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Depuis quelques jours, j’alterne entre la lecture des enquêtes du commissaire Mazère et celles de l’inspecteur Machard, deux personnages récurrents de l’auteur Maurice Lambert, en attendant de découvrir celles d’un troisième héros lambertien : l’énigmatique A.B.C. Mine.

Il faut bien l’avouer, Mazère et Machard sont des personnages très proches, même si le premier est généralement commissaire (on le découvre inspecteur au début) alors que le second est inspecteur.

D’ailleurs, les enquêtes des deux policiers furent publiées à la même époque et disséminées dans les mêmes collections de fascicules de 32 pages : « Police-Express » des éditions A.B.C. ; « Collection Rouge » des éditions Janicot et quelques titres chez l’éditeur Nicéa, notamment dans la collection « Énigma », entre 1942 et 1946…

En ce qui concerne Maurice Lambert, de son vrai nom Georges O. Duvic, alias Géo Duvic, excepté qu’il est né en 1900, mort en 1968, qu’il fut chansonnier et passionné de pêche… c’est le calme plat sur les renseignements à son sujet. Mais cela m’importe peu puisque chez les auteurs, seuls leurs textes m’intéressent.

« La vieille dame du jeudi » est paru en 1944 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot sous la forme d’un fascicule de 32 pages, double colonne contenant un récit d’environ 12 000 mots.

LA VIEILLE DAME DU JEUDI :

La Pension Sapiens est une maison n’accueillant que des personnes sérieuses et vénérables à l’image de M. Lebrun, procureur à la retraite, M. Lebret, un gâteux de 87 ans, Mlle Delpaize, une vieille bique, Mlle Doniot, bossue, bancale, affublée d’un remarquable strabisme, Julie, la cuisinière, Anna, la femme de chambre et Mlle Angélique, la Directrice de l’établissement. De temps en temps, pas plus d’une fois par semaine, un voyageur se présente, envoyé par les petites annonces d’un quelconque bulletin paroissial. C’est évidemment « un monsieur très comme il faut » : ecclésiastique ou représentant d’articles de piété.

Depuis quelques mois, la morne vie des locataires est égayée, le jeudi, par la présence de Mme Lebel, une honorable sexagénaire venant rendre visite à son petit-fils.

Pourtant, aujourd’hui, Mme Lebel n’est pas source de sourire et de bonne humeur, mais d’inquiétude et d’ennui, elle est morte poignardée durant la nuit.

Personne n’ayant pu pénétrer dans la demeure jusqu’au matin, l’inspecteur MACHARD, chargé de l’enquête, a un choix limité de suspect. Lequel d’entre eux a tué la vieille dame du jeudi ?...

Un meurtre dans une pension de famille ! Durant la nuit, Mme Lebel, que les pensionnaires surnomment « la vieille dame du jeudi » du fait qu’elle ne loge que le jeudi, quand elle vient voir son petit-fils en ville, a été poignardée.

L’inspecteur Machar, chargé de l’enquête, est persuadé que l’assassin est à compter parmi les gens logeant sous le même toit que la défunte, soit les autres locataires, la directrice, la femme de chambre et la cuisinière étant rapidement écartées de la liste des suspects.

Mais les pensionnaires sont tous des gens respectables et âgés… Et puis quel peut être le mobile du crime puisque rien n’a été volé dans la chambre de la victime…

Ce qui est bien, du moins rassurant, chez Maurice Lambert, c’est qu’il ne varie pas, qu’il est fidèle à lui-même, du moins dans le format des fascicules policiers de 32 pages mettant en scène le commissaire Mazère et l’inspecteur Machard.

C’est rassurant, car l’auteur propose toujours un bon texte, exploitant au maximum les possibilités d’un format fasciculaire pourtant contraignant sans jamais laisser paraître de la difficulté de parvenir à chaque fois à une telle excellence.

Il faut donc le dire tout de suite, la plupart du temps, les seuls reproches que l’on pourra faire à ses récits, ce sont ceux inhérents au format : une intrigue simple, une résolution ou des aveux rapides, des personnages peu développés.

Et ce sont effectivement les seuls défauts du texte du jour, comme des précédents. Car, pour le reste, rien à dire, un sans faute.

Un sans faute qui pourrait paraître évident, mais qui ne l’est pas comme ont pu le démontrer tous les auteurs qui se sont cassé les dents sur le format fasciculaire 32 pages… et ils sont nombreux.

Car, souvent, au mieux, on a le droit à des textes qui se lisent sans déplaisir (n’est-ce pas Henry Musnik), mais qui n’atteignent jamais l’excellence.

Parfois, rarement, un auteur parvient à proposer un petit plus, un peu d’humour, un certain style, comme le fit René Byzance avec « Les enquêtes du Professeur ».

D’autre fois, pour éviter que se ressente un manque d’investigation dans le texte, l’auteur se dirige plus vers du récit policier d’action.

Rares ont été ceux parvenant à faire du vrai récit policier, avec un réel style, sans jamais donner l’impression d’un sacrifice dans le texte ou l’histoire pour entrer dans les cordes du format fasciculaire 32 pages.

D’ailleurs, jusqu’à présent, je n’aurais pu citer que Charles Richebourg et les enquêtes de son « Commissaire Odilon Quentin » (et dans une moindre mesure, celle de l’inspecteur Lémoz de René Thomas, alias Louis Thomas Cervoni).

Mais heureusement, j’ai fait la connaissance de la plume de Maurice Lambert qui me permet de rajouter un nom à cette courte liste d’excellence.

C’est démontré une nouvelle fois ici où, à travers une intrigue simple : un meurtre, une courte liste de suspects, l’auteur développe un texte plaisant à lire, car il intègre tous les passages obligés d’une enquête : travail du juge, du parquet, de l’Identité Judiciaire, du médecin légiste, interrogatoires, perquisition, multiples suspects, fausses pistes, mobiles différents, rebondissement, surprise, aveux…

Certes, dans ce cas-ci, l’identité du coupable est assez facile à trouver d’autant que, comme souvent, l’auteur nous laisse un bel indice dès le début.

Oui, le coupable avoue rapidement… trop rapidement, mais on doit lui reconnaître qu’il ne lui restait que quelques lignes pour cela et que, de toute façon, de longs interrogatoires ne rendent pas bien en littérature.

Mais, on appréciera l’humour de l’auteur, la galerie de personnages hétéroclites qu’il décrit, chacun, savoureusement en quelques mots, et la maîtrise de la narration et du format si difficile à acquérir.

Et tant qu’à parler des personnages et pour contredire un peu mes propos liminaires, l’auteur nous apprend un peu plus sur son inspecteur Machard : qu’il est marié (comme le commissaire), qu’il a 40 ans (comme le commissaire) qu’il est grand et bien bâti (pas comme le commissaire). On avait déjà appris dans une enquête précédente qu’il se prénommait Paul.

Au final, ce serait lassant de dire que les textes de Maurice Lambert se suivent et se ressemblent, mais comme ils se ressemblent dans l’excellence, j’en redemande encore et encore…