il connaît bien pour y avoir été chargé de mission.

Exaltant, enfin, parce Jean-Toussaint Samat maîtrise parfaitement son récit auquel il insuffle un supplément d’âme difficile à définir et à saisir.

Jean-Toussaint Samat, en maître queux expérimenté, mélange savamment tous les ingrédients des récits policiers et d’aventures de l’époque, de l’intrigue, du mystère, de l’action, de l’aventure, un soupçon de fantastique, de l’exotisme, de l’humour, du romantisme… pour proposer un roman de qualité.

Au final, un excellent roman policier d’aventures qui se dévore sans modération…