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Je poursuis, un peu dans le désordre, ma découverte des enquêtes du commissaire Mazère de Maurice Lambert.

L’inspecteur Mazère, devenu par la suite commissaire, est un personnage né de l’imagination de Géo Duvic, un écrivain chansonnier, passioné de pêche né en 1900 et qui écrivit principalement des récits policiers.

Pour découvrir les enquêtes du commissaire Mazère, il fallait éplucher la production de l’auteur, car elles étaient réparties dans plusieurs collections chez plusieurs éditeurs (« Police-Express » des éditions A.B.C ou « Collection Rouge » des éditions Janicot, par exemple).

Mais l’auteur développa d’autres personnages récurrents comme le commissaire Machard ou A.B.C. Mine.

La plupart de ces aventures parurent sous la forme de fascicules de 32 pages à partir de 1942 contenant des textes allant de 7 500 à 15 000 mots.

« Série de trois » est initialement paru en 1944 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot, sous la forme d’un fascicule 32 pages, double colonne contenant un récit d’environ 15 000 mots.

SÉRIE DE TROIS

Le commissaire MAZÈRE est en congé dans un petit port breton en compagnie de son épouse.

Son « escapade » est rapidement interrompue par la police locale qui le convie à donner son avis sur une mort naturelle suspecte.

M. Le Gall est décédé d’une crise cardiaque dans son lit. Il était malade du cœur.

Mais des traces de pas derrière de grands rideaux laissent penser qu’un individu s’est tenu caché là et a probablement effrayé sa victime en surgissant brusquement et en criant.

Le défunt était membre de l’équipe des Célibataires, six hommes en vue de la région qui passent leurs soirées à jouer aux cartes et à faire la nouba.

Les chanceux viennent de remporter 500 000 francs à la Loterie Portugaise, ce qui leur vaut, depuis, de recevoir régulièrement des lettres anonymes leur prédisant des malheurs s’ils n’abandonnent pas leur prix.

Le ticket a été placé chez un notaire en même temps qu’un contrat stipulant qu’en cas de décès d’un des gagnants, les autres se partageraient sa part.

Les survivants ayant tous un alibi, MAZÈRE va devoir découvrir l’identité du corbeau…

Le commissaire Mazère, dépêché dans un petit port breton, vient de mettre un terme à un trafic international de drogue, via un cargo norvégien. Il en profite alors pour prendre des vacances bien méritées et fait venir sa femme Angèle afin de passer quelques jours sur la côte en sa douce compagnie.

Mais, Mazère est rapidement appelé par un confrère local pour donner son avis sur une mort suspecte. Certes, le défunt est mort d’une crise cardiaque, mais des traces de pas chez lui, alors qu’il était seul, laissent dubitatif.

Mazère constate qu’effectivement, l’arrêt du cœur a été provoqué par une tierce personne cachée dans la maison et qui a provoqué la terreur de celui que tout le monde savait être cardiaque.

La victime venait, en compagnie d’autres amis, faisant partie de ce que les gens du village appellent « Le club des célibataires » un groupe d’hommes aisés courant la gueuse et aimant le farniente, de gagner à une loterie portugaise.

Ceux-ci ont d’ailleurs tous reçu des lettres anonymes leur prévoyant le malheur à cause de ce gain à un jeu de hasard…

Mazère ne doute alors pas que l’assassin est à chercher parmi les survivants… ce qui lui est confirmé quand un second membre du groupe est retrouvé mort à son tour…

Me voici donc face à ma troisième enquête du personnage. Je l’ai découvert commissaire, puis retrouvé inspecteur (je lis dans le désordre en fonction des titres que j’arrive à trouver) et je le retrouve à nouveau commissaire.

Mais cet épisode, plus long que les précédents (15 000 mots au lieu de 7 500 pour le 1er et presque 10 000 pour le second) me permet d’en savoir un peu plus sur le policier.

Déjà, j’apprends qu’il est marié avec la jeune et douce Angèle.

Ensuite, et surtout, je connais désormais son prénom (qui n’était pas cité dans les deux précédents titres que j’avais lus) : Julien.

En ce qui concerne l’histoire, celle-ci m’a un peu fait penser à « Le chien jaune » de Georges Simenon, une enquête du commissaire Maigret, pour cette histoire d’un groupe d’hommes honorables ayant l’habitude pour se réunir au bistrot pour jouer aux cartes et dont les membres sont assassinés tour à tour. Si les deux affaires se déroulent sur la côte bretonne, l’ambiance du titre du jour est bien plus légère.

Cependant on y retrouve un peu une atmosphère simenonienne, notamment celle du « Fou de Bergerac », une enquête à laquelle prend part madame Maigret après que son mari ait été blessé et se retrouve alité.

Ici, Mazère tient bien sur ses deux jambes, et mène bien son enquête lui-même, mais les propos de sa femme le guident pour le mener vers la solution du problème.

Pour ce qui est de la deuxième partie de l’histoire, on y retrouve un peu de « L’assassin habite au 21 » de Stanislas-André Steeman, dont l’adaptation est sortie au cinéma deux ans auparavant.

Là aussi, l’ambiance n’est pas la même, mais on sent tout de même l’inspiration.

Par contre, sur cet épisode, on constate que l’auteur semble moins à l’aise que sur le format plus court des précédents. La maîtrise de l’histoire et du format est toujours là, mais l’auteur peine à profiter de l’espace supplémentaire pour offrir plus aux lecteurs. J’irais presque jusqu’à dire que, bien qu’il ait eu plus de latitude, son récit propose moins de choses que les deux précédents que j’ai lu.

Alors, certes, l’intrigue ne peut guère être plus exaltante du fait que le format est tout de même court. De ce point de vue, l’auteur met en place un roman policier en condensé et de bonne manière.

On y retrouve également une pointe d’humour et de légèreté. Mais c’est dans le reste que l’ensemble pèche un peu. Dans le style qui, sans être indigent ni indigeste, est dénué de ce petit grain de sel supplémentaire qui faisait que les deux précédents titres flirtaient avec l’excellence.

Ici, il se contente juste d’être bon, ce qui est déjà très bien, mieux que la plupart des fascicules de bon nombre d’auteurs. Mais c’est tout de même un peu décevant en ce qu’on pouvait penser qu’avec un peu plus d’espace, l’auteur parviendrait encore à hausser son niveau.

Tant pis.

Au final, un bon petit récit policier un peu décevant, car l’auteur avait placé la barre très haut avec les deux précédents titres que j’avais lu de lui…