CouvMDLO

Quand vous découvrez une nouvelle série, télévisée ou même littéraire, si vous l’appréciez, il vous est facile de retrouver vos personnages favoris à travers les autres épisodes. Les séries sont estampillées au titre de ladite série et de simples recherches sur Internet (et ne me dites pas que vous n’avez pas Internet, sinon vous ne seriez pas en train de lire cette chronique !) vous permettent de connaître les titres de chaque épisode, l’ordre des épisodes…

Mais il n’en a pas toujours été de même, notamment pour les séries littéraires, du moins, pour celles, non avérées qui pullulent dans la littérature fasciculaire.

Certes, même dans cette paralittérature, pour retrouver certains de vos héros de papier, il vous suffit de vous fier aux en-têtes des ouvrages sur lesquelles est inscrit le nom du personnage central. Ainsi, pour les aventures de Nick Carter, le détective américain, il suffit de trouver les fascicules sur lesquels est inscrit « Nick Carter ». Il en est de même pour d’autres.

Avec de la chance, chaque épisode sera numéroté, ou bien, sur la 4e de couverture, vous retrouverez une liste de titre.

Mais la littérature fasciculaire compte un nombre incalculable de héros récurrents dont les aventures furent disséminées au sein de collections généralistes, au milieu de titres d’autres auteurs, sans qu’aucun indice immédiat vous indique la présence du personnage que vous chérissez.

Reste alors à parcourir tous les textes de l’auteur pour découvrir ceux dans lesquels votre héros préféré est présent.

Mais là encore, cette méthode n’est pas gage de réussite, et ce pour plusieurs raisons.

La première est que ces fascicules, pour certains, sont devenus quasi introuvables.

La seconde est que ces fascicules, parfois, sont répartis dans plusieurs collections différentes et chez plus d’un éditeur (oui, les auteurs de fascicules, par facilité, par besoin de rapidité, aiment à faire revivre les mêmes personnages).

La troisième est que des auteurs ont utilisé un même personnage sous plusieurs pseudonymes. Dans ce cas, il faut, pour parcourir toute la production de l’auteur, identifier d’abord tous ses pseudonymes, ce qui est loin d’être évident, car, souvent, un pseudonyme est repéré quand un lecteur constate l’utilisation d’un même personnage chez deux auteurs différents (et encore, on n’a pas forcément la certitude que deux auteurs distincts ne se partageaient pas un même personnage, c’est déjà arrivé).

Bref, tout cela pour dire qu’il n’est pas toujours aisé de suivre toutes les aventures d’un héros de la littérature populaire fasciculaire.

J’en veux pour exemple (même si la recherche n’est pas la plus complexe au monde) du commissaire Mazère né de la plume de Maurice Lambert, alias Géo Duvic, un auteur, chansonnier, passionné de pêche né en 1900 et probablement mort en 1968 (ce sont les seuls renseignements que je possède sur l’auteur).

Le commissaire Mazère est apparu au début des années 1940 et on le retrouve dans plusieurs collections et chez plusieurs éditeurs (« Police-Express » des éditions A.B.C. ; « Collection Rouge » chez Janicot ; « Énigma » chez Nicéa… et probablement d’autres).

Aussi est-il difficile d’établir une liste exhaustive des titres le mettant en scène (j’en ai dénombré pour l’instant sept et je continue mes recherches).

« Meurtre dans l’ombre » est une des enquêtes de Mazère. Elle est parue en 1944 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot sous la forme d’un fascicule de 32 pages, double colonne contenant un récit indépendant d’un peu plus de 13 000 mots.

MEURTRE DANS L’OMBRE

Angélique Tavernier, une riche quinquagénaire volage, est assassinée d’une balle dans la tête durant la nuit.

Le commissaire MAZÈRE, chargé de l’affaire, ne tarde pas à placer ses soupçons sur le Beau Gaston, le dernier gigolo en date ayant partagé le lit de la défunte.

Pourtant, difficile de croire le type capable d’un crime passionnel, les bijoux et l’argent n’ont pas été volés.

Mais un étrange petit personnage falot entre en jeu et vient apporter des éléments qui vont mettre MAZÈRE sur la piste de plusieurs autres suspects…

Mme Tavernier a été assassinée, mais rien n’a été volé chez elle. Le crime pourrait revêtir un aspect passionnel, mais la vieille femme n’avait affaire qu’à des gigolos. Le dernier en date est tout de même suspecté par le commissaire Mazère, chargé de l’enquête. Pourtant, difficile à croire au meurtre par jalousie ou par vengeance. Comme le vol n’est pas le mobile…

Autant dire que le commissaire Mazère patine un peu dans la semoule d’autant que ses supérieurs exigent une arrestation la plus rapide possible.

Heureusement, un petit clerc de notaire va donner un coup de main à Mazère et lui apporter des indices le guidant vers d’autres suspects. Mais trop de suspects n’arrangent pas non plus les affaires de Mazère…

On retrouve donc notre petit commissaire. Je dis « petit » alors qu’on ne sait pas grand-chose sur la physionomie de celui-ci. À peine est-il dit, dans un épisode, par lui-même, qu’il n’a pas le physique d’un jeune premier. Et dans un autre, qu’il a une vingtaine d’années de plus qu’une suspecte de vingt ans.

On retrouve donc notre commissaire ! Oui, la concision des fascicules fait que les personnages, notamment le héros, restent toujours dans un certain flou propice à toutes les imaginations.

Une nouvelle fois, Maurice Lambert démontre sa maîtrise du format et du genre. À chaque lecture, j’ai un peu plus l’impression que l’auteur était un coutumier des choses de la police. Non pas que les récits puissent rivaliser, en matière d’ambiance, avec les romans écrits de nos jours par de vrais policiers comme Olivier Norek et consort, mais on sent un peu plus de « réalisme » dans certains propos que dans les autres fascicules du genre.

Toujours est-il que, question format (le fascicule de 32 pages) et genre (tous les passages obligés d’une enquête de l’époque), l’auteur navigue dans des sphères rarement atteintes.

C’est bien simple, jamais on ne ressent la concision du texte durant la lecture. Pas une seule fois je n’ai eu l’impression que le texte avait été coupé de ci de là comme il arrive chez certains auteurs pour entrer dans les clous du format.

De plus, je n’ai pas encore eu cette sensation de manque comme il arrivait, par exemple, dans les « Marius Pégomas » de Pierre Yrondy, que l’auteur, à défaut d’avoir l’espace pour développer son intrigue, en taisait une partie (notamment la façon dont son détective résolvait ses affaires).

Ici, comme dans les autres épisodes, que nenni. Tout y est ! Rien ne manque ! C’est bien simple, comme j’ai maintenant coutume de le dire, j’ai l’impression de lire un roman policier à peine condensé.

Alors, oui, bien sûr, il faut remettre tout ce dithyrambe dans son contexte, c’est-à-dire, celui du fascicule de 32 pages. Du coup, il faut prendre conscience que l’intrigue ne peut qu’être simple. Souvent (qui a dit « tout le temps ! » ?) celle-ci repose sur le hasard ou la coïncidence (c’est le cas ici). Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les auteurs de l’époque ont coutume de dire que « Le hasard est le meilleur adjoint du policier », car ils ne peuvent clairement affirmer que « Le hasard est le meilleur artifice de l’auteur de récits policiers ».

À cela on peut rajouter (je l’ai déjà évoqué) la simple esquisse des personnages et, également, le fait que les criminels avouent rapidement.

Mais tout cela est inhérent au format. En 10 000 à 15 000 mots, impossible de faire mieux. Et comme à l’impossible nul n’est tenu…

Aussi, si on accepte (et on doit accepter) ces travers quand on se penche sur un fascicule de 32 pages force est de reconnaître que Maurice Lambert livre alors une prestation sans faille et propose, à chaque fois, des récits qui flirtent avec les sommets sans jamais se contenter du minimum syndical contrairement à certains de ses confrères.

Car, en plus d’une intrigue correcte, des différentes pistes, des différents suspects, du rebondissement final, à chaque fois, Maurice Lambert propose, en plus, une belle plume, un peu de légèreté, de l’humour, une pointe de poésie et une certaine ambiance qui, parfois, plus étoffée, ne serait pas si éloignée de celles Maigret de Georges Simenon.

Car on sent que Maurice Lambert se penche un peu plus que la plupart de ses confrères sur ses personnages, ses héros, certes, mais également les autres. Qu’il y a toujours une certaine étude de mœurs, certes, très légère, du fait du peu d’espace, mais irrémédiablement présente, dans chacun de ses récits, à l’image de ceux mettant en scène le célèbre commissaire à la pipe (Mazère préfère rouler ses cigarettes au petit gris).

Et, quand on ajoute tous ces éléments, on ne peut qu’affirmer que les textes de Maurice Lambert destinés aux collections fasciculaires confèrent à l’excellence, du moins, jusqu’ici, et ce n’est pas le titre du jour qui me contredira.

Au final, que dire de plus que j’aime beaucoup les récits policiers de Maurice Lambert qui était au sommet de son art, du genre et, surtout, du format fasciculaire.