CouvLTEN

Maurice Lambert est un écrivain que vous devriez connaître désormais si vous suivez un peu mes chroniques puisque voilà plusieurs jours que je vous en parle et que je commente les textes que je lis de lui.

Pour les retardataires, un bref résumé :

Maurice Lambert, alias Géo Duvic, est un écrivain, chansonnier et journaliste spécialisé dans le monde de la pêche, né en 1900 et mort en 1968.

Il écrivit de nombreux fascicules, notamment policiers et quelques romans.

Ces derniers temps, je m’intéresse à deux de ses personnages récurrents, le commissaire Mazère et l’inspecteur Machard dont on retrouve les enquêtes disséminées au sein de plusieurs collections chez divers éditeurs (« Police Express » des éditions A.B.C. ; « Collection Rouge » chez Janicot ; « Énigma » chez Nicéa…) entre 1942 et 1946 sous la forme de fascicules de 32 pages, double ou simple colonne en fonction de la collection.

« Treize éléphants noirs » est un fascicule de 32 pages, double colonne contenant un récit indépendant de presque 13 000 mots, paru dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot en 1944. Il met en scène l’inspecteur Paul Machard.

Treize éléphants noirs :

Existe-t-il un « fou aux éléphants » qui écume la ville comme le clament les journalistes après l’agression de quatre personnes pour leur arracher une tirelire en forme de pachyderme noir achetée au Nouveau Bazar ?

Sans doute, se dit le patron de ladite boutique en constatant le lendemain matin que son échoppe a été cambriolée durant la nuit pour lui voler huit autres bibelots similaires !

Assurément, pensent les policiers chargés d’élucider le meurtre de l’antiquaire Joumard, dont on a défoncé le crâne pour lui subtiliser la 13e breloque du lot.

Mais l’inspecteur MACHARD à qui l’affaire échoit est du genre à réfléchir différemment.

Pour lui, il n’y a point de détraqué, cependant, il est certain qu’il se cache un grand mystère derrière cette histoire des « treize éléphants noirs »…

Quand une petite vieille vient se plaindre au commissariat qu’on l’a agressée dans la rue pour lui voler une tirelire en forme d’éléphant qu’elle venait d’acheter, les policiers ne sont pas loin de penser que la dame a été victime d’un gamin fougueux malgré qu’elle ait décrit un homme grand et distingué.

Mais quand, peu de temps plus tard, une autre personne débarque pour porter plainte pour le vol d’une tirelire en forme d’éléphant dans les mêmes conditions, voilà qui leur semble étrange.

Surtout que deux autres agressions pour les mêmes raisons ne vont pas tarder à avoir lieu.

Bientôt, c’est le bazar vendant l’article qui est cambriolé dans la nuit pour dérober huit éléphants noirs.

L’inspecteur Machard, lui, a bien d’autres chats à fouetter puisqu’il est chargé du meurtre horrible d’un antiquaire à qui on a défoncé le crâne pour lui voler… une tirelire en forme d’éléphants noirs.

4 + 8 + 1 = 13 ! Décidément, ce chiffre porte malheur… surtout à l’antiquaire décédé…

Depuis le début de ma découverte des récits signés Maurice Lambert, que ce soit les enquêtes du commissaire Mazère ou celles de l’inspecteur Machard, je suis dithyrambique, tant sur la maîtrise du format, de la narration que du style de l’auteur.

Rarement, très rarement, un auteur est parvenu à tirer autant d’un format aussi contraignant que le fascicule de 32 pages, un format court dans lequel l’auteur ne peut se permettre de tergiverser tout en proposant tous les éléments qu’un lecteur est en droit d’attendre d’un texte policier.

Jusqu’ici, c’était mission réussie haut la main par Maurice Lambert qui était parvenu à exceller à chaque fois en proposant un roman policier en condensé avec tous les passages obligés sans jamais donner l’impression d’un manque ou d’une certaine élision tout en développant des intrigues correctes et bien menées.

Mais, puisqu’il faut toujours une exception à la règle, j’élèverai le titre du jour au rang d’exception !

Effectivement, Maurice Lambert ne parvient pas à l’excellence, ici, il se contente juste d’être bon, ce qui est déjà pas mal.

La faute est à mettre sur le compte de l’intrigue qui repose un peu trop sur les coïncidences et un certain manque de crédibilité.

Les coïncidences, certes, ce format ne peut s’en passer. Elles permettent aux auteurs sans dilapider leur capital mots de fournir un mystère, de fausses pistes, de multiples suspects. Mais point trop n’en faut. Ici, c’est un petit peu trop. Bien moins que chez certains auteurs, mais bien plus que l’auteur nous avait habitués jusqu’ici.

Si on ajoute à cela des comportements un peu incohérents de certains personnages, cela fait forcément passer le récit d’excellent à bon, car, pour le reste, rien à reprocher.

Car, effectivement, l’histoire est empreinte de mystère, les suspects sont nombreux, les fausses pistes également, un peu de rebondissements, d’humour, et hop, le tour est joué.

Machard est certes un peu pâlot dans cette enquête, mais on ne va pas chipoter pour cela.

Je vous rassure, ma légère déception (légère) est due uniquement au fait que Maurice Lambert m’avait jusque-là habitué à une quasi-perfection dans ce genre et ce format. Mais je dois bien avouer que « Treize éléphants noirs » s’avère tout de même bien meilleur que la grande majorité des fascicules de 32 pages que j’ai lu jusqu’à présent. Mais on est toujours exigeants avec les personnes que l’on apprécie et que l’on sait talentueuses.

Pour le reste, l’histoire aurait pu être plus complexe si l’auteur avait choisi d’autres voies… choix possible que Maurice Lambert s’amuse à faire lister par son inspecteur de personnage.

Au final, pas le meilleur récit de Maurice Lambert, mais, pourtant, un texte agréable à lire qui souffre d’une intrigue reposant un peu trop sur les coïncidences…