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Et je continue ma découverte des enquêtes de l’inspecteur Machard, un personnage récurrent de l’auteur Maurice Lambert.

Sur le premier, je puis vous indiquer que ses enquêtes parurent au début des années 1940, principalement dans les collections « Police-Express » des éditions A.B.C. et la « Collection Rouge » des éditions Janicot, sous la forme de fascicules de 32 pages contenant des récits d’environ 10 000 à 15 000 mots.

Pour le second, il faut bien dire que je ne sais pas grand-chose : auteur, chansonnier et journaliste spécialiste de la pêche, né en 1900 et mort en 1968. Son vrai nom était Georges Duvic et un de ses pseudonymes, Géo Duvic.

Ce bon Monsieur Beau est paru dans la « Collection Rouge » vers 1942-1943, sous la forme d’un fascicule de 32 pages, double-colonne contenant un récit de pas tout à fait 11 000 mots.

CE BON MONSIEUR BEAU

L’inspecteur MACHARD a prévu de passer ses vacances auprès de son cousin, mais il se trompe de train et atterrit dans le village de Saint-Vincent-sur-Cher.

Dans l’attente du bus du lendemain, il s’installe à l’Hôtel du Marché. Alors qu’il se trouve à la terrasse de l’établissement pour se désaltérer, il fait la connaissance d’un austère personnage, le vénérable Monsieur Beau, un petit vieillard vêtu de noir et portant de lunettes aux verres fumés.

Président de la Ligue Antialcoolique, luttant contre les spectacles et les bals, l’homme est respecté par tous même s’il ne s’attire pas la sympathie d’une jeunesse avide d’amusements.

Dans l’après-midi, alors que MACHARD se prélasse, allongé derrière une haie, il surprend une conversation entre Monsieur Beau et un sinistre individu qui lui réclame de l’argent pour se taire.

Ainsi, ce « bon Monsieur Beau », comme l’appellent les villageois, aurait un secret inavouable et quelqu’un le menacerait de le révéler ?

Poussé par une curiosité tant professionnelle que personnelle, MACHARD décide de retarder son départ pour connaître le fin mot de l’histoire…

L’inspecteur Machard se trompe de train. Pensant prendre un vieux train pour aller rejoindre son cousin pour les vacances, il s’est retrouvé dans un tortillard dont le terminus est le petit village de Saint-Vincent-sur-Cher.

Sur place, le bus de 17 heures étant bondé, il décide d’attendre celui du lendemain.

Installé à la terrasse de l’hôtel où il s’est installé, il s’intéresse à un étrange personnage que tout le monde semble respecter au village : un vieillard austère, vêtu de noir, portant des lunettes noires et dont la vie semble aussi morne que sa vêture. Il se nomme monsieur Beau, « ce bon Monsieur Beau » comme disent les villageois. Président de la Ligue Antialcoolique et d’autres associations luttant pour la sauvegarde de la vertu de la jeunesse… L’homme est riche et généreux.

Pourtant, dans l’après-midi, alors qu’il se prélasse derrière la haie d’un champ, il surprend le fameux monsieur Beau en train de subir un chantage sans apprendre sur quoi porte le fameux chantage. Alors, il devient clair que ce bon monsieur Beau cache quelque chose et que les gens souvent les plus austères en apparences s’avèrent les plus vicieux.

L’inspecteur Machard décide de retarder son départ pour apprendre le secret de ce bon monsieur Beau…

On retrouve donc l’inspecteur Machard en vacances, du moins en départ pour ses vacances et que le hasard va mener droit sur une étrange affaire. Affaire d’autant plus étrange qu’il n’y a pas de plaignant et que le policier va enquêter pour son compte dans l’unique but de satisfaire sa curiosité.

Maurice Lambert ne change pas ses habitudes en démontrant une nouvelle fois qu’il maîtrise parfaitement le genre fasciculaire, genre pourtant très contraignant du fait de la concision qu’il impose.

Souvent, les auteurs, dans ce format, ne parviennent pas à rendre une copie parfaite et les textes manquent bien souvent de fluidité, laissant penser qu’ils ont subi des coupes drastiques, soit par des sauts du coq à l’âne, soit du fait qu’on a toujours l’impression qu’il manque quelque chose à l’ensemble.

Ce n’est pas le cas, jusqu’à présent, avec Maurice Lambert qui parvient, à chaque fois, à proposer un condensé de roman policier avec tous les passages obligés du genre de l’époque.

Certes, les personnages ne sont qu’esquissés, mais suffisamment pour mettre en lumière ceux qui le méritent. Évidemment, les intrigues sont simples, mais elles comportent toutes les phases d’une intrigue policière, pistes nombreuses, suspects multiples, rebondissements, fausses pistes, résolution.

Si l’on ajoute à cela que l’auteur prend souvent le temps, là où il n’en a guère, de proposer un peu de poésie, de descriptions savoureuses et d’humour, alors on obtient le cocktail parfait pour un fascicule de 32 pages.

Et cela ne manque pas dans celui-ci.

Alors, si l’on veut être pointilleux, on pourra arguer que l’on devine plus rapidement que le héros le secret de monsieur Beau, que celui-ci, d’ailleurs, n’est pas très original et a été moult fois utilisé dans les récits policiers de tout temps (surtout de l’époque).

Oui, on peut. Mais, l’auteur a le bon goût de mener son affaire avec une belle qualité de plume, en parvenant à imposer une certaine ambiance en quelques mots. De plus, est-il nécessaire de préciser que cette littérature fasciculaire imposait, aux auteurs, une production imposante, une rédaction, rapide qui empêchait, bien souvent, les auteurs de se relire, d’où, parfois, quelques incohérences dans le récit (ici, dans le texte original, une inversion de couleur d’yeux) et qu’il ne faut pas avoir la même exigence entre un récit écrit en quelques heures et un roman rédigé sur un an ; entre un récit non relu et un roman aux multiples bêta lecteurs ; entre un récit sur lequel l’éditeur ne se penche guère et un roman subissant un réel et long travail d’édition ???

Et, pourtant, malgré tout cela, Maurice Lambert nous propose un vrai bon récit policier avec tout ce qu’il faut à l’intérieur.

Au final, Maurice Lambert démontre, de titre en titre, qu’il maîtrisait parfaitement le format fasciculaire policier et qu’il y excellait.